Le malade quitte le service
Obs. 51. — Due à M. le professeur Guyon.
Le nommé C..., 69 ans, entre le 7 octobre 1899, service de M. le professeur Guyon, salle Velpeau, lit n° 3.
Pas d’antécédents héréditaires cancéreux.
Pas de blennorrhagie antérieure, a toujours été bien portant jusqu’à F âge de 40 ans. Depuis cet âge le malade a eu successivement la variole, des rhumatismes et souffre de gastrite.
Il y a deux ans le malade commença à remarquer que de temps à autre (tous les mois) ses urines devenaient foncées vers la fin de la miction, les dernières gouttes étant du sang pur. Quand il allait à la selle le malade rendait également quelques filets de sang qui tachaient son linge ; la défécation était douloureuse et dans l’intervalle des selles le malade se plaignait de pesanteur dans le fondement. Il avait peu de diarrhée, plutôt constipé avec envies fréquentes d’aller à la selle, sans pouvoir se satisfaire. En même temps que tous ces symptômes se manifestaient, le malade maigrissait et perdait l’appétit avec dégoût marqué pour la viande.
Depuis un an, pollakyurie qui d’abord nocturne est devenue diurne ; la quantité d’urine rendue à chaque miction diminuant et la miction devenant douloureuse le malade vint à la consultation en juillet 1899.
Il présentait depuis 15 jours déjà de la fausse incontinence, de la rétention incomplète et des crises de rétention aiguë. Il fut alors soigné pour une cystite, puis au bout d’un mois il sortit n’urinant qu’à la sonde mais n’ayant plus d’incontinence. On avait alors constaté également une hypertrophie de la prostate.
Malgré ses douleurs dans le fondement, le malade continua sa profession de violoniste. Mais cet état douloureux permanent s’irradiant aux cuisses et aux jambes, s’exagérant pendant la défécation, força le malade à entrer à l’hôpital.
Depuis plusieurs mois déjà, avant même sa première venue à l’hôpital , le malade avait remarqué que lorsqu’une envie pressante d’uriner le prenait et qu’il ne pouvait la satisfaire sur le champ il perdait à la fois de l’urine par le méat et par l’anus.
Octobre 1899. — A l’examen on constate une hypertrophie de la prostate et au-dessus une large ulcération à bord induré et déchiqueté qui conduit dans une excavation où le doigt perçoit très bien le bout de la sonde métallique introduit par l’urèthre dans la vessie. Cette fistule vésico rectale permet l’injection dans la vessie d’une grande quantité d’eau qui induit en erreur sur la capacité et la sensibilité vésicale et qui au bout d'un certain temps s’évacue par le rectum.
Le malade est très amaigri, faible, sans appétit, ne pouvant supporter que les potages et les légumes.
Les douleurs rectales sont toujours intenses et empêchent le sommeil. Diarrhée et incontinence rectale.
Les urines sont troubles, ce qui remonte à l’époque où le malade a commencé à faire usage de la sonde. Auparavant elles étaient claires.
Examen histologique. — Cellules épithéliales, polymorphes.
Sorti le 28 décembre 1879, envoyé dans un hospice à Bicêtre.
Obs. 52. — Due à M. le professeur Guyon.
Le nommé D..., 58 ans, entre dans le service de M le professeur Guyon, salle Velpeau, lit n° 8, le 12 février 1900.
Depuis le 25 décembre 1899, le malade se faisait soigner à la Terrasse pour mictions fréquentes (10 à 12 fois la nuit, 10 fois le jour), les mictions étaient un peu douloureuses au début et à la fin de la miction, pas d’hématuries.
Le malade a la bouche pâteuse ; il urine toujours souvent (15 à 20 fois la nuit, autant le jour) ; quelques jours avant son entrée, le malade s’était sondé 4 fois lui -même et 2 fois il avait uriné du sang, les hématuries étaient terminales, formées de sang pur, avec quelques caillots, un peu douloureuses .
