MAR ES
digérer artificiellement de la viande in vitro par du suc pancréatique et du suc intestinal. Pendant les quinze jours qu'ont duré les recherches, l'enfant a pu, non seulement faire face à ses dépenses d'azote, mais encore en retenir une quantité notable. Son poids a augmenté et sa santé générale élait excellente.
Lés physiologistes ont voulu pousser leurs recherches plus loin, et ils se demandent si quelques amino-acides seulement suffisent à l'organisme pour maintenir son équilibre azoté. C’est le point de départ des expériences d'Abderhalden, de Henriques, de London. Ces physiologistes nourrissent des rats avec de la zéine extraite de la farine de maïs; mais les rats ne tardent pas à dépérir et à mourir. Des expériences antérieures avaient montré que la gélatine est incapable, à elle seule, de maintenir l'équilibre azoté. Or, ni dans la zéine, ni dans la gélatine, n'existe un des acides aminés particulièrement fragile et difficile à mettre en évidence, comme son nom l'indique : le tryptophane.
Abderhalden pour rendre le fait plus évident nourrit des chiens avec les amino-acides de la caséine et les met en équilibre azoté, mais, dès qu'il remplace cette ration alimentaire par une autre, ne différant de la première que par l'absence de tryptophane, le bilan azoté, devient négalif, cependant que l'équilibre se rétablit dès qu'on ajoute du tryptophane.
De nombreuses expériences ultérieures ont confirmé celte hypothèse : le tryptophane est absolument indispensable à l'organisme pour faire la synthèse des protéides, et, d'autre part, il était démontré que l'organisme
est incapable de produire lui-même de toutes pièces les acides aminés manquants, en particulier le tryptophane, ou de transformer certains aminés en d'autres, de structure plus simple.
Il y a lieu de rappeler ici les expériences de Forster. Forster nourrit des chiens adultes avec des résidus de viande provenant de la préparation des extraits de Liébig, épuisés plusieurs fois par de l’eau distillée bouillante, il y ajoute de la graisse, du sucre, de l’amidon. Peu après le début de ce régime, les chiens présentent des accidents nerveux très graves et meurent après 26 et 36 jours, alors que l’inanilion complète permet une survie de 40 à 50 jours. Des pigeons, nourris d'amidon et de caséine se comportent de la même façon. Forster incriminait la déficience de sels minéraux; mais les expériences de Lunin et celles de Socin ont montré que ces accidents ne peuvent ressortir uniquement au manque
de sels minéraux, puisque les rats et les souris qu'ils nourrissent avec un mélange de caséine, de graisse, d’amidon, de sucre, de cellulose, de sels ne peuvent subsister avec un tel régime et la baisse de leurs poids est continue. Nous avons déjà dit que Falla et Nœggerath n'avaient pas eu .de meilleurs résultats avec des rations plus complexes (ovalbumine, caséine, globuline et albumine du sang, fibrine, hémoglobine, nucléinate de soude, cholestérine, lécithine, graisse, amidon, glycose et sels).
Bung explique ces faits par lintoxication acide, il nourrit des souris avec une pâtlée fabriquée avec un mélange de caséine lavée, de beurre el de sucre de
canne. Les souris meurent du onzième au vingt-elunième jour, et leur mort est retardée d'une dizaine de jours si l’on ajoute à la pâtée un peu de carbonate de soude. On ne peut admettre cette théorie de l’intoxicalion acide, car le fait d'ajouter un alcalin à la ration alimentaire aurait dû préserver les animaux de la mort; d'autre part, le tableau de l’intoxication acide est tout différent de celui que Bung a observé chez ses animaux d'expérience.
Ces recherches montrent seulement le rôle important que jouent les matières minérales dans la nutrition des animaux; 1l avait été demontré nettement dans celle des organismes inférieurs et des végétaux. Mais la question n'est pas résolue. Il est vraisemblable que dans l'expérience de Forster, la viande, à la suite du long épuisement à l’eau bouillante quelle a subi, a perdu des matériaux indispensables à la vie ; il est vraisemblable aussi que ce sont les mêmes matériaux qui manquent dans les rations synthétiques des physiologistes précédemment cités... Abderhalden a pensé que c'était le tryptophane.
Toutes ces expériences tendent à établir le mécanisme de la nutrition; mais Abderhalden n’a guère eu en vue que l'équilibre azoté. L'apport égale la dépense et la compense pius ou moins exactement. Cette question est évidemment intéressante au premier chef, mais, se greffant sur elle, 1l en est une qui a attiré l'attention des physiologistes : celle de la croissance. Là, l'organisme doit non seulement compenser les perles incessantes
d'énergie mais encore il doit, avec des éléments ctran-
gers, fabriquer un excès de matières. Un enfant, pour grandir et se développer demande au lait de sa mère bien plus qu'une compensation, bien plus qu’une simple réparation, mais d'énormes matériaux de construction, avec lesquels il se fabriquera des tissus, il augmentera son poids, sa taille, jusqu'à l’état adulte, où il n’aura plus besoin que d’une ration d’entretien qui maintienne son équilibre azoté. Ses cellules se diviseront activement el, même à l’état adulte, si les divisions cellulaires sont terminées pour la plupart des organes, pour d’autres, elles restent très actives; c'est le cas des organes hématopoïétiques, c'est celui du testicule chez le mâle, des cornes utérines, des glandes mammaires chez la femelle au moment de la gestation.
Il parait évident à première vue qu'une cause très voisine de celle qui préside à la nutrition normale, à l'équilibre azoté d'Abderhalden, préside aussi à cette rupture continuelle d'équilibre si l'on peut s'exprimer ainsi, qui constitue la croissance.
Nous sommes amenés alors à envisager une question extrèmement vaste puisqu'elle est celle de la nutrition et de la division cellulaire. Elle intéresse l’organisme depuis les premiers stades de son existence, l'œuf dans l’utérus maternel, l'embryon, le fœtus, le jeune animal jusqu’à l’état adulte; même à ce stade de la vie, elle intéresse les divisions cellulaires incessantes, dans les organes hématopoïétiques, dans le testicule; elle intéresse tout l'organisme de la mère en état de gestation et, par dela même la physiologie normale elle
atteint toute la pathologie de la croissance : Île
rachitisme fæœtal, la maladie de Barlow... Le rachitisme, etc.
Et probablement intéresse-t-elle aussi les divisions et les multiplications cellulaires pathologiques anormales :
le développement des cancers.