‹ Contribution à l'étude des tumeurs malignes de la prostateChapitre 19 sur 26 · Sortie · texte numérisé non relu

Sortie

Obs. 58. Bue à M. le professeur Guyon.

Le nommé A..., 72 ans, entre le 1er juin 1901, service de M. le professeur Guyon, hôpital Necker, salle Velpeau, lit n° 18.

Jamais de blennorrhagie, aucune trace de syphilis.

Depuis 8 mois, le malade a de la difficulté pour uriner. Le malade urine goutte à goutte avec effort. Il éprouve en outre des besoins fréquents d’uriner, pollakyurie marquée, la nuit 7 à 8 fois, le jour 4 à 5 fois.

Constipation opiniâtre avec ténesme rectal ; il va difficilement à la selle, sans grande douleur cependant. Les urines sont limpides. Jamais il n’a pissé de sang ni rendu de pus par le canal ou le rectum. Le malade ne souffre pas.

Etat général satisfaisant, le malade a un peu maigri ; on découvre que tout le membre inférieur gauche est augmenté de volume et présente de l’œdème.

Les reins ne sont pas sentis ; régions rénales non douloureuses.

Urines : un peu foncées, limpides, pas de sang, ni de dépôt purulent.

Vessie : léger résidu, capacité normale.

Mictions difficiles avec efforts, besoins d’uriner fréquents : 7 à 8 fois la nuit, 4 à 5 fois le jour.

Canal : explorateur à boule 20 arrêté à la région membraneuse, le 13 à la région prostatique, la sonde béquille 1 5 passe assez facilement quoique un peu serrée dans la région prostatique, cathétérisme un peu douloureux.

Toucher rectal : indolore. Prostate : très augmentée de volume, le lobe droit hypertrophié peut être limité en arrière, mais pas sur le côté. Le lobe gauche forme une masse énorme, irrégulière, semblant suivre la vésicule séminale et se perdre sur le bas-fond vésical sans pouvoir être limitée en arrière, fusant latéralement vers la paroi pelvienne.

Les vésicules font corps avec la masse prostatique.

La palpation abdominale permet de sentir les ganglions profonds hypertrophiés, les ganglions de l’aine sont volumineux.

Sorti le il juin 1901.

Obs. 59. — Due à M. le professeur Guyon.

Le nommé B..., 62 ans, entre le 30 avril 1901, service de M. le professeur Guyon, salle Velpeau, lit no 17.

Blennorrhagie à 18 ans, sans complications.

Le malade souffre depuis un an. Il a commencé par avoir de la fréquence des mictions, cela se produisait surtout dans la deuxième moitié de la nuit. Cette fréquence a augmenté, le malade urinait le jour tous les 3/4 d’heure et autant la nuit avec sensation de brûlure le long de la verge.

Chaque miction ne donnait issue qu’à quelques gouttes de liquide.

Le malade se sonde depuis 6 mois, très souvent le sondage a déterminé l’écoulement de sang par l’urèthre.

Le canal est libre, avec une longue traversée prostatique.

Urines : 1 litre 1/2, troubles avec un peu de pus au fond.

Toucher rectal un peu douloureux. La prostate fait une forte saillie dans le rectum ; sillon pelvien profondément marqué des deux côtés, surface dure et irrégulière avec des bosselures, surtout vers la base du côté droit.

Le malade se plaint de douleurs vives dans la région lombaire, dans les flancs, dans l’hypochondre, surtout du côté droit.

Les reins ne sont pas sentis, mais la pression est douloureuse à droite.

Le malade ressent également des élancements dans la jambe droite.

Constipation opiniâtre, perte de l’appétit.

Amaigrissement prononcé depuis quelques mois.

Sorti le 15 mai 1901 .

Obs. 60. — Due à M. le professeur Guyon.

Le nommé G..., 60 ans, entré le 26 août 1901, service de M. le professeur Guyon, salle Velpeau, lit n° 18.

