TRAITEMENT DES ÉCOULEMENTS LIÉS AUX RÉTRÉCISSEMENTS DE L'URÈTHRE
- Nous venons d'étudier dans le paragraphe précédent les variétés que présentent les écoulements liés aux rétrécissements de l’urèthre. Notre description clinique doit se compléter par le traitement qu'il convient d’instituer contre ces inflammations uréthrales, soit aiguës, soit chroniques. D'une façon générale, on peut établir que le rétrécissement imprime à la physionomie symptomatique des uréthrites une évolution particulière que nous nous sommes efforcé de signaler précèdemment ; il convient d'ajouter qu'à ces caractères spéciaux s’adjoignent aussi des modalités caractéristiques dans le traitement. Nous pouvons résumer ce que nous allons dire en établissant qu’à tout écoulement coexistant avec un rétrécissement de l’urèthre, il faut opposer tout d’abord un traitement causal , c'est-à-dire, la dilatation
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progressive et méthodique du canal. Cette dilata- . tation sera, bien entendu, combinée à la thérapeutique propre .à l'écoulement lui-même ; or, à l'heure actuelle, le traitement qui donne les meilleurs résultats pour la guérison des uréthrites simples, ce sont les grands lavages antiseptiques du canal, parfois aussi les instillations localisées aux point malade avec des solutions argentiques. Dilatation, grands lavages ou instillations, tels sont les moyens qui nous paraissent les meilleurs dans les inflammations qui nous occupent, et les observations que nous joignons à ces quelques considérations corroborent cette facon de faire, déjà bien connue et adoptée par tous ceux qui ont maintenant à traiter un urèthre malade. = Avant d’instituer ce traitement s'adressant à la fois à la cause et à l'effet, il convient de poser nettement le diagnostic de Puréthrite pour laquelle on est consulté par le malade. Dans les suintements chroniques de l’uréthre, le praticien doit, tout d’abord, avant de conseiller ce (traitement à son client que nous supposons venir le consulter pour la première fois, le praticien disons-nous, doit tout d'abord pratiquer l'exploration du eanal au moyen de la bougie à boule olivaire. Avec cet instrument si précis dans les sensations qu’il donne, on pourra reconnaitre un rétrécissement méconnu el qui entretient depuis longtemps une blennorrhée rebelle ; on pourra apprécier la forme, la consistance, la position exacte des points
rétrécis, et aussi, comme nous l'avons établi pour les uréthrites localisées, on se rendra facilement compte de la situation de la région malade, si l’uréthrite est partielle et siège derrière un rétrécisse ment. On pratiquera l’explorationalors que le malade n’a pas uriné depuis longtemps, pour pouvoir ramener sur le talon de l'instrument la goutte purulente révélatrice d’une inflammation située en arriére de la stricture. Si l’uréthrite n’est pas localisée, les caractères du pus ou dusuintement catarrhal permettront de lui donner le nom correspondant à la variété à laquelle elle appartient.
Dans iles écoulements aigus, on pourra aussi pratiquer l'exploration du canal après avoir balayé le pus par un lavage à canal ouvert et après avoir anesthésié l’urèthre au moyen d’une instillation de cocaïne; de la sorte, on pourra s’éclairer sur la nature réelle d’un écoulement franchement purulent, et, si l’on constate un rétrécissement déjà marqué, on aura des présomptions sérieuses pour attribuer l’écoulement à une inflammation réveilléé ou sollicitée par l’épine irritante à laquelle on peut comparer l’action qu’exerce la stricture sur la muqueuse urèthrale.
On n’oubliera pas, que chez un rétréci, le simple passage d’un instrument aseptisé, et, à plus: forte raison, d’un instrument dont la désinfection a été nulle ou insuffisante, peut déterminer une uréthrite aiguë ; on sera donc sobre des interventions qui ne sontpas commandées par la néces-
sité de compléter un diagnostic obscur. Dans les conseils qu’on donnera au malade atteint de rétrécissement, on n’oubliera pas de proscrire les interventions intempestives, pour lesquelles il a souvent une propension marquée; on lui recommandera d'éviter les excès de toute sorte qui réveillent souvent une infection latente; enfin on fera tout son possible pour établir la prophylaxie de cesécoulements aigus, dont la durée est si longue et qui résistent parfois eu meilleur traitement, en setransformant en fin de compte en blennorrhées, encore plus rebelles.
