‹ Contribution à l'Étude du « Bacillus Syncyanus » et de son pigmentChapitre 11 sur 18 · INFLUENCE DE L'ACIDITÉ · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE L'ACIDITÉ

Nous avons vu que dans toutes les cultures et principalement dans celles où la formation de matière colorante a été le plus intense, il se produisait un accroissement très notable de l'acidité.

Comme le bouillon est loin d'être épuisé en éléments nutritifs, nous avons recherché quelle action avait cette acidité sur le pigment coloré et sur la vie du Bacillus Syncyanus.

Nous avons fait trois cultures qui ont été filtrées sur bougie Chamberland à des moments différents :

La première, tout au début de la formation du pigment bleu. L'acidité initiale qui pour 100 cm° de bouillon était neutralisée à la phénol-phtaléine par 23m, 4 de NaOH N/» correspondait à ce moment à 320M8,6,

Après réensemencement,.la culture est repartie et, à l'apparition du bleu, son acidité correspondait à 410m3, 5 de NaOH. Tandis que les cultures non filtrées donnaient une matière colorante bleu intense, celle-ci produisait un

pigment: assez abondant, mais moins coloré el moins nel.

Enfin, l'acidité maxima élait neutralisée par A8em3 5 de NaOH N/.

La seconde à été filtrée au moment du maximum d'intensité du bleu. Son acidité, à ce moment. correspondait à 14cm8,5 de soude titrée. Le bouillon filtré n'était plus bleu : il présentait un aspect dichroïque rouge et vert. Nous l'avons réensemencé, mais les bactéries y ont végété péniblement sans produire de matière colorante ni d'augmentation d'acidité.

Enfin, la troisième culture n'a été filtrée qu'après la précipitalion complète de la matière colorante. Son acidité correspondait à ce moment à S0cm38 de NaOH N/> pour 100 em*,

Après réensemencement, les bactéries ne s'y sont non seulement pas développées, mais 8 jours après elles étaient mortes.

Nous avons alors ramené l'acidité de cette culture à l'acidité initiale en la neutralisant avec une solution de Ca(OH);, puis l'avons réensemencée. Les bactéries se sont alors très bien développées et ont produit de la matière colorante. Maïs, ce pigment était loin d'avoir l'éclat et l'intensité qu'il avait atteints dans la première culture.

L'acidité, qui correspondait au début à 21 em? de NaOH N/». était neutralisée au moment de l'apparition du bleu par 280M8,5 et par 45235 à la précipitation de la matière colorante.

Nous avons encore répété deux fois cette filtration et neutralisation, mais chaque fois la production de matière colorante était plus faible ; le développement des bactéries était cependant normal.

Nous croyons pouvoir attribuer, en partie du moins, la diminution de la production du pigment à la diminution de la quantité d'acide phosphorique en dissolution, car après avoir ajouté une faible quantité de (PO,)CaH,, nous avons obtenu une plus forte production du pigment, mais sa coloration manquait tout à fait de netteté.

Puisque l'augmentation d'acidité arrête le développement des bactéries et, par conséquent, la production de la matière colorante, ne pourrait on obvier à cet inconvénient en empêchant l'acidité d'augmenter ?

Peut-être pourrions-nous ainsi permettre au Bacillus Syncyanus de se reproduire jusqu'a un épuisement plus complet du bouillon.

= Nous avons, tout d’abord, mis un peu de CO,;CA ou CO,Mg dans les cultures dès le début. Dans ces conditions, ces précipités gènent la production du pigment qui esl peu abondant et virant sur le violet.

En ajoutant ces sels au moment du maximum d'inten- ‘ sité de la matière colorante, nous n'avons jamais constaté une prolongation de la durée de la coloration bleue ni une nouvelle formation de matière colorante.

Nous avons alors essayé d'abaisser l'acidité de la culture au moment où le bleu était le plus intense, au moyen de différentes bases.

KOH et NaOH nous ont donné de très mauvais résultats, et loin de prolonger la coloration bleue, la faisaient disparaître plus rapidement.

Avec NH, et Ca(OH), en solution, les résultats obtenus ont été moins mauvais. Nous avons eu une sensible prolongation, cependant la matière colorante n'était plus d'un bleu aussi net qu'avant l'addition de ces bases.

Puisque l'acidité, créée dans la culture, arrête le developpement du Bacillus Syncyanus, nous avons voulu rechercher le degré de résistance de la bactérie aux acides pour la production de son pigment, sa végétation et sa vie.

Nous avons fait cette étude pour trois acides : les acides phosphorique et succinique qui sont indispensables dans nos milieux synthétiques et l'acide lactique qui se forme toujours dans le lait lorsqu'on constate le phénomène du lait bleu (1).

Pour ces expériences, nous avons employé notre milieu ordinaire : glucose 3 %, succinate de Mg 0,5 %, SO,Am,0,4 %

(1) GE3SARD. — (Ann. de l’Institut Pasteur, 4891.)

et (PO,)}CaH,. Mais, nous avions soin de neutraliser exactement le bouillon à la phénol-phtaléine avec une solution de Ca(OH), avant l'addition des acides étudiés.

Acide succinique. — Cet acide fonctionne d’abord comme excitant. On obtient le maximum de production et d'intensité du pigment avec une dose de 0,17 %. Jusqu'à 0,26 %, il se forme de la matière coloranté, mais elle est gris-bleu pâle.

A 0,27 %, la pigmentation est à peu près nulle, les bactéries sont encore normales.

À 0,28 %, il n’y a plus de trace de coloration et les bactéries commencent à souftrir; elles n'ont plus grand mouvement.

À 0,29 %, les bactéries n'ont plus de mouvement. Elles sont plus courtes et plus larges et commencent à former des spores.

A 0,51 %, elles n'ont plus qu'un faible développement. On constate la présence de filaments longs et minces.

Enfin à 0,32 %, elles cessent de se développer, mais ne sont pas tuées.

Elles résistent très bien à une dose de 1,5 %. Laissées pendant dix jours dans ce milieu, nous les avons réensemencées dans un bouillon normal; elles sont admirablement reparties formant leur pigment.

Des doses supérieures les dépriment sérieusement et il faut souvent plusieurs générations pour leur rendre leur vigueur et leur propriété de production de matière colorante.

Au-delà de 3 %, elles sont presque toujours détruites. Une seule fois, nous avons pu les faire reprendre après un court séjour dans ce bouillon. Et encore ne donnaient-elles plus qu'un pigment très faiblement coloré.

Acide phosphorique. — Cet acide donne le meilleur résultat à la dose de 0,15 %.

Les doses supérieures produisent une coloration virant au bleu ardoise, puis au gris foncé et hâtent la précipitation.

PE

A 0,5 %, il n'y a plus formation de pigment. Et la limite de résistance des bactéries à PO;H; ne dépasse pas #4 %.

Acide lactique. — Une dose de 0,27 % donne le maximuim (1) d'intensité et de netteté au pigment. Un bouillon contenant 0,42 % produit encore un peu de matière colorante. Avec 0,45 %, il n'y a plus formation de pigment et il commence à se former des spores. Avec 0,5 %, le développement est irès faible et on observe des bactéries à l'état de filaments longs et minses. Une dose de 0,6 % arrête la végétation sans toutefois tuer le Bacillus Syncyanus qui supporte jusqu'à 6 % d'acide lactique.

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