‹ Contribution à l'étude des tumeurs malignes de la prostateChapitre 3 sur 26 · Mort subite · texte numérisé non relu

Mort subite

Autopsie. — Fistule vésico -hypogastrique en voie de cicatrisation. Cavité cervicale très réduite ; tout le bas-fond est envahi par un cancer qui a creusé une cavité centrale dans la prostate. Enorme prostate cancéreuse avec deux cornes enserrant le rectum et se continuant avec de gros ganglions prévertébraux remontant jusqu’au diaphragme. Double pyélo-néphrite. Rien aux testicules. Gros reins ; capsule un peu adhérente. Graisse en placards sous-capsulaires au niveau d’infarctus anciens. Corticale diminuée.

Foie cardiaque. Rien à la rate.

A droite, symphyse pleurale ; tubercules sclérosés au sommet. Aspect atélectasique par places.

Adhérences pleurales à gauche. Atélectasie à la base.

Le cœur n’est pas gros, pas d’athérome cardiaque ni aortique.

Pas de caillots ; pas de surcharge graisseuse.

Rien au cerveau, sinon un peu d’œdème des méninges et quelques adhérences au niveau du sinus longitudinal supérieur.

Rien sur des coupes. Pas d’athérome des sylviennes ni du tronc basilaire. Rien aux autres organes : pancréas, tube digestif ou gros vaisseaux abdominaux.

examen histologique (communiqué par notre collègue et ami Lecène) des fragments retirés au moment de la taille sus-pubienne montre la structure d’un épithélioma pavimenteux avec quelques globes cornés ébauchés ; en conséquence on fait le diagnostic ana-

tomique d’épithélioma pavimenteux du bas-fond vésical développé sur une vessie préalablement atteinte de leucoplasie.

L’examen histologique d’un fragment de la prostate enlevé à l’autopsie confirme ce diagnostic ; en effet le tissu glandulaire est facilement reconnaissable et non altéré ; au contraire on trouve dans le stroma conjonctivo- musculaire des boyaux d’infiltration cancéreuse présentant la structure de l’épithélioma pavimenteux avec globes cornés.

Au contraire, l’envahissement de la vessie secondairement à une tumeur prostatique est considéré non seulement comme possible, mais fréquent. Ce n’était pas, il est vrai, l’opinion commune autrefois ; Rigaud, Jullien et Engelhardt également le croient rare. Mais cela peut tenir simplement à une différence d’interprétation. Après avoir soulevé d’abord la paroi vésicale, la tumeur l’infiltre progressivement ; la muqueuse résiste plus ou moins longtemps et c’est tardivement qu’elle se laisse ulcérer ; néanmoins, lorsque la vessie renferme des bosselures saillantes, simplement recouvertes par la muqueuse, il faut bien admettre que la paroi vésicale est envahie et qu’il y a propagation à cet organe. Sur 51 cas, Engelbach a trouvé 11 fois la vessie infiltrée par la tumeur, y compris la muqueuse ; et il faut ajouter que dans 15 cas il n’avait pu avoir de renseignements sur ce point ; sur les 100 cas qu’il réunit, Kauffmann trouve 57 fois la vessie atteinte : 32 fois sans ulcération de la muqueuse, celle-ci étant simplement soulevée par des noyaux disséminés ; ailleurs ces noyaux se réunissaient, soulevant irrégulièrement le bas-fond, facilement pris pour des tumeurs primitives de la vessie ; ou bien il y a infiltration diffuse et peu saillante de la paroi vésicale ; 5 fois seule-

ment il y avait destruction de la muqueuse et formation d une cavité irrégulière ; cette nécrose étant attribuable soit à rinfîltration néoplasique des tissus, soit à des troubles circulatoires mécaniques. Dans une thèse récente, Montfort admet aussi la fréquence de cette propagation, 27 fois sur 78 pièces examinées. Th. Walker la trouve encore plus souvent, car sur 10 pièces d’autopsie, il l’a rencontrée 8 fois, il est vrai que deux fois seulement la muqueuse était ulcérée. Motz va encore plus loin puisque, d’après lui, les néoplasmes de la vessie seraient d’origine prostatique dans les deux tiers des cas (28 fois sur 38). Et dans une communication du 5 février 1906, Motz et Majewski comptent 20 fois l’envahissement vésical sur 26 carcinoses prostatiques diagnostiquées cliniquement. Il faut bien avouer ici que la clinique n’est pas toujours d’accord avec ces faits, et la prostate paraît bien souvent saine alors que toute la paroi vésicale est recouverte de végétations saillantes.