Dès son entrée, on mit une sonde à demeure que le malade garde encore. A la suite d’une secousse, dit le malade, est survenue une hématurie nn peu plus abondante et terminale.
Examen : le canal est libre, mais l’exploration révèle une grosse prostate.
Résidu croissant, le malade ne vide pas sa vessie.
Douleurs vésicales en voiture, non suivies d’hématuries, ne s’irradiant pas.
Toucher rectal : prostate grosse, dure, hypertrophiée surtout à droite, on atteint difficilement sa limite supérieure.
Constipation rebelle depuis septembre 1899, modifiée par le traitement général, depuis son arrivée salle de la Terrasse.
4 janvier 1900. — Analyse des urines.
Urine acide.
Cellules épithéliales.
Leucocytes.
Bactéries en nombre (Néoplasme prostatique).
25 février. — Actuellement, les urines ne sont plus hématuriques.
Au toucher rectal, on sent une masse remontant vers la fosse iliaque à droite.
Le malade part sur sa demande, devant revenir à la consultation.
Obs. 53. — Due à M. le professeur Guyon.
Le nommé B..., 65 ans, entre le 8 février 1900, service de M. le professeur Guyon, salle Velpeau, lit n° 18.
Vient à l’hôpital parce qu’il urine avec difficulté. Pendant le courant du mois de décembre, le malade ressent une légère douleur en urinant. Au mois de janvier la douleur augmentant, il voit un médecin qui le soigne à l’essence de térébenthine, le malade n’est pas amélioré par le traitement. Les douleurs augmentent et le malade rentre à l’hôpital sur le conseil du médecin.
Au commencement de la miction le malade ressent une douleur vive qui s’atténue peu à peu et disparaît totalement 5 minutes après la miction.
Le jet d’urine est déformé, en arrosoir, le malade pisse sur ses bottines .
Le malade urine souvent, toutes les deux heures la nuit, plus sou • vent la journée, il est quelquefois obligé d’attendre pour uriner.
Miction : peu abondante, ne vide pas sa vessie.
Urine : un peu trouble, légèrement purulente.
Prostate volumineuse, bosselée, large, très dure, lobe médian très saillant. Traversée prostatique : 2 cent. 1/2 à 3 centimètres.
Diagnostic : néoplasme prostatique.
22 mars. — Le malade a de la rétention incomplète, 120 centimètres cubes. 11 apprend à se sonder lui-même et sort de l’hôpital.
Obs. 54. — Due à M. le professeur Guyon.
Le nommé N..., 62 ans, entre le 24 mars 1900, service de M. le professeur Guyon, salle Velpeau, lit n° 32.
Le malade a toujours joui d’une bonne santé, son père est mort à 85 ans, sa mère vit encore ayant le même âge. Jamais il n’a eu de blennorhagie ni de maladies vénériennes.
Il y a à peu près deux ans, il s’aperçut de troubles de la miction. En urinant il avait mal à la verge. Cette miction se produisait difficilement. Elle commençait par une ou deux gouttes et durait 5 minutes. Elles se produisaient le jour toutes les deux heures, la nuit toutes les heures, souvent même toutes les demi-heures. Parfois la marche, le mouvement diminuaient ces symptômes. Le malade urinait mieux quand il était accroupi. Il n’a jamais remarqué d’hématurie, ses urines ont toujours été claires.
Au mois de janvier, il vint consulter à la Terrasse : il urinait très peu à la fois, se levait 15 ou 20 fois par nuit. La douleur dans la verge persistait, surtout au bout du gland.
Il se plaignait également de maux de reins, la douleur siégeant en réalité dans le pli de l’aine. Elle dura 6 mois environ, elle était continuelle au point de l’empêcher sinon de marcher, du moins de travailler, ou de faire des efforts.
Il revient consulter ici où on l’examine, sa langue est chargée, les urines sont toujours claires.
Vessie : normale, rétention incomplète.
Canal : rétréci au méat ; on passe difficilement au niveau de la prostate, on sent la saillie formée par le lobe médian de cette glande.