-Restent les écoulements aigus et chroniques que l’on trouve chez les rétrécis et dont on a constaté la nature causale. Quel traitement convient-il de leur instituer ? Pour les écoulements aigus, la dilatation préalable n’est pas possible, étant par ellemême très douloureuse dans ces conditions, et surtout pouvant exagérer le mal, déjà si intense. Il est préférable d'attendre que les phénomènes inflammatoires se soient apaisés avant d'introduire les bougies dilatatrices. On traitera donc ces écoulements aigus liés au rétrécissement comme s'ils étaient primitifs ; on leur opposerales émollients, les lavages faiblement antiseptiques et à canal ouvert de l’urèthre antérieur; puis, dès quele passage des bougies pourra se faire sans encombre, on rattrapera le temps perdu en combinant au traitement de l’écoulement lui-même le traitement du rétrécissement qui l’entretient. Nous serions
disposé à commencer par les lavages antiseptiques, en solutions graduellement plus fortes, pour terminer par la dilatation progressive et méthodique du canal. Cette dilatation déterminera, outre la disparition de la stricture, un massage régulier des parois uréthrales, et ce massage favorisera d’une façon définitive la disparition des exsudats glandulaires ou lacunaires ; il activera la résorption des infiitrations de cellules embryonnaires dans la trame de la muqueuse, et, par conséquent, il exercera la plus heureuse et la plus salutaire influence.
Au contraire, dans les écoulements chroniques généralisés ou localisés à une portion rétrostricturale, notre tendance nous porte à combattre tout d’abord le rétrécissement qui entretient la blennorrhée. La dilatation préalable bien conduite, et passée jusqu'aux numéros les plus élevés de la série des Béniqués, fera la place nette pour combattre plus directement et plus efficacement la sécrétion morbide. A Iui seul, le calibrage méthodique de l’urèthre pourra faire disparaître la goutte chronique dont est affligé le malade, et l’on sait que depuis longtemps ce simple traitement a été préconisé par les praticiens les plus réputés et à l'esprit le plus judicieux. Jusqu'à ces dernières années, on s’est même contenté de ce puissant moyen thérapeutique, essentiellement basé sur la disparition de la cause qui entretenait l'écoulement chronique. A l'heure actuelle, nous sommes plus complètement
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armés contre eette maladie 8i rebelle qu’est la blennorrhée. A la dilatation progressive par les Béniqués, nous joignons deux moyens, rarement inefficaces, et qu’on peut employer alternativement s'il est nécessaire. Nous voulons parler des instillations, portées dans le canal avec la seringue de Guyon, ou des grands lavages antiseptiques de de l’urèthre. Pour les instillations, on se sert des solutions de sels d’argent, à doses progressivement concentrées, allant de 1 gr. pour 60 à 40, 30 et même 20 gr. d’eau distillée. Ces instillations sont portées dans l’urèthre au moyen de la bougie creuse à boule olivaire que toutle monde connaît ; pour notre part, nous employons les instillations, de préférence, dans le cas d’uréthrites localisées, et en particulier dans les inflammations qui se cantonnent à la région bulbaire. Celle-ci devient le siège d’un véritable cul-de-sac par la dilatation que subit le canal en arrière du rétrécissement, toujours plus serré à ce niveau qu’en tout autre point de l’urèthre. Ces instillations qui portent dans l’endroit spécialement visé cinq, dixou même quinze gouttes de la solution argentique plus ou moins concentrée, sont répétées tous les jours, tous les 2 jours ou bien alternées avec des séances de dilatation.
À vrai dire, dans les uréthrites chroniques liées au rétrécissement, spécialement dans celles où la muqueuse uréthrale n’affecte point de partie plus spécialement malade, c’est-à-dire dans l’écoule-
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ment purulent, simple ou gonococcique tant soit peu abondant, ou bien encore dans le catarrhe de l’urèthre, nous donnons, de par notre expérience personnelle, la préférence aux grands lavages dela vessie avec une-solution étendue de permanganate de potasse. Nous faisons passer, sous une pression de deux mètres, c’est-à-dire en plaçant lerécipient à deux mètres environ au-dessus du plan qu'occupe le canal, une solution tiède de permanganate de potasse à vingt-cinq, trente, quarante ou cinquante centigrammes pour un litre d’eau préalablement bouillie. Nous n’avons pas à décrire le manuel opératoire que nous employons concurremment avec tous les praticiens ; la chose est trop connue maintenant.Il est rare que la dilatation étant régulièrement obtenue déjà, il faille renoncer à ce précieux mode de traitement sans enregistrer de succès définitif; presque toujours au bout de 5, 10, 15 lavages quotidiens, la guérison est obtenue d’une façon radicale,à condition toutefois qu’on continue les lavages en les espaçant de plusen plus eten diminuant progressivement leur concentration.
En résumé, les écoulements chroniques liés aux rétrécissements de l’urèthre sont généralement amendés et guéris par la dilatation, les instillations ou les grands lavages antiseptiques du canal uréthral. La dilatation nous paraît essentielle et elle doit tout d’abord entrer en ligne ; ses effets heureux sont complétés par les instillations ou les