Les vessies envahies secondairement peuvent se présenter avec un aspect variable. Tantôt c’est une simple infiltration profonde, épaississant seulement la paroi vésicale dans l’intérieur de laquelle la tumeur semble avoir poussé des prolongements qui montent en s’amincissant progressivement, et le bas-fond n’est que peu déformé ; cette infiltration porte tantôt sur la paroi postérieure, tantôt sur les parois latérales au niveau de la base. Ailleurs c’est le basfond qui se soulève irrégulièrement et alors des bosselures plus ou moins saillantes, parfois même presque pédiculées se projettent dans la cavité vésicale ; leur siège est soit la région du col, où elles peuvent dominer et recouvrir en clapet l’orifice de l’urèthre ; soit plutôt, juste en arrière de

lui, la région du trigone ; les orifices urétéraux, refoulés, parfois recouverts, peuvent être englobés par la masse néoplasique. Engelbach distingue, peut-être un peu artificiellement, quatre degrés dans le développement de cet envahissement vésical ; il nous semble qu’on doit surtout distinguer les cas où la paroi est envahie et la muqueuse saine ; et ceux où la muqueuse est également infiltrée.

Dans la majorité des cas la vessie présente une paroi hypertrophiée ; sur plusieurs pièces, la cavité a subi une dilatation évidente. La perforation de la paroi vésicale suivie de péritonite a été signalée.

Cette propagation vésicale est-elle précoce? Pour Motz, ce serait elle qui provoquerait les premières hématuries et par conséquent la vessie serait envahie le plus souvent avant même le diagnostic de la tumeur prostatique. Il est néanmoins nombre de cas où cette paroi a été signalée comme saine, en particulier par Kauffmann. De toute façon la barrière est moins sûre qu’on ne le disait, et ce qui est grave, c’est que lorsque cet envahissement se fait, ce ne peut être qu’une infiltration diffuse à cause de la nature celluleuse etfasciculée de la paroi vésicale là où vient l’aborder la tumeur.

Lorsque le trigone vésical est envahi par la néoplasie, il n’est pas rare de voir les orifices urétéraux refoulés en arrière ; souvent ils sont enfouis sous la tumeur devenue vésicale, et difficilement visibles ; mais dans ces cas encore on peut les trouver perméables et nous avons observé sur 4 des pièces examinées (n°s 170, 482, 633, 661) l’envahissement de la région périuretérale sans qu’il y eût de compression marquée des canaux. Ailleurs on voit un seul uretère com*

primé et dilaté. Dans certains cas d'ailleurs la compression et l’oblitération plus ou moins complète peut ne pas tenir à ce que la paroi vésicale est envahie par le néoplasme, mais à ce que la tumeur elle-même, remontant derrière la vessie, vient s’appliquer contre l’uretère ; les ganglions peuvent jouer le même rôle à un niveau plus élevé. Ou bien la paroi uretérale même est envahie sur une étendue variable.

De cette compression uretérale résulte d’abord la dilatation du canal, puis des lésions portant sur le bassinet et le rein : c’est souvent une distension aseptique de l’organe, avec atrophie du parenchyme ; ou bien la poche s’infecte et I on rencontre une pyélonéphrite suppurée. Sur 12 examens de pièces où les reins présentaient des lésions secondaires, nous trouvons 8 fois une dilatation aseptique des reins et 4 fois une pyélonéphrite suppurée (double dans 2 cas).

Th. Walker sur 10 autopsies a trouvé des lésions rénales 6 fois, dont 2 cas de pyélonéphrite suppurée.

