CHAPITRE II
Anatomie Pathologique
Nous avons réussi à rassembler 30 cas de tumeurs du sciatique, glanés çà et là, dans la littérature médicale. Sur ces 30 cas 12 sont appelés sarcomes. Ce sont ceux de Poirier, MARCHAND, BARDELEBEN (2 cas), BouiLzy, VERNEUIL, HUME, BERGER, ZWICkE (2 cas), MACKENZIE et SCHWARTZ.
h myxomes : BESSON, TRELAT, DOLBEAU et SÉE.
5 Fibromes. Lecueu, Loison, Roux, Bonner et VERNEUIL.
9 classés sous le terme général névromes : GAY, -SCHORT, VOLLEMIER, LiTTLE, MicHon, BICKERS- TETH, LANNELONGUE et VELPEAU (2). |
Les sarcomes se présentent sous la forme d'une tumeur unique, de volume variable, allant de la crosseur d'une petite pomme (Besson) à celle de la tête d’un adulte (ZWICKE).
Leur aspect est lisse ou plus où moins bosseïé. Comme, en général, toutes ces tumeurs, ils se pré-
en 2
Lente
sentent comme une masse bien distincte des parlies voisines dont les sépare une capsule qui n’est autre que le névrilème. Leur consistance est ramollie le plus souvent. À la coupe, le sarcome présente une coloration blanc jaunûtre ; le tissu est semé d'ilots hémorrhagiques, de kystes, de masses colloïdes et lipomateuses. Quand il est mou, il est généralement riche en vaisseaux dont la rupture donne lieu à des kystes sanguins plus au moins considérables. Quelquefois (MARCHAND, BouiLLy) au centre de la tumeur existe une sorte de cavité remplie soit de bouillie graisseuse, soit de sang et de caïllots.
Très semblable au sarcome, le myxome se présente sous la forme de tumeur plus molle, pseudo fluctuante, bosselée comme lui, d'aspect gélatineux et translucide à la coupe. >
Le fibrome est régulièrement arrondi, de consistance ferme et élastique, sèche et compacte à la coupe ; son volume est ordinairement pelit, ‘use noix ou une noisette).
Nous ferons remarquer, en passant, que ces dénominations, basées simplement sur l'apparence extérieure, n’ont en l'espèce, aucune importance.
Quant au siège de ces tumeurs, il est des plus variables. Voici ce que nous avons constaté dans nos observations
20 sont situées sur le tronc proprement dit du nerf sciatique et siègent : é
DT
2 au niveau de son émergence du bassin (BER- GER: Lotrson). | : T7. à sa partie moyenne.
1 à sa partie inférieure avant sa division (VEr- NEUIL).
3 sont situées sur le sciatique poplité interne (HümE, Bonner, SÉE).: |
3 sont situées sur le sciatique poplité etterne Se (Roux, VERNEUIL et BARDELEBEN).
4 enfin sur le tibial postérieur (GAY, Scnorr, DoLBEAU et LANNELONGUE.
Les rapports de la tumeur avec le nerf sciatique “ont une importance considérable au point de vue opératoire. Pour bien les comprendre nous empruntons à Marnras Duvar, ces lignes suivantes sur l’histologie normale du nerf.
« À l’état normal le nerf est formé par un ensemble de faisceaux nerveux réunis par du tissu conjonctif.
Pour constituer les nerfs visibles à l'œil nu, les fibres nerveuses microscopiques se groupent en s’entourant de tissu conjonctif en formant ainsi les faisceaux primitifs : un perf peut être consti-. tué par un seul de ces faisceaux, mais le plus souvent, il en contient plusieurs. Chaque faisceau nerveux est entouré d’une gaîne conjonctive, forimée d’une seule couche à la terminaison du nerf,
\ ; composée sur les faisceaux plus gros d’une série 7% de lames superposées et anastomosées les unes
} \ avec les autres. C’est le périnèvre ou la gaîne lamellaire de Cornil et Ranvier.
Les différents faisceaux qui composent les nerfs sont séparés et unis par du tissu conjonctif ordinaire composé de fibres volumineuses entre lesquelles sont placées des cellules connectives et parfois des cellules adipeuses. C'est le névrilème. Enfin le tronc nerveux total est compris dans une
«enveloppe générale de tissu conjonctif, dont le névrilème n’est qu’une dépendance. »
Admettons, pour le moment, la classification des anciens auteurs, sans nous occuper si la iumeur est d'origine conjonctive ou d’origine nerveuse, el voyons quels sont ces rapports. Nons avons déjà dit que la tumeur est toujours encapsulée par ie névrilème. Par rapport au nerf eile peut-être soit interfibrillaire ou centrale, soit périphérique, soit mixte.