Par le toucher rectal on sent une prostate volumineuse, irrégulière,
3 ou 4 bosselures très nettes. Elle est plus volumineuse à gauche.
Amaigrissement considérable depuis quelques mois.
25 mars. — Rétention complète ; sonde à demeure.
Le toucher rectal, après évacuation de la vessie, montre une prostate volumineuse, dure, bosselée, on perçoit 3 autres bosselures. L’augmentation de volume est plus considérable à gauche et l’induration s’étend un peu sur la vésicule séminale gauche.
16 avril . — Le malade sort un peu amélioré ; il se sonde.
Obs. 55. — Due à M. le professeur Guyon.
Le nommé G..., 66 ans. entre le 27 janvier 1901, salle Velpeau, lit n° 21, service de M. le professeur Guyon.
Pas de blennorrhagie ; syphilis il y a trente ans.
il y a environ un an le malade constate un peu d’augmentation de la fréquence des mictions, 3 ou 4 fois la nuit, pas davantage le jour, mictions faciles non douloureuses, jet d’urine normal. Cependant les mictions sont impérieuses.
Il y a deux mois le malade constate dans son vase la présence d’un petit caillot de sang, il en a retrouvé dans ses urines à intervalles variables, l’urine est claire. Depuis une dizaine de jours urines hématuriques, uniformément colorées d’un bout à l’autre de la miction. Pas d’uréthorrhagie dans l’intervalle des mictions, celles-ci, n’ont pas augmenté de fréquence depuis l’apparition du sang dans les urines.
Examen local à son entrée ; l’urèthre est libre, la vessie ne se vide pas complètement : 40 grammes de résidu, la capacité vésicale est bonne, la vessie peu sensible.
Toucher rectal : la prostate n’est pas très grosse, elle s’étend assez loin latéralement, s’étale, déborde et recouvre les branches ischiopubiennes ; elle fait un peu moins saillie à gauche où l’on sent également moins de saillie inférieure.
A droite, au contraire, elle franchit en débordant le cadre osseux. On sent la saillie du lobe prostatique droit à un travers de doigt audessus du pubis, le lobe gauche se rapproche beaucoup de la paroi
pubienne sans être senti au-dessus du pubis. En allant vers la droite le doigt retrouve la saillie.
La consistance de la prostate est franchement dure avec quelques irrégularités, sans bosselures bien nettes.
Une sonde a été laissée dans la vessie pendant le toucher ; quand on la retire il s’écoule quelques gouttes d’urine très colorée.
Vésicules séminales non senties.
Testicules sains.
Reins non sentis.
Examen cystoscopique : vessie : 180 grammes après lavage, cystoscope simple de Nitze.
Il existe une saillie du lobe droit de la prostate s’étendant jusque sur le tiers antérieur du col ; toute cette surface est ulcérée, l’ulcération se prolonge d’ailleurs jusque sur la ligne médiane antérieure du col où on voit très nettement un petit vaisseau saigner. Toute la surface ulcérée est absolument déchiquetée et irrégulière, mais il existe dans la cavité cervicale et juste au-dessous de l’ulcération une série de proliférations muqueuses qui correspondent à « l’œdème bulleux ».
Sur la partie latérale droite il existe sur l’ulcération un caillot adhérent et juste au-dessous, correspondant à la zone uretérale droite un épanchement sanguin sous-muqueux.
Le reste de la vessie est sain, néanmoins un peu en dehors de la ligne médiane postérieure et du côté droit, on trouve une petite verrue papillomateuse, de la grosseur d’un pois, séparée de la zone ulcérée par une portion de muqueuse saine.
Obs. 56. — Due à M. le professeur Guyon.
Le nommé S..., 66 ans, entre le 13 mai 1901, service de M. le professeur Guyon, salle Richet, lit n° 3.
Vers 5 ans, difficulté pour uriner, aucun accident ensuite.
Il y a quatorze ans, blennorrhagie très tenace.