Une propagation de la tumeur qu’il faut considérer comme très fréquente est celle qui se fait vers les vésicules séminales. L’extrémité inférieure de celles-ci est généralement presque dès le début enveloppée par le néoplasme. Nous avons vu que la principale direction que prenait celui-ci dans sa marche était postérieure et latérale. Les saillies qui viennent si rapidement constituer ce croissant à concavité supérieure qui limite en haut la face postérieure de la glande cancéreuse, ces cornes souvent inégales comme dimensions, mais précocement dures et irrégulières comme surface, représentent l’envahissement du tissu périvésiculaire et de la vésicule même, et c’est là le type ordinaire de

la tumeur au moment où le malade vient se faire examiner. Il est difficile cliniquement de savoir si la vésicule est prise ou simplement englobée ; anatomiquement on reconnaît que ce dernier cas est un peu plus fréquent; sur 100 prostates Kauffmann n’a vu l’organe envahi lui-même que 23 fois (19 fois des deux côtés). Plus tard, ce n’est plus seulement au niveau de la base de la vésicule mais sur toute sa hauteur que va s’étendre la tumeur ; les deux cornes du croissant se rejoignent et c’est une masse unique venant combler l’espace intervésiculaire, montant entre vessie et rectum pour venir refouler le cul-de-sac de Douglas , soulevant simplement le péritoine, ou y pénétrant pour y former des végétations volumineuses comme sur la pièce 286.

Les canaux déférents sont plus rarement envahis, et seulement dans leur portion ampullaire ; mais ils sont aussi comprimés lorsque la tumeur devient volumineuse.

La propagation de la tumeur au rectum est relativement rare, souvent les noyaux irréguliers de la face postérieure de la glande repoussent la paroi intestinale ; lorsqu’il s’agit d’une tumeur massive et volumineuse on peut voir le rectum comprimé au point que pendant la vie il est difficile d’y introduire le do’gt serré entre le sacrum et la masse néoplasique diffuse ; celle-ci se prolonge même sur les côtés, entourant également les faces latérales de l’organe. Mais il est assez rare qu’il y ait infiltration véritable de la paroi rectale. La muqueuse résiste même alors et on n’observe que rarement son ulcération, tout au moins dans les cas de carcinome et nous en publions une observation plus loin. Th. Walker en trouve pourtant 2 cas sur 16 ; nous verrons que plus souvent le sarcome arrivera à déterminer la destruction de la muqueuse rectale.

Enfin le tissu cellulaire pelvien est envahi directement; des traînées cancéreuses se développent en tous sens, vers les issues du bassin et surtout en remontant suivant les vaisseaux sanguins ou lymphatiques ; la fusion de tous les organes de la cavité s’opère plus ou moins rapidement ; c’est la carcinose prostato-pelvienne diffuse, enclavée dans la cavité, adhérant si fortement parfois aux parois osseuses qu’il faut sculpter les os du bassin pour extraire les organes.

Il est néanmoins une direction vers laquelle le développement de la tumeur a peu de tendance à se faire, c’est la surface périnéale ; il est exceptionnel que le périnée soit envahi par le carcinome ou même soulevé par lui ; nous verrons au contraire le sarcome s’étendre aussi de ce côté.

Il est évident que la masse qui remplit ainsi le petit bassin va arriver à comprimer les organes situés sur sa paroi, les vaisseaux comme les nerfs ; la compression de ces derniers n’est toutefois que rarement suffisante pour causer les douleurs si fréquentes dans les tumeurs malignes de la prostate ; la compression vasculaire causera des œdèmes des membres inférieurs : nous en avons observé 4 cas.

Nous arrivons à l’envahissement ganglionnaire qui est des plus importants, non seulement à cause de a fréquence, mais encore de sa précocité, car c’est là que nous trouverons le principal obstacle à la cure radicale du cancer de la prostate. Cet envahissement ganglionnaire constitue en quelque sorte une transition entre la propagation par continuité et les métastases à distance, car nous verrons fréquemment les ganglions pelviens prendre part à la forma-

Hallopeau

tion de la masse de la tumeur dans les carcinoses prostatopelviennes diffuses.

La prostate est en effet un organe très riche en vaisseaux lymphatiques ; Engelbach la compare à une vaste éponge lymphatique ; Sappey a décrit un riche plexus prostatique, communiquant avec celui des vésicules, mais parfaitement isolé de la vessie ; Pasteau décrit deux réseaux, l’un intraglandulaire, l’autre périglandulaire d’où partent quatre troncs, deux postérieurs et deux antérieurs, vers les ganglions situés sous la veine iliaque externe. Cunéo et Marcille trouvent également deux réseaux. Du plexus péri-prostatique les collecteurs peuvent prendre quatre directions différentes: un tronc montant derrière la vessie puis se recourbant pour aboutir au ganglion moyen de la chaîne iliaque externe moyenne ; un autre suivant l’artère prostatique pour se rendre à un ganglion moyen du groupe hypogastrique ; deux ou trois autres, toujours partis de la face postérieure vont aux ganglions sacrés latéraux ou à ceux du promontoire ; enfin un tronc parti de la face antérieure suit la honteuse interne et aboutit par ce trajet à un ganglion du groupe hypogastrique.