Vient pour difficulté de la miction, douleurs et constipation.

Hallopeau 9

Pas de blennorrhagie ni de syphilis.

La maladie actuelle remonterait à deux ans environ. Cela a commencé par la difficulté de la miction et de la douleur. Il y avait aussi des cuissons avant l’arrivée de buriné et pendant la miction. Puis les mictions deviennent fréquentes, surtout la nuit; fréquence le jour à cette époque, toutes les deux heures, la nuit il se levait 7 à 8 fois, l’urine sortait à peine et était longue à venir, le jet existait encore mais faible.

Ces troubles ont persisté depuis et s’accroissent de plus en plus. Jamais d’hématurie. Les urines étaient claires.

Jamais de rétention complète depuis deux ans, on n’a jamais été obligé de le sonder. Son médecin a fait le toucher rectal, et a trouvé à ce moment la prostate très grosse. Elle avait augmenté de volume à un second examen, il y a un mois.

Le malade éprouve depuis le début de la maladie des difficultés pour aller à la selle. Il n’a jamais perdu ses urines sauf en ces derniers temps, surtout la nuit.

Au début de juillet a cherché à se sonder seul, mais sans succès.

Il est alors venu consulter.

Examen (M. Albarran) : lobe médian saillant dans le canal, petits anneaux de rétrécissements bulbaires (n° 20).

Vessie : contractilité exagérée, quelques colonnes sur les parois de la vessie. Pas de calculs.

Toucher rectal : prostate grosse, on atteint à peine ses limites, très dure sur le lobe gauche, sillon médian très marqué, très dure sur le lobe droit avec une crête un peu saillante vers la pointe.

29 août. — Urines claires, le malade a pissé il y aune demi-heure et l’on retire 500 grammes d’urines claires.

Le malade part non opéré. Diagnostic: néoplasme prostatique.

Obs. 61. — Due à M. le professeur Guyon.

Le nommé D..., 73 ans, entre le 3 novembre 1901, service de M. le professeur Guyon, salle Velpeau, lit n° 18.

Le malade entre en rétention complète.

Aucun trouble urinaire jusqu’à il y a 3 ou 4 mois, époque à laquelle le malade commence à uriner un peu plus souvent que d’habitude .

Mictions 6 à 8 fois le jour, 2 à 3 fois la nuit.

Non douloureuses, non impérieuses ; pas d’hématurie.

Depuis 3 semaines, les mictions sont devenues beaucoup plus fréquentes, tous les quarts d’heure, aussi bien le jour que la nuit, mais le malade ne rend que quelques gouttes d’urine à la fois.

Le malade entre en rétention complète.

Examen : canal : pas de rétrécissement du canal antérieur. Traversée prostatique longue et saignante.

Vessie : en distension, on la vide et on laisse une sonde à demeure. Urines claires.

Reins : rien de particulier.

Prostate : très grosse, bosselée, très dure, avec prolongement en croissant le long des vésicules.

Traitement : sonde à demeure, lavages de la vessie.

7 novembre 190t. — Le malade quitte le service après avoir appris à se sonder.

Obs. 62. — Due à M. le professeur Guyon.

Le nommé G..., 59 ans, entre le 6 janvirr 1902, service de M. le professeur Guyon, salle Velpeau, lit n° 29.

Père mort d’ascite à 69 ans, mère morte à 80 ans.

Blennorrhagie légère à 19 ans.

Début de la maladie en janvier 1901 par une hématurie qui fut totale, spontanée, indolore, sans association symptomatique, assez abondante et qui disparut tout d’un coup le lendemain et spontanément.

A ce moment bon état générai, il ne pissait pas la nuit, ne souffrait que dans l’hypogastre, et n’avait pas maigri.

De janvier à novembre 1901, l’hématurie ne se renouvelle pas ; légère fatigue générale inexplicable, douleurs dans l’aine gauche, surtout le soir après la marche.

