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puis fongeuses, elles saignent au moindre contact et bientôt s’ulcèrent... Les dents se déchaussent et tombent spontanément. L'ulcération gagne en profondeur, elle peut atteindre le maxillaire et en provoquer la nécrose. La mastication devient impossible, et l’état général est rapidement mauvais. C’est a:ors le {tableau d’une intoxication générale. Le pouls devient pelit, faible et se ralentit. Au moindre effort apparaît une dyspnée très pénible. Des hémorragies surviennent partout : au niveau de la peau, sous forme de piqueté hémorragique ou sous forme de vastes ecchymoses au niveau des muqueuses ; dans le tissu cellulaire sous-cutané à travers les parenchymes.
Du côté des os, on note de la périostite, de la raréfaction pouvant aboutir parfois à des fractures spontanées.
Et ainsi le malade arrive en deux ou trois mois à une cachexie profonde et meurt si un changemenl de régime n’est pas institué à temps. ” ® Nombreuses ont été les explications données et les étiologies invoquées. « L'humidité de l'air est la cause la plus prédisposante du scorbut » disait Lind. D’autres auteurs, remarquant que la maladie sévissait sur des agglomérations et les décimait virent en elle une maladie épidémique ou contagieuse.
On a incriminé ensuite les ptomaïnes renfermées dans les viandes de conserve... puis l’abus des viandes salées et de la saumure (scorbut muriatique).
Bachstrôm, le premier en 1734 soutient que la véritable cause du scorbut est l’abstinence de légumes
frais et de viande fraîche.
ÉIRONES
Les observations des navigateurs, des explorateurs des médecins militaires viennent confirmer . cette théorie.
Sur mer : Mahé rapporte plus de deux cents observations d’épidémie de scorbut décimant les équipages. privés de légumes frais et de fruits, nourris de viandes. conservées, salées et fumées. Ces accidents d'ailleurs cessaient brusquement si au cours d’une escale les. hommes trouvaient des fruits et des légumes verts.
La marine Anglaise d'autre part réduit dans de très fortes proportions les cas de scorbut en introduisant dans l'alimentation des marins le « lime juice » ou jus de citron conservé... Sur terre, on retrouve Ja même étiologie à la base de la même maladie et les observa- &ions abondent. Buzzard rapporte que pendant la campagne de Crimée en 1854, l'armée Turque fut décimée par le scorbut... Il suffit d'adjoindre à la ration alimentaire des hommes des végétaux frais, et en particulier des melons d’eau pour juguler l’épidémie et guérir les malades. Bachstrôm en Suède, Monro au Canada, Larrey à Alexandrie, citent des observations tout aussi concluantes.
Cette notion éliologique ne devait pas tarder à être vérifiée expérimentalement ; c'est à Axel Holst et à Frôblich que nous devons cette étude expérimentale. Ces auteurs montrent que des animaux (cobayes, lapins, porcs et chiens) nourris avec des aliments qui seraient scorbutigènes pour l’homme présentent, après un certain temps des manifestations pathologiques semblables, sinon identiques à celles du scorbut
SO
humain. L'autopsie montre des hémorragies sous cutanées, musculaires, séreuses et sous périostées. L'os est particulièrement lésé, extrêmement raréfié ; la fracture spontanée est fréquemment observée. Les symptômes
gingivaux ressemblent à ceux de l’homme, les gencives
saignent, deviennent fongueuses les dents se déchaussent et lombent. Ces accidents arrivent si l'animal a été nourri avec des aliments conservés, stérilisés par la chaleur; au contraire, ils sont évités et parfois guérisst les animaux d'expériences mangent des choux, des carottes ou tout autre légume frais et cru.
Mais en dehors du scorbut expérimental, point n'est besoin de remonter aux grandes expéditions terrestres ou aux explorations polaires pour observer les relations qui existent entre la nourriture et le scorbut,
Récemment Weill et Mouriquand ont observé des
manifestations pré-scorbutiques chez une dizaine de sol-
dats. « En dehors de toute infection appréciable, de tout surmenage excessif, ils présentaient, avec une teinte jaune paille, de l’asthénie, quelques troubles intestinaux légers, une inappétence marquée et du saignement facile des gencives ». Et les auteurs insistent sur la nécessité d'introduire dans la ration alimentaire de nos soldats des légumes frais el des fruits.
Nous-mêmes, nous avons eu l’occasion d'observer dans le même ordre d'idées deux cas intéressants. Il s’agit de deux dames, souffrant de l'estomac depuis très longtemps et que nous avons eu l’occasion de voir au cours d’une saison qu’elles faisaient à Vichy. Le régime
alimentaire qu’elles suivaient était très sévère : ancune
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crudité, pas de fruits, pas de hors-d'œuvre, leur nourriture était à base de légumes décortiqués en purée, de farines et de pâtes alimentaires, de riz, de lait stérilisé, de viandes très cuites, de biscottes au lieu de pain... Or ces deux malades éprouvaient une lassitude extrême et des douleurs vagues dans les membres et dans le dos, de l'inappétence et se plaignaient de symptômes vagues rappelant ceux de la neurasthénie. Elles sont venues consulter un dentiste car leurs gencives étaient douloureuses, légèrement fongeuses et saignaient facilement ; c'est à ce moment que nous les avons vues. Devant les symptômes qu'elles présentaient et surtout guidés par le régime alimentaire que ces malades suivaient depuis plus de deux ans, nous avons pensé qu'il s'agissait de symptômes scorbutiques dus au manque d'aliments frais. - Nous avons conseillé un régime alimentaire moins rigoureux : lait cru, œufs crus, fruits crus, tels que, poires, bananes, oranges. Au bout de quelque temps les forces étaient plus grandes, les douleurs avaient disparues, les gencives avaient repris leur aspect normal et l'état moral de ces deux malades s'étaient fortement amélioré sans que les troubles digestifs aient reparu. [Il s'agissait donc sans aucun doute de symptômes préscorbutiques consécutifs à la carence d’aliments frais.
Ces deux observations sont intéressantes à un double point de vue: théorique, parce qu'elles ont la valeur d'une expérience; pratique, parce qu'elles mettent en garde contre certains régimes alimentaires trop sévères ettrop prolongés comme l’on a souvent coutume d’en prescrire aux dyspeptiques.
Nous sommes donc en présence ici d'une maladie qui apparaît dans des conditions de nourriture bien déterminées, dans [lesquelles l’aliment normal, naturel au sens strict du mot, a été modifié par la conservation, la dessication, la stérélisation. Nous avons vu que cette maladie peut être évitée, ou si elle existe déjà peut être guérie par la consommation de légumes verts, de viandes peu cuites, de lait cru, de fruits crus, etc.
On est donc en droit de ranger le scorbut dans la catégorie des maladies par carence de vitamines : des AVITAMINOSES.
Nous envisagerons dans un chapitre d'ensemble les relations qui existent entre le scorbut infantile ou - maladie de Barlow et le scorhut des adultes que nous venons d'étudier.