Les recherches toutes récentes de Caminiti par des injections au nitrate d’argent ne fontque confirmer l’existence des deux réseaux intra et périglandulaires, avec deux faisceaux de troncs se portant vers les parties latérales. Les canaux éjaculateurs en sont également entourés. Les collecteurs ne sont pas étudiés.

Cette question nécessite néanmoins encore quelques recherches, particulièrement au point de vue des rapports

avec les ganglions inguinaux, si souvent envahis; nous espérons pouvoir nous en occuper prochainement.

Ces divers groupes ganglionnaires vont être envahis, non seulement d’une façon presque constante, mais encore précoce, et parfois même avant que la tumeur primitive n’ait poussé ses prolongements en forme de cornes le long des vésicules séminales.

Les groupes ganglionnaires que nous avons cités, iliaques externes et hypogastriques étaient envahis dans un grand nombre des cas que nous avons pu voir; et on peut observer une telle quantité de ganglions sur les vaisseaux

et entre eux qu’il semble que la paroi en soit recouverte ; outre ces ganglions pelviens il existe deux autres localisations fréquentes et importantes. La première est celle qui se

fait dans les ganglions pré et juxta-aortiques ; de vérita¬

bles tumeurs peuvent ainsi se constituer devant la colonne vertébrale, aussi larges que celle-ci, remontant au delà du pédicule rénal, atteignant les piliers du diaphragme, et re- * couvrant complètement la veine cave et l’aorte.

Sur une pièce on voit la masse constituée par ces ganglions agglomérés envelopper presque complètement l’aorte abdominale sur tout son pourtour, au-dessus de sa bifurca¬

tion, lui constituant un véritable canal Les ganglions juxta-aortiques peuvent se continuer sans interruption avec les ganglions iliaques englobés eux-mêmes dans les tumeurs très développées et une masse énorme, couverte encore de bosselures allongées et lisses, remonter du petit

bassin à la partie supérieure de l’abdomen.

L’envahissement de ces ganglions lombaires est facile à

ganglions hypogastriques sur le trajet du courant lymphathique.

Dans le second groupe dont nous voulons parler, les faits sont plus difficiles à s’expliquer. Fréquemment, en effet on trouve les ganglions inguinaux également dégénérés. Tantôt ce sont des petites masses isolées, dures, mobiles, et qu’il faut rechercher ; parfois un ou plusieurs des ganglions atteignent le volume d’une cerise ou d’une noix, et ont déjà été remarqués par le malade ; dans une des observations que nous rapportons, ces ganglions inguinaux agglomérés constituaient une tumeur du volume d’un œuf de poule. C’est donc un fait bien connu et souvent noté. Walker trouve 2 fois sur 10 leur envahissement ; Kaufmann 16 fois sur 100 cas.

Et pourtant ces ganglions ne seraient pas tributaires de la prostate d’après les données anatomiques actuelles ; non seulement ils ne recevraient pas de celle-ci, mais pas non I plus de la vessie, ni de l’urèthre prostatique, ni des vésicules, I ni du rectum ; seul le périnée est en relation évidente avec | eux ainsi que l’anus, et ces deux régions sont presque tou- I jours indemnes dans la carcinose prostatique dont le déve- I loppement est dirigé du côté opposé ; dans de rares obser- | vations on les attribue à des noyaux secondaires développés I dans le corps caverneux (cas deTailhefer, trois cas de Kauf- I mann) ; ailleurs, c’est l’envahissement uréthral qui est rendu I responsable, mais nous avons vu la rareté de cette propa- I gation, et d’ailleurs seule la partie terminale de l’urèthre est I en relation avec ces ganglions. Il faudrait donc admettre un I i transport à contre-courant des cellules cancéreuses, com- [ r parable d’ailleurs à celui qu’on observe lorsque le ganglion: I :>

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sus-claviculaire du côté gauche est envahi ; et cette localisation, signalée souvent dans les tumeurs de l’estomac, n’est pas rare dans le cancer prostatique, elle a donné lieu à la th èse d’Herlemont ; Lejars, Pauly, Carlier, Julien, Albarran, Kaufmann en ont observé. Ou bien alors il y aurait des rapports directs entre la prostaie et ces ganglions, mais si peu abondants et si difficiles à voir qu’ils ont échappé jusqu’ici aux recherches anatomiques.