Il y a deux ans, le malade entre dans le service de M. Routier pour une rétention complète. Diagnostic : hypertrophie prostatique. A la
sortie de Thopital les mictions restent difficiles, le malade n ’urine qu’avec la sonde.
Il y a un an, orchite droite.
Le malade n’eut jamais d’hématurie, il s’aperçut de la présence de quelques caillots à la suite d’un cathétérisme.
13 mars. — Le malade entre salle Velpeau en rétention complète ; cathétérisme difficile ; le malade se plaint de douleurs lombaires qu’il ressent depuis deux mois. Pas de température, langue chargée, sèche.
Examen : quand on découvre le malade on est frappé de ce que le membre droit en entier est œdématié, de même que la partie inférieure de l’abdomen. OEdème de la verge. Le malade se plaint de fourmillements continuels dans le membre œdématié. Ganglions inguinaux.
Reins : palpation de la région lombaire douloureuse.
Urine peu abondante, claire.
Vessie, non douloureuse, en distension.
Canal : l’explorateur 21 est arrêté dans la région prostatique le talon de l’exploratenr ramène du pus ; une sonde béquille 15 passe avec difficulté, serrée dans la région prostatique, arrive dans la vessie, engagée jusqu’à son pavillon.
Toucher rectal (M. le professeur Guyon) à une profondeur d’une phalange et demie, à droite, saillie qui ne dépasse pas la partie supérieure ; le palper combiné ne fait rien sentir dans la fosse iliaque mais fait percevoir au-dessus du pubis, à deux travers de doigt, une saillie en continuation avec la première. A gauche, saillie moins étendue, moins élevée, propagation dans la fosse iliaque, sur l’échancrure sciatique, consistance dure.
Sorti le 22 mars, mort chez lui le 26 mars.
Obs. 57. — Due à M. le professeur Guyon.
Le nommé D..., 65 ans, entre le 1er juillet 1901, service de M. le professeur Guyon, salle Velpeau, lit n° 31.
Jamais de blennorrhagie ni de syphilis.
Il y a un an environ que le malade a commencé à avoir des troubles de la miction. Tout d’abord, il a eu des mictions plus fréquentes, principalement la nuit, mais à des intervalles irréguliers ; le malade, ne ressentant aucune douleur, ne s'est pas soigné. Ces phénomènes ont duré pendant 10 mois environ en se répétant à des intervalles de plus en plus rapprochés. Il y a cinq semaines environ, sas cause appréciable, le malade a ressenti des douleurs vives avant les mictions, se faisant sentir également pendant que l’urine passe et encore un peu après.
Il y a quinze jours à peu près, rétention complète.
Depuis cinq semaines également les mictions ont augmenté de fréquence et quand le malade ne se sonde pas il urine toutes les demi-heures le jour, la nuit 6 à 7 fois.
Jamais de douleurs dans les reins.
Etat actuel : le malade a eu il y a deux jours une hématurie, après s’être sondé, il a eu 4 mictions sanglantes, le sang sortait surtout au début de chacune d’elles.
Examen : canal libre (sonde 19) ; traversée prostatique non allongée. Examen facile, pas de sang. Dernières gouttes normales.
Vessie : ne se vide pas, résidu : 150 grammes. Urine légèrement trouble. Capacité : plus de 300 grammes. On ne sent pas le lobe médian.
Testicules, épididymes : rien de particulier.
Toucher rectal (M. Albarran) : la prostate saigne facilement ; du côté droit, forte bosselure, saillante et très dure, douloureuse. Côté gauche, augmenté de volume, rien de particulier, la prostate est plutôt un peu plate, la portion supérieure est souple, les parties latérales ne présentent pas de prolongement.
4 juillet. — Examen de M. Albarran: prostate grosse, indurée I principalement à droite, peu douloureuse, ferme, adhérente aux | parties voisines, se propageant jusqu’à la branche ischio-pubienne. A gauche, moins développée.
Vésicules séminales, les deux têtes sont senties, à droite induration avec propagation, à gauche induration.