Dans le cas de tumeur interfibrillaire où centrale, le tissu pathologique occupe plus spécralement le centre du cordon nerveux, dont les faisceaux el les fibres dissociées se trouvent ainsi éparpillées à la surface de la tumeur, ce que les auteurs ont comparé aux cordelettes des filets enveloppant les ballons. C'est une disposition assez fréquente, que nous avons trouvée dans les cas de BARDELEBEN, BoUILLY, VERNEUIL, HUME, BERGES, Roux et BIGKERSTETH par exemple. Dans ces cas, sa surface (MArRCnAND) la tumeur étant alors .en
les faisceaux nerveux convergent el se réunissent
LR Opies
pour reconstituer le nerf aux deux extrémités du grand axe de la tumeur, en deux autres points de sa surface (MARCHAND) la tumeur étant alors en diagonale par rapport à l’axe du cordon nerveux.
Dans le cas de fumeur périphérique le développernent du néoplasme se fait surtout aux dépens des portions éxcentriques ; la fumeur est périphérique par rapport au cordon nerveux ; elle peut
être circulaire c'est-à-dire occuper toute la péri-
Iphérie du nerf sur une certaine hauteur (dans ce cas le nerf plonge alors dans la tumeur et la tra-
verse d'un pôle à l’autre (Verneuit, Loison et Bon-
NET), elle peut être latérale n’occupant qu'un point plus ou moins restreint de la périphérie du nerf, qui déjeté sur un des côtés s’y dessine en un cordon plus ou moins aplati. Parfois la tumeur est appendue au nerf et dans ce cas pédiculée (Besson.
Enfin, dans le cas de tumeur mixte, la masse néoplasique offre la combinaison des néoplasmes interfibrillaire et périphérique ; c’est-à-dire que le
tissu morbide, tout en englobant une partie des tubes nerveux, en repousse une autre partie à sa périphérie. (
Nous reprendrons au chapitre traitement, ces données anatomiques et nous étudierons, à présent, les caractères histologiques de ces tumeurs. C’est ici que le désaccord commence, les uns les regardant comme de nature conjonctive, les autres comme de nature nerveuse.
Les défenseurs de la nature conjonctive sont de
beaucoup les plus nombreux et ainsi que nous le disions dans notre historique, répartissent ces tumeurs dans les différentes classes de néoplasmes conjonctifs et décrivent des fibromes, des myxomes, des sarcomes, dans les cas malins. En ce qui concerne le point de départ, ils le placent dans l'appareil de soutien et admettent les différentes variétés que nous avons décrites à la page précédente.
Pour les défenseurs de la nature nerveuse, les cellules néoplasiques résultent de la prolifération des cellules de Scawanx ; Soyxa, dès 1887, avait vu le rôle de ces cellules. Or comme la nature nerveuse de ces éléments est généralement acceptée aujourd’hui, le simple fait qu'elles sont l'origine des éléments néoplasiques justifie la dénomination de névromes appliquée à ces tumeurs, nom. qui désigne tous les néoplasmes qui ont leur point de départ dans une prolification des éléments de nature nerveuse entrant dans la constitution du nerf périphérique. Or, cette origine semble solidement établie. Dans les cas. favorables, on peut trouver, dans la zone de transformation juxta-néoplasique, toutes les transitions entre la cellule de Schwann normale et les éléments de la tumeur.
D'après DURANTE, ces tumeurs que nous élu:
dions, passeraient par deux phases. Dans la première ; phase de régresion, la cellule segmentaire perdrait son caractère de cellule différenciée pour pouvoir proliférer activement ; dans la seconde,
DIE 2e
dite de transformation, ces éléments à caractère embryonnaire, n'arrivent pas à se différencier et aboutissent, au contraire, à la production des formes pseudo-conjonctives suivantes. (CUNÉéo. Revue de chirurgie 1909). 4
a) Névrofibromes. Les éléments néoformés prennent l'aspect de cellules fusiformes plus où moins allongées, dont le protoplasme se condence et perd toute réaction caractéristique. Ainsi se forme un tissu fibroïde pauvre en éléments anatomiques et dont la nature nerveuse est impossible à reconnai- tre en l’absence des données ‘histogéniques. b) Névrolipomes : Les cellules néoplasiques se chargent de gouttelettes graisseuses et arrivent à prendre l'aspect de cellules adipeuses. :
c) Névromyxzomes : Le tissu néoplasique prend l’aspect myxomateux. Cette dégénérescence frappe à la fois le stroma conjonctif et les éléments de nature nerveuse.
d) Névrosarcomes : Lorsque les éléments néoplasiques se multiplient avec activité et gardent un caractère nettement cellulaire, on a affaire au névrosarcome, névrome cellulaire (DURANTE). Cette forme est rare en tant que forme primitive. Cependant si nous nous en rapportons à nos observations, nous trouvons que sur 30 vas, douze sont des sarcomes. Etait-ce bien des sarcomes purs ?
Nous savons en effet que c’est là un caractère malin des tumeurs et il s’agit probablement de néo
plasmes précités ayant dégénéré tels que les signa-