Plus rares sont les autres adénopathies signalées dans les régions suivantes : ganglions mésentériques, médiastinaux, bronchiques, cervicaux, ceux du hile du foie, du poumon et du rein ; on en a même trouvé exceptionnellement dans les régions axillaire, parotidienne, sous claviculaire, péri-trachéale. Ces métastases ganglionnaires vont reproduire la forme primitive de la tumeur, suivant un type plus ou moins pur.

Si ces tumeurs secondaires sont déjà intéressantes parce fait qu’elles peuvent provoquer par la compression des œdèmes et des douleurs vives, dans les membres inférieurs principalement, il est un point de vue qui doit surtout nous retenir, c’est que par le fait de leur précocité elles vont constituer un des principaux obstacles à la cure radicale du cancer delà prostate.

Il est heureusement un certain nombre de cas bien observés dans lesquels on n’a pas noté d’envahissement ganglionnaire ; Albarran et Hallé n’en ont pas remarqué lors de leurs travaux sur les épithéliomas adénoïdes ; et ii est bien certain que la fréquence si grande des adénopathies signalées tient à ce que les observations proviennent pour la plupart de pièces d’autopsie où la tumeur avait acquis un développement avancé.

Outre cette tendance à la propagation ganglionnaire, l’épithélioma de la prostate a une autre particularité importante au point de vue de ces métastases à distance, ce sont les localisations osseuses.

Il est bien entendu des cas où l’envahissement osseux se fait par propagation directe, et ce sont les faits où Ton voit les traînées cancéreuses venir souder la tumeur à la branche ischio-pubienne, à la face antérieure du sacrum, et ces os dégénérer secondairement.

Mais il est toute une série de localisations se faisant à distance et avec une fréquence très remarquable.

La première observation signalée est celle de Thompson ; après lui Silcock, Fôrster ; le premier travail important est celui de Recklinghausen qui en 1891 publie un mémoire basé sur cinq observations ; plus récemment, ces métastases ont été l’objet des thèses de Davrinche (Lille, 1903) et de Lurz (Freiburg, 1903).

Davrinche en a trouvé 20 cas dans la littérature ; mais il est certain qu’il est impossible d’établir une statistique exacte, car le plus souvent dans les autopsies il a été impossible de faire une recherche méthodique de ces noyaux secondaires, ce qui aurait nécessité l’examen et la section de toutes les pièces du squelette. On s’accorde néanmoins à reconnaître que les métastases osseuses sont encore plus fréquentes pour la prostate que pour le sein et que pour la thyroïde.

On peut les rencontrer sous une forme nodulaire ou diffuse. Il y a une tendance remarquable à la néoformation osseuse ; celle-ci est combinée, à la raréfaction, mais la domine considérablement. Les os envahis seront donc par

endroits comme éburnés, ailleurs creusés de cavités ; des déformations accentuées en résulteront, surtout sur les os supportant des poids importants, comme à la colonne vertébrale, où l’on pourra observer des inflexions, des fractures.

Recklinghausen montre les déformations superficielles dues à l'apposition de tissu osseux nouveau ; parfois de masses compactes parsemées de spiculés osseuses, de véritables stalactites. Ce processus de nèoformation, carcinose ostéoplastique de Recklinghausen, est si prépondérant que, suivant l’expression de Kaufmann, il est la signature de la métastase osseuse dans le cancer de la prostate. La raréfaction peut néanmoins arriver à produire des fractures, comme dans deux observations de Kaufmann et de Silcock.

La transformation brusque des artères en capillaires , l’ouverture de ces capillaires dans des veines très nombreuses, très larges, à paroi mince, seraient les conditions du ralentissement sanguin qui favorise l’arrêt des cellules cancéreuses, leur multiplication, les hémorrhagies locales qui donnent à l’os un aspect si varié. Ces conditions vasculaires sont à leur maximum en certains points des os, en particulier l’extrémité des os longs, le bulbe de Lannelongue ; toutes les régions spongieuses pour Sasse. Les traumatismes, les pressions mécaniques fortes jouent peutêtre un rôle dans la localisation ; pourtant, comme le fait remarquer Kaufmann, la main et le pied , si exposés au traumatisme sont rarement le siège d’une métastase. Les os envahis le plus souvent sont au contraire bien protégés, puisqu’il s’agit des vertèbres et en particulier des vertèbres lombaires ; après viennent l’os coxal et le fémur ; puis les côtes, le sternum, l’humérus, les os du crâne ; les autres localisations sont exceptionnelles.

