‹ Contribution à l'étude des vitaminesChapitre 36 sur 50 · DE FT · texte numérisé non relu

DE FT

Vasiliu, Gheorghus préconisent l'emploi de larsenic sous forme d’atoxyl ou de salvarsan.

Alessandrini incrimine un nématode.

Toutes ces théories infectieuses sont attaquées par Nevius-Hyde, puis par Clarke, Hamill, Pollock, Curtis et Dick... Tous ces auteurs et avec eux Casa-Bianchi et Vallardi sont d'accord pour rechercher dans le maïs la cause de la maladie, mais sans arriver à des résultats précis el décisifs.

Théorie photodynamique.

Raubitschek entreprend une série de recherches bactériologiques et jamais il ne découvre de protozoaire ni de nématode, ni de trypanosome.

Il prouve que l'extrait de maïs avarié inoculé à des animaux ne provoque aucun symptôme que l’on puisse rapprocher de ceux de la pellagre. Mais il prétend que le fait d’ingérer du maïs avarié produit sur la peau une sensibilité plus grande aux rayons du soleil; il s'appuie sur les travaux d'Aschoff et de Hausmann repris par Hans Fischer et Meyer-Bek et il montre que des souris blanches nourries avec du maïs avarié, et maintenues à la lumière présentaient des symptômes cutanés et nerveux que ne présentaient pas des souris soumises au même régime alimentaire mais gardées à l'obscurité.

Horbaczewski, reprenant les expériences précédentes arrive aux mêmes conclusions.

Récemment P. Suarez isole du maïs, une substance colorante fluorescente exerçant une action photosensibi-

er OS

lHisante analogue à celle signalée par Haussmann. Il la nomme « zéoquine » et il admet qu'elle joue un certain rôle dans l’étiologie de la pellagre.

Récemment une autre théorie se fait jour. Cencelli puis Alessandrini et Scalla remarquent que la pellagre se rencontre dans des régions spéciales ou l’eau de source provient d'un sol argileux, ou quand les eaux de rivière stagnent dans des régions glaiseuses et ils pensent que la pellagre serait produite par un empoisonnement chronique par la silice en solution colloïdale dans une eau de composition déterminée.

D'autres auteurs pensent que la pellagre est causée par un acide et qu’elle peut être guérie ou grandement améliorée par du citrate de soude neutre.

Ces différentes théories ont été discutées et chaque auteur a battu en brèche les opinions de ses devanciers pour établir la sienne propre. La confusion régne encore à l’heure actuelle. Une ordonnance du conseil de salubrité en date du 29 mai 1915, en Amérique, désigne la pellagre comme une maladie contagieuse, ordonne que les maisons où existe la pellagre soient placardées, que la maladie soit dénoncée au conseil de salubrité, que les enfants soient exclus des écoles, et que les pellagreux soient écartés des marchés et des réunions publiques.

D'autre part J. Jobling, F. Petersen, G. Tucker et C. Costen s'appuyant sur des faits observés dans l'épidémie de pellagre à Nashville font remarquer que des cas de pellagre ont été observés chez des individus parfaitement nourris et que la maladie a revêtu tous les caractères d’épidémie et de contagion.

En opposition très nette à ces faits Goldberger, Waring et Willets concluent d’une étude minutieuse des conditions éliologiques de la pellagre, que celte maladie ne se développe pas chez ceux qui ont une nourriture bien équilibrée. Qu’aucune infirmière, affectée à un hôpital de pellagreux, n’a contracté la maladie. Que la pellagre ressortit indubitablement à une erreur | de diététique.

D'un autre côté F. M. Sandwith critique l'opinion de Cincelli sur l'origine silicienne de la pellagre et montre que nombreuses sont les populations buvant une eau libre de silice et qui ont la pellagre.

Le streptobacille de Tizzoni n’a jamais été rencontré par d'autres auleurs.

I faut noter que la plupart des auteurs sont d'accord pour faire ressortir à une cause d'ordre diététique la pathogénie de la pellagre, et le maïs est généralemeut incriminé par les auteurs, mais ici encore, c'est à partir de ce point que les opinions divergent, quand il s'agit de pousser plus loin dans la théorie alimentaire. Nous avons signalé cès mêmes faits en ce qui concerue la nutrition, la croissance, la maladie de Barlow, le rachi- Lisme, le scorbut et comme nous le verrons le béri-béri.

L'histoire de l’étiologie de la pellagre semble avoir suivi les mêmes stades que celle de l'étiologie des maladies que nous venons de citer et en particulier que le béri-béri, comme le fait très judicieusement remarquer Sandwith.

