‹ Contribution à l'étude des vitaminesChapitre 5 sur 50 · AD ES · texte numérisé non relu

AD ES

aliments, en les supprimant l’un après l’autre dans la ration.

« Les rations avec lesquelles on a jusqu'à présent expérimenté ici, étaient formées, par l'association de divers aliments composés : pain, lait, viande, légumes, dont la composition n’est pas entièrement connue et dès lors, certains facteurs de l'expérience restaient indéterminés. Que de tels facteurs interviennent, c’est ce qu'établit nettement l'impossibilité, où l’on s'est trouvé jusqu'à présent, de maintenir en vie des animaux en leur donnant des rations constituées de toutes pièces par l’association de tous les aliments simples supposés nécessaires, préparés un à un à l’état de pureté. Mais la cause précise de ces échecs reste encore à déterminer ». (Lamblin, Précis de Biochimie, Page 474).

C'est ainsi que Lamblin pose le problème, et c’est un fait curieux en effet, que l’on ne puisse remplacer l’alimentation naturelle par une alimention synthétique. Les physiologistes ont expérimenté sur des souris. Nourries avec du lait, elles vivent longtemps ; mais elles ne tardent pas à périr si on remplace le lait naturel par un lait artificiel. Cependant ce lait contenait, semble-t-il, tous les éléments du lait normal; il était préparé de la façon suivante : on précipite avec de l'acide acétique la caséine et le beurre, et le caillot est lavé avec soin; on ajoute du sucre de canne pur et un mélange artificiel de tous les sels du lait, associés dans la proportion où ce liquide les. contient naturellement (Lunin). Socin a échoué en nourrissant des souris avec. un mélange de sérum de cheval, de graisse, d’amidon,

RFI 22

de sucre, de cellulose, auxquels on ajoutait des sels et un aliment ferrugineux. Falla et Nœggerath ont nourri des rats avec des rations plus complexes : (ovalbumine , caséine, globumine et albumine du sang, fibrine, hémoglobine, nucléinate de soude, cholestérine, lecithine, graisse, amidon, glycose et sels), mais sans arriver à conserver à leurs animaux d'expérience la vie au-delà de quatre-vingt-quatorze jours et sans empêcher une perte continue du poids de leur corps.

« Que. manquait-il donc à ces rations? se demande Lamblin. Est-ce tel protéique déterminé, ou au contraire quelque aliment spécifique, nécessaire seulement en très petite quantité, comme le sont l’iode et l’arsenic, dont dépend l’activité de la glande thyroïde? Ou bien les manipulations qu'avaient subies quelques-uns de ces aliments ont-elles modifié ces substances au point de les rendre inutilisables ? »

Aïnsi est posé un des problèmes qui intéresse au plus haut point la physiologie de la nutrition. Presque au même instant certaines idées se font jour qui font ressortir au régime alimentaire l’étiologie de maladies paraissant cependant bien étrangères l’une à l’autre.

Depuis longtemps on avait remarqué que le scorbut sévissait sur les marins, dans les voyages au long cours et était lié à la nourriture avec des viandes conser vées, salées, des légumes secs, du biscuit... Le Béribéri décimait la marine Japonaise nourrie de riz décortiqué, et Eikmann montre, qu'une modification de régime fait disparaître la maladie. Les médecins d’enfants remarquent que le scorbut infantile ou maladie de

“po

Barlow sévit sur les enfants nourris avec du lait stérilisé et des farines stérilisées, et que l’on guérit les petits malades en leur faisant prendre du lait cru, du jus de citron ou de fruits crus. En Italie, on commence à abandonner les théories infectieuses et toxiques de la Pellagre et à montrer sa relation avec l'alimentation des classes pauvres à base de maïs.

C'est alors que paraissent les travaux de Funk, de Fraser et Stanton, de Weill et Mouriquand, de Cooper et d’autres que nous étudierons dans la suite. Ces auteurs étudient expérimentalement sur des animaux les troubles causés par le manque de Vitamines dans le r égime alimentaire. Il semble alors que l’on puisse faire ressortir à des causes sinon identiques du moins très voisines, des maladies qui jusqu'ici ne semblaient avoir entre elles aucune relation. Bien plus, des recherches sur la croissance ont orienté vers d’autres buts : croissance, maladies de la croissance; non seulement maladie de Barlow, mais encore rachitisme, développement des tissus, normaux et aussi pathologiques.

Les expériences ont donc montré qu'il ne suffisait pas de mettre à la disposition de l'organisme vivant les constituants que l'analyse a isolés, des graisses, des albuminoïdes, des hydrates de carbone, de l’eau et des sels, pour que la nutrition se fasse normalement, il faut autre chose. L'ALIMENTATION CHIMIQUEMENT CONVE- NABLE NE L'EST PLUS PHYSIOLOGIQUEMENT. La nutrition normale, Ja croissance, l’état de santé réclament l'interventon de facteurs indispensables qui avaient jusqu’à ces

derniers temps échappé à l'analyse et que Funk a appelé : Les Viramines.

A côté des maladies par intoxication ou par infection prendrait place alors un autre groupe, celui des maladies par carence (Weill et Mouriquand-Hugounenq) par | déficience (Funk), elles surviendraient au cours d'un régime alimentaire carencé c’est-à-dire privé de Vitamines.

Mais ces Vitamines, malgré les recherches approfondies de Funk ne sont pas encore nettement individualisées; la diversité de leur action fait prévoir leur pluralité, il n'y aurait pas une, mais des Vitamines, spécifiques chacune, soit de la nutrition, de la croissance ou d'une maladie déterminée.

Nous résumerons d’abord les travaux faits en France et à l'étranger, puis dans une seconde partie, nous étudierons plus spécialement l'influence des Vitamines sur la croissance et leur rôle dans la division cellulaire.

Page 1