En novembre 1901, reprise des hématuries; ces hématuries sont spontanées, non influencées par la marche, la voiture, totales, indolores, intermittentes ; le malade reste plusieurs jours sans pisser de sang après lesquels une nouvelle hématurie revient avec les mêmes caractères ; pas de douleurs locales ; léger amaigrissement ; difficulté des défécations.

Décembre 1901 . — Mêmes symptômes et de plus douleurs survenant au début de la miction sous l'influence du passage des caillots sanguins ; fréquence des mictions, 5 à 6 fois la nuit, 10 à 15 fois le jour.

Examen : canal libre ; l’explorateur 20 passe.

Vessie, capacité : 140 grammes, contractilité.

Epididyme gauche un peu empâté à la queue.

Toucher rectal ; prostate dure, avec des noyaux et des prolongements du côté du bassin, on sent les ganglions des deux côtés.

Reins : non sentis, non douloureux.

Palper abdominal : rien à gauche, à droite masse très grosse.

Par le palper et le toucher combiné, masse qui remonte à un travers de doigt au-dessus du pubis.

Sort le 26 janvier dans le même état.

Obs. 63. — Due à M. le professeur Guyon.

Le nommé P..., 53 ans, entre le 23 mai 1902 dans le service de M. le professeur Guyon, salle Velpeau, lit n° 11.

Il y a douze ans, a été lithotritié par M. Desnos pour un calcul prostatique, l’opération a été suivie d’un abcès périnéal. Il a neuf ans, 2e lithotritié. Depuis le malade n’accuse aucun trouble.

Il y a un an, les envies d’uriner sont peu à peu devenues très fréquentes, toutes les heures le jour, 10 fois la nuit. Le besoin n’est pas très impérieux, la miction est difficile, le malade est obligé de pousser. Une fois la miction terminée quelques gouttes d’urine s’écoulent encore involontairement.

Le malade se plaint de perdre de l’urine dans le décubitus horizontal, il n’en perd pas dans la position verticale.

Les urines sont troubles depuis trois ans. Douleurs fugaces dans la région lombaire, occasionnant des envies d’uriner. Le malade est habituellement constipé et est porteur d’hémorrhoïdes.

26 mai 1902. — Examen de M. le professeur Guyon.

Exploration de l’urèthre: canal libre, explorateur n° 16 passe sans rencontrer de relief sur la paroi inférieure. Le cathétérisme est pratiqué avec la sonde n° 17, une demi-heure après la dernière miction. L’urine est trouble. Résidu : 200 grammes. La vessie saigne après l’évacuation, lavage à l'eau boriquée, la vessie saigne après le lavage.

Exploration du pourtour du col à l’explorateur métallique.

Pas de différence sensible dans l’épaisseur du col à droite et à gauche. Bas-fond très peu profond. Après l’exploration, la prostate saigne, hématurie terminale.

Toucher rectal : la région prostatique ne présente pas d’épaississement appréciable à droite ni à gauche.

Le double palper fait sentir à gauche une saillie qui remonte à trois travers de doigt au-dessus du pubis et déborde le détroit supérieur, les contours sont irréguliers, la consistance est dure

Le relief se retrouve du côté droit sensiblement moins accentué (2 travers de doigt) et de ce côté la fosse iliaque est libre, tandis qu’à gauche la saillie empiète sur la fosse iliaque jusque près du bord externe.

Infiltration néoplasique sur la vessie.

Traitement : lavages et instillations.

27. — Les urines sont plus chargées et colorées en rouge brun.

30. — Les mictions sont devenues moins fréquentes. Les urines sont très troubles.

\ev juin. — Le malade sort sur sa demande.

Obs. 64. — Due à M. le professeur Guyon.

Le nommé H..., 72 ans, entre le 29 janvier 1902, service de M. le professeur Guyon, salle Velpeau.