1° Le pou de tête et plusieurs autres insectes ont été accusés de transmettre le béri-béri. Le Docteur Sambon

DR Cire

pense que la piqûre du « simulium » ou d’autres insectes est la cause de la pellagre, et un Américain accuse la « stomoxys calcitrans ».

2 Plusieurs poisons ont été incriminés dans les deux maladies, provenant de la nourriture ou de l'habitation.

3° Le Professeur Hewlett prétend que le béri-béri est dû à un protozoaire qui serait retrouvé dans l'urine. Sambon incrimine aussi un protozoaire et il est suivi par Roberts et par Chalmers; et Ravisth accuse un trypanosome.

4 Des cocci, des bacilles, des champignons, ont été incriminés dans les deux maladies.

5° Les deux maladies, dans les régions où elles sont endémiques sévissent sur la classe laborieuse tandis que les autres classes de la société en sont presque exemptes.

6° Le béri-béri comme la pellagre a été jugé comme étant contagieux.

7° Dans le béri-béri comme dans la pellagre les enfants sont indemnes,sauf si leur mère ou leur nourrice sont elles-mêmes victinres de la maladie.

Frappés de tous ces fails, n’est-on pas naturellement amenés à considérer la pellagre comme une maladie par déficience au même titre que le béri-béri et que le scorbut?.. Funk avait déjà envisagé celte possibililité. Sandwith reprend cette idée. Weill et Mouriquand admettent la possibilité d’une telle pathogénie.

Mais, dira-t-on, on a vu apparaître des cas de pellagre dans des régions où le maïs est presque complètement inconnu! Ce n’est pas là un argument important.

HOULBERT 7

LA LCR EE

En effet, si nous acceptons la théorie qui attribue le béri-béri et la pellagre à une déficience dans l’alimentation par les céréales, nous ne devons pas nécessairement n'incriminer dans un cas que le riz, et dans l'autre que le maïs... Pourquoi s’il s’agit d’une déficience la pellagre serait-elle dépendante exclusivement d'une seule céréale? Ce qui manque dans le maïs peut manquer tout aussi bien dans d’autres graines et°la farine d'avoine pourrait être incriminée pour expliquer cerlains cas de pellagre apparus.en Ecosse,où la nourriture par le maïs est complètement inconnue. Et comme. le dit en subtance Sandwith : si l'on exclut complètement de la nourriture des marins les légumes frais, les fruits, le lait on verra se développer chez eux des signes de scorbut... mais pour êlre certains de l'étiologie nous ne sommes pas obligés de prouver que la maladie est due à la déficience causée par l’un des légumes en particulier. et si l’on peut prouver que la pellagre est due au manque dans l'alimentation d’une Vitamine analogue à celle du béri-béri, point n’est besoin que la base du régime. soit le riz, le maïs ou toute autre céréale.

Sans discuter cette théorie, il nous semble cependant que l'élément « maïs » doive jouer un certain rôle que des travaux ultérieurs mettront sans doute en évidence. Mais cela n'exclut pas la théorie de l’avitaminose : elle prouverait seulement la spécificité des Vitamines.

Nous avons seulement émis une hypothèse qui d’après les chapitres précédents nous semble être vraisemblable et tout à fait légitime. Il serait intéres-

00/22 & sant de la confirmer par l'expérimentalion non sculement dans les laboratoires mais surtout par une thérapeutique spéciale : soigner les pellagreux comme on soigne les béribériques, les scorbutiques en leur donnant des aliments riches en Vitamines... Cette thérapeutique serait surtout concluante si, sans changer le régime alimentaire des pellagreux, on évitait la maladie... ou si, après son apparition on la guérissait en

faisant prendre aux malades, des Vitamines chimiquement isolées.

ROLE DES VITAMINES DANS LE BERI-BERI

Nous àvons gardé en dernier lieu l'étude du béri-béri; c'est elle cependant qui a conduit les auteurs depuis Eykmann et surtout Funk puis Weill et Mouriquand et dernièrement P. Michel à la notion de carence. : |

Nous ne décrirons pas ici les symptômes cliniques du béri-béri mais nous n'étudierons que ce qui a rapport à son étiologie.