Le siège de ces métastases est des plus importants puisqu’elles pourront déterminer secondairement des lésions soit médullaires se traduisant par la paraplégie, soit cérébrales suivies d’épilepsie. Les fractures spontanées sont au contraire relativement rares.

11 est aussi intéressant de noter que la nature et le volume de la tumeur primitive semblent ne pas influer sur ces métastases. Paltauf ebBamberger, qui en ont publié une observation, les admettent dans les formes atrophiques comme dans les plus volumineux carcinomes. On ne peut non plus penser avec Kolisko que les cancers à marche rapide donnent spécialement naissance à la forme raréfiante, puisque, comme le fait observer Kaufmann, les deux formes de réac-

lion du tissu osseux s’observent simultanément.

Il doit selon toute évidence s’écouler un temps assez prolongé pour que les lésions d’éburnation de l’os se produisent, et une tumeur prostatique de petit volume pourra néanmoins être fort ancienne et avoir évolué sans fracas, se manifestant pour la première fois à l’occasion de cette localisation osseuse. Il faut également admettre un passage précoce et abondant des cellules cancéreuses dans la circulation pour s’expliquer cette réaction si intense du tissu osseux. Lurz rapporte à ce propos une observation des plus intéressantes : ayant prélevé à l’autopsie d’un sujet mort de cancer prostatique l’extrémité supérieure du fémur et plusieurs vertèbres, qui d’ailleurs ne présentaient aucune lésion extérieure, il trouva sur la coupe de ces os une très grande abondance de cellules toutes semblables à celles de la tumeur, ayant provoqué une néoformation ostéoïde très prononcée, sans processus de résorption ailleurs; tout s’était

passé dans l’intérieur de l’os, le périoste était intact. Tous les viscères étaient sains.

11 serait intéressant de se livrer toujours dans les autopi sies à des recherches analogues ; il est bien probable qu'un grand nombre de ces métastases passe inaperçu.

La fréquence des métastases osseuses dans le carcinome prostatique a donné lieu à diverses théories que nous devons i signaler. Neusser, rapprochant ces métastases de celles observées dans les tumeurs de la thyroïde et du sein, groupe ces glandes et la prostate dans un même système et fait jouer à leur ensemble un rôle important dans la composition du sang, s’appuyant sur l’augmentation des lymphocytes. Paltaufet Bamberger ne font pas intervenir le sang, i mais acceptent néanmoins entre ces trois organes une certaine affinité, fonctionnelle ou chimique, faisant que leurs ! dérivés pathologiques resteront analogues. Kaufmann objecte à ces hypothèses l’existence des métastases osseu- : ses dans des tumeurs d’autres organes, et des plus variés, si bien que les groupements deviennent si étendus qu’ils se généralisent.

En résumé, nous devons admettre que si les métastases osseuses sont relativement fréquentes, néanmoins elles échappent le plus souvent à la simple observation clinique. Nous n’en avons observé aucun cas sur les malades que nous avons pu examiner, bien que les ayant recherchées d’une façon systématique, car nous ne pouvons ranger parmi les métastases ou les envahissements osseux les simples adhérences à la paroi pelvienne, si fréquentes dans la carcinose diffuse. Une seule observation récente nous en a été communiquée par M. Hartmann ; il s’agissait dans ce

cas d’un noyau secondaire dans le rocher ; mais nous n’avons pu retrouver sur ce fait de détails précis.

Ces métastases osseuses et ganglionnaires ne sont pas les seules, si elles sont les principales. Les autres organes seraient atteints dans un quart des cas pour Kauffmann, et I particulièrement le foie, le poumon et la plèvre. Pour le premier l’origine circulatoire est évidente ; pour les autres il pourrait y avoir propagation par continuité d’une lésion osseuse vertébrale ; c’est également de cette façon, que la dure-mère peut être envahie ; et le plus souvent il s’agissait! delà dure-mère crânienne ; mais il est démontré que les noyaux osseux secondaires n’excluent pas les autres localisations métastatiques, comme le pensaient Sasse, von Frisch, Erbslôh et Davrinche.