A 25 ans, blennorrhagie et syphilis, puis à 26 ans deuxième blennorrhagie ; goutte pendant longtemps.

11 y a un an environ a commencé à uriner difficilement, l’urine sortait goutte à goutte, mictions très fréquentes, la nuit 4 à 5 fois, le jour tous les quart d’heure.

Vers le mois de mai 1901 il commence à se sonder et se trouve amélioré ; il urine cependant toujours aussi fréquemment et il se présente le 6 juillet 1901 à la Terrasse.

Canal : rétrécissement pénien franchi avec le 15.

Traversée prostatique légèrement allongée, ne vide pas sa vessie. Résidu : 150 grammes d'urine trouble.

Prostate grosse, très dure, ligneuse, avec prolongement du côté de la vésicule séminale droite.

Traitement : dilatation, lavages de vessie au nitrate d’argent.

28 novembre 1901. — Revient à la consultation, ne peut uriner sans sonde, la fréquence paraît avoir diminué.

Examen : canal franchi avec un n° 20 ; résidu: 150 grammes ; bonne capacité, bonne contractilité.

Urines : légèrement troubles, avec quelques filaments.

Reins : non sentis.

Il entre salle Velpeau, le 29 janvier.

Toucher rectal par M. Guyon.

Rectum à crêtes très saillantes et très épaisses.

Prostate : noyaux disséminés, d’une dureté prononcée, noyau à droite allant jusqu’à la branche ischio-pubienne à laquelle il adhère.

Palpation et toucher combinés : on sent au-dessus de la symphyse quelque chose de volumineux et dur, le doigt rectal sent un amas de bosselures qui se propagent vers fhypogastre.

La masse remonte à quatre travers de doigt au-dessus du pubis, formant un grand croissant embrassant la face postérieure de la vessie, plus haut à gauche, noyau dur.

Sorti le 6 février 1902.

Obs. 65. — Due à M. le professeur Guyon.

Le nommé P..., 62 ans, entre le 12 janvier 1903 dans le service de M. le professeur Guyon, hôpital Necker, salle Velpeau, lit n° 1 .

Vient pour consulter pour accidents de rétention d’urine. Pas d’antécédents, pas de maladies vénériennes.

Jusqu’au mois de juin 1902 les mictions ont à peine augmenté de fréquence, depuis cette époque le malade urinait 5 à 6 fois par jour et ne se levait pas la nuit .

A la suite d’un repas copieux, en juin 1902, il ressentit des besoins excessivement fréquents d’uriner et pendant une heure urina de 10 à 15 fois. Ces mictions étaient difficiles, douloureuses avec des sensations de brûlure à la verge. Pas d’hématurie. Dans la nuit qui suivit cette crise il ne se leva que 2 ou 3 fois, mais à chaque fois il était obligé d’aller au cabinet pour uriner car la miction dans la station debout était à peu près impossible. Puis diminution progressive de la fréquence et bientôt son état redevenait normal. Jusqu’à Noël il urine le jour 6 à 7 fois et ne se lève pas la nuit.

Le 29 décembre suivant, crise analogue. Le lendemain les envies d’uriner ont continué fréquentes, si bien qu’il a été obligé de cesser tout travail, urinant toutes les 10 minutes, ne pouvant parfois retenir ses urines.

11 est sondé et on lui retire de la vessie 2 litres d’urine claire sans dépôt ni sang. Vingt-quatre heures après, on retire 1 litre 5 d’urine.

Enfin le 28 décembre le malade recommence à uriner un peu spontanément.

12 janvier 1903. — A la Terrasse on le trouve en rétention incomplète chronique avec distension vésicale, on lui vide sa vessie et il entre à l’hôpital avec une sonde à demeure. Il a dans le service une hématurie ex vacuo à la suite de ce cathétérisme. On ne lui débouche sa sonde que toutes les deux heures. Lavages au nitrate d’argent.

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