Le béri-béri a été tour à tour considéré comme une affection parasitaire. Le Docteur Noé incrimine l’ankylostome, Kynsey, le trycocéphale... Puis on accuse une bactérie ou un diplocoque (Pekelharing et Winkle, Ogata, Tsuzuki, Chevers, Wright, etc...) Un peu plus tard Wernich, Van Leent et Takaki prouvent la relation qui existe entre le mode d'alimentation et le béribéri. Takaki réduit dans de grandes proportions le béribéri qui décimait la marine Japonaise en remplaçant. dans la ration alimentaire le riz par de l'orge et en y ajoutant de fa viande. Braddon fait déjà la distinction entre le riz complètement poli et celui qui a gardé la couche sous-corticale de son enveloppe. Eykmann montre la similitude qui existe entre la polynévrite des oiseaux et le béri-héri humain, même étiologie :

nourriture au riz poli; même traitement curateur : riz non décortiqué. La cuticule du riz conliendrait donc les Vitamines nécessaires au métabolisme. La décortication du riz prive l'organisme de cet élément indispensable, détermine un état de carence qui se manifeste sous

forme de polynévrite (cette même polynévrite est reproduite expérimentalement chez les gallinacés par l’alimentation au riz décortiqué), avec les symptômes du béri-béri humain.

* Grigns montre que l'addition du péricarpe et de la couche sous-jacente (enlevée par le polissage) au régne avec le riz décortiqué prévient la polynévrite et la guérit lors de ses premiers symptômes: il en conclut que le béri-béri est causé par le manque, dans le régime alimentaire, d’une substance contenue dans les couches sous-corticales du riz.

Fraser et Stanton essaient d'extraire cette substance.

Un peu plus tard Shaumann puis Simpson et Edie incriminent le défaut de phosphore alimentaire comme cause du béri-béri. !

Hulshoff-Pol étudiant le cortex du katjand idjoe (haricot) en extrait une substance à réaction acide capable, selon lui, de guérir le béri-béri et de prévenir son apparition : il lui donne le nom de « X acide ».

Eykmann recherche dans la levure de bière la substance active tandis que Terunchi extrait du son de riz un principe actif. Des recherches analogues sont entreprises par Chamberlain et Vedder, par Shiga et Kusama, par Tsuzuki, etc...

Mais 1l faut arriver à Funk pour avoir une étude com:

plète de la question. Nous ne décrirons pas ses expériences ni la méthode qui lui a permis d'extraire, des enveloppes de riz d'abord, puis de la levure de bière le principe acüif dont la déficience provoque l'apparition du béri-béri. Encore une fois nous ne présentons dans ce chapitre qu'un résumé très écourté de la question car elle a été étudiée avec beaucoup de minutie ces temps derniers et nous renvoyons aux publications de Funk, de Weill et Mouriquand ‘et à la thèse récente de P. Michel (Lyon 1916). Disons seulement que Funk est arrivé à isoler des pelits cristaux en aiguilles microscopiques, fondant à 233° et brûlant sans laisser de résidu. Il donne à cette substance le nom de Vitamines et propose la formule :

NH =

N A Ci O6 NH

Cette substance serait extrêmement aclive puisque quelques milligrammes seulement guériraient des cas très avancés de béri-béri chez l'homme et de polynévrite chez les oiseaux.

Ainsi est donc démontrée, non seulement la présence de Vitamines anti-bériques dans le cortex du riz mais aussi la véritable étiologie du béri-béri. Cependant on observe des symptômes semblables à celui du béri-béri typique chez des individus dont l’alimentation n’est pas à base de riz et Sir Mouckton Copeman rapporte qu'en Mésopotamie les officiers de l'Armée expéditionnaire

furent atteints de béri-béri avant les hommes, probablement dit-il, parce que les premiers négligeaient les aliments fournis par l'Armée et consommaient beaucoup de conserves envoyées par leurs familles. D'autre part la levure de bière s’est montrée expérimentalement comme très riche en Vitamines anti-béribériques. C'est avec de la levure que l’on a imaginé de fabriquer des -petits gâteaux auxquels on a donné le nom de « tablettes savoureuses » (savoury tablets) et qui ont un pouvoir prophylactique de premier ordre.

Enfin la Maison Ciba fabrique actuellement un produit présenté sous le nom d’'Orypan extrait des cuticules du riz et qui serait éminemment prophylactique et curatrice du béri-béri.

En résumé les recherches sur le béri-béri sont extrémement importantes car elles furent le point de départ de la notion de la carence; ce sont elles qui amenèrent la découverte non seulement de la Vitamine anti-béribérique et de la similitude entre le béri-béri humain et la polynévrite des oiseaux, mais encore de celle qui existe entre les différentes maladies que nous avons étudiées, et que nous verrons se réunir dans un même

groupe : celui des Avitaminoses.

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