Nous publions ici les observations des pièces de la collection Guyon sur lesquelles nous avons basé notre étude macroscopique et que l’examen histologique a démontré être des carcinomes.

Obs. 2. — Cancer de la 'prostate et de ta base de la vessie.

Pièce n° 26 de la collection Guyon.

K..., âgé de 62 ans. Salle St-Vincent, n° 4. Autopsie du 3 mai

Début récent par hématurie ; fréquence, puis incontinence.

Cachexie rapide.

La prostate est énorme, bosselée ; le doigt ne peut atteindre ses limites. Tumeur hypogastrique appréciable au palper. Adénopathie inguinale double.

Pièce. — L’urèthre est sain dans sa partie antérieure. La portion prostatique est remplacée par une vaste caverne néoplasique qui a entièrement détruit l’urèthre membraneux et le col vésical.

fl

L’excavation pelvienne est entièrement remplie par une masse néoplasique (du volume d’une orange environ), née de la prostate et qui adhère aux parois osseuses de l’excavation.

Les vésicules séminales et la partie inférieure des uretères sont englobées par cette carcinose diffuse.

La vessie est petite, à parois épaisses, le bas-fond présente de nombreuses bosselures néoplasiques blanchâtres, non ulcérées, au milieu desquelles s’ouvrent les uretères.

Le péritoine du cul-de-sac recto-vésical est soulevé par des nodosités cancéreuses et comblé par des adhérences péritonéales. Les deux uretères sont dilatés, ainsi que les bassinets.

Néphrite double. Envahissement cancéreux des ganglions inguinaux, pelviens, lombo-aortiques.

Diagnostic histologique : carcinome alvéolaire.

Obs. 3. — Cancer de la prostate. — Pièce n° 122 de la collection Guyon.

C..., 17 ans. Salle St-Vincent, n° 7. Autopsie du 18 juillet 1880.

Grosse prostate. Rétention. Accidents fébriles et cachexie. Péritonite pelvienne.

Pièce. — L’urèthre sain est allongé et V orifice du col vésical est déjeté à gauche. La prostate forme une énorme tumeur irrégulière, qui remplit presque l’excavation ; cette tumeur molle est creusée en plusieurs points de grandes cavités lacunaires ramollies. La portion I prostatique du canal est conservée, mais allongée et sinueuse. La tumeur remonte en arrière jusqu’à la base des vésicules. Le rectum n’est pas envahi, mais refoulé néanmoins par un assez gros noyau de la tumeur, qui semble avoir également repoussé tous les tissus environnants sans les envahir.

Obs. 4. — Cancer de la prostate. — Tumeurs multiples de la vessie .

Pièce n° 144 de la collection Guyon.

J..., 67 ans. Autopsie du 31 août 1885.

Début par signes de prostatisme dix mois avant la mort.

Vives douleurs irradiées. Hématuries. Rétention. Cachexie rapide.

Pièce. — Urèthre normal dans toute sa région antérieure.

La région prostatique a l’aspect d’une caverne anfractueuse avec des lambeaux flottants de tissu nécrosé. La vessie, grande, avec des colonnes et des cellules au début, ne présente pas de lésions mani festes de cystite. Le col, le trigone et le bas-fond sont infiltrés, durs, recouverts de petits mamelons blanchâtres, néoplasiques, non ulcérés.

Sur la partie latérale gauche du col existe un papillome villeux typique, du volume d’une petite noix. A droite du col, sur les limites du trigone, plusieurs petites tumeurs polypiformes, longuement pédiculées, flottantes, lisses, d’aspect myxomateux. La prostate forme une masse dure, adhérente aux parois de l’excavation pelvienne par un tissu scléro-cancéreux induré.

Noyau carcinomateux dans la branche horizontale du pubis gauche. Plusieurs noyaux dans les corps caverneux. Envahissement des ganglions pelviens à gauche. Noyaux secondaires dans le foie.

Dilatation notable des deux uretères. Lésions de dilatation aseptique ancienne du rein gauche.

Pyélonéphrite hémorrhagique avec dilatation du rein droit.

Obs. 5. — Carcinome prostato-pelvien diffus.

Pièce n° 170 de la collection Guvon.

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