MARCHE GÉNÉRALE D'UNE CULTURE DU « BACILLUS SYNCYANUS
Les phénomènes remarquables produits par Île Bacillus Syncyanus sont fonctions de deux causes principales :
La composition du milieu de culture et la température.
A une température déterminée, à 220 par exemple, — température à laquelle ont été faites toutes nos recherches, — et dans un milieu favorable au développement normal de Ia bactérie et à la production de son pigment bleu, on constate trois phases distinctes dans le cycle de la vie du Bacillus Syncyanus :
La végétation bactérienne, — la production du pigment, — la décoloration.
36 heures après l'ensemencement, le milieu de culture s’est troublé, et il se forme en surface un léger voile blanc opalescent.
C'est vers la 48° heure que commence à se manifester le phénomène de pigmentation :
Il se produit dans le voile blanc un anneau bleuté, qui court tout le long de la paroi du ballon. Peu à peu, cet anneau s'élargit et arrive à couvrir toute la surface de la culture. Puis, les couches inférieures du bouillon se teintent de façon à former un dégradé, qui offre en surface la coloration bleue la plus foncée.
Vers le quatrième jour, le phénomène présente son maximum d'intensité. Les couches superficielles sont alors d'un beau bleu-indigo très franc. De plus, en surface, l'on voit de petites pellicules, brillant d'un éclat métallique, et ressemblant à la fleurée d'indigo. La coloration s'étend alors au tiers du flacon.
Puis arrive la décoloration, qui se fait déjà sentir un peu avaut le sixième jour. Le bleu devient sale, tourne au vert. Une teinte bleu-verdâtre s'étend dans tout le flacon, et il commence à se former un précipité noir. La matière colo-
rante vire ensuite au brun foncé, et enfin précipite au fond du flacon.
Peu à peu, le bouillon de culture se clarifie et reprend sa teinte jaune primitive. Il reste en surface un anneau noir, accroché aux parois du ballon, et, au fond, un précipité assez volumineux brun très foncé.
Quelles sont les causes et les conséquences de ces transformations successives ? C’est ce que nous allons nous efforcer de rechercher.
Morphologie
N'ayant pas constaté d'autres formes que celles décrites par M. Macé, dans son Traité pratique de bactériologie, nous ne pouvons mieux faire que de lui emprunter ces descriptions :
« Les éléments du Bacillus Syncyanus du lait sont des « bâtonnets lentements mobiles, dont la longueur varie « de 2 x à 4: pour une épaisseur de 0,5 »: les extrémités « sont arrondies. Lorsqu'ils forment de petites zooglées mu- ( queuses, on peut leur reconnaître une auréole hyaline, « sorte de capsule de gelée. La formation de spores s'observe « facilement à la température ordinaire. Les spores, sont « ovoïdes, un peu plus grosses que les bâtonnets, qui se « renflent à l'endroit où elles se reproduisent. C’est, d'habi- « tude, à une extrémité : le bâtonnet prend alors une forme « de massue ; c'est, parfois, au milieu ; il devient fusiforme.
« Dans les cultures sur milieux liquides, il se produit « souvent des formes d’involution bizarres. On trouve des « aspects Curieux, éléments gonflés en ballons, rubanés, « sinueux, que Neelsen a observés dans la solution de Cohn, à « laquelle il ajoutait un peu de nitrate de potasse ; Hüppe en « a obtenu de tout semblables dans les solutions de tartrate « d’ammoniaque. »
La mobilité du Bacillus Syncyanus varie suivant la nature du milieu, la température et l'âge de la culture.
Nous avons constaté que ces bâtonnets présentent leur maximum de mobilité dans un bouillon favorable à la pro-
duction du pigment bleu, cultivé entre 20° et 2 220, et 72 heures environ après l'ensemencement.
Au contraire, dans les bouillons où le pigment ne se pro. duit pas, ou se produit mal, — bien que ces bouillons soient favorables à la vie et au développement de la bactérie, — ou à des températures supérieures à 25° et inférieures à 20°, la mobilité des bâtonnets diminue, devient très faible et mème s'annule complètement. Dans ces cas, on constate toujours Îa formation de spores.
Le voile superficiel présente l'aspect de gelée opalescente, renfermant les bactéries immobiles.
Les cultures sur plaques gélatinées, provenant d'un milieu favorable à la production du pigment, offrent un aspect très intéressant.
11 se forme de petites colonies en bouton, ayant environ un demi-millimètre de diamètre. Le bouton devient bleuindigo très foncé. De plus, lorsqu'il se trouve à la surface de la gélatine, il s'entoure d'une auréole d'un bleu-saphir très intense, pouvant atteindre jusqu'à 1 ou 2 centimètres de diamètre.
Lorsque la bactérie est prisonnière dans la masse géla tinée, elle forme également une petite colonie bleu foncé. mais alors son auréole est extrèmement réduite et peut même ne pas exister.
Quand les colonies sont suffisamment rapprochées, la plaque gélatinée, après quatre jours de culture, prend tout entière une teinte bleue intense superbe, qui persiste pendant une huitaine de jours. Elle passe ensuite au vert, puis au brun, mais bien plus lentement que ne le fait un bouillon de culture.
Une colonie prélevée sur cette plaque, soit en superficie, soit au sein du milieu gélatiné, et réensemencée dans un bouillon favorable, nous a toujours reproduit le pigment bleu.
Influence de la température
Cet agent physique à une double influence sur une culture du Bacillus Syncyanus.
Dans un milieu favorable, Ja température agit tout d'abord sur la production du pigment bleu, puis sur la vie de la bactérie,
De 5° à 10°, Ja bactérie végète. Maïs si, ensuite, on porte la culture à 20, elle se développe et produit son pigment. Un passage répété et prolongé à ces basses températures ne lui fait pas perdre son pouvoir chromogèene.
Entre 100 et 259, la bactérie se développe plus ou moins rapidement en produisant son pigment coloré.
Ce pigment est d'un bleu plus ou moins intense et net avec un maximum vers 187-200,
Par contre, la coloration bleue se prolonge beaucoup plus longtemps à 10° qu'à 20° et 25°.
A 309, le développement se trouve déjà très affaibli. La coloration bleue n'apparaît plus et il ne se forme pas de voile superficiel. Vers le troisième jour, il se produit un trouble brun-jaunâtre sale. Les bactéries ne présentent plus qu'un faible mouvement et sporulent déjà beaucoup.
A 350, on ne constate plus qu'un développement extrémement faible accompagné, vers le troisième jour, d'un très léger trouble. Les bactéries ne présentent plus aucun mouvement et ont presque toutes formé des spores.
Le Bacillus Syncyanus supporte très difficilement les températures au-dessus de 40°, Sa vie est presque toujours détruite dans ces conditions plus ou moins rapidement.
Après dix jours de culture, mettons à l'étuve à 20° des ballons qui ont été expérimentés à 30° el 35° et qui n'ont ainsi donné qu'un très faible développement el aucune production de pigment, |
Le ballon cultivé à 35° présente à ce moment au micros cope un développement bactérien extrêmement faible.
Quarante-huit heures après, un nouvel examen microscopique nous permet de constater un développement intense
fr
de bactéries normales. Le bouillon offre un trouble très grand jaune sale, mais sans trace de coloration bleue. Les jours suivants, il ne se produit aucune apparition de pigment. Nous avons fait, avec cette culture, une dizaine de réensemencemen’'s successifs dans différents bouillons. Les bactéries s'y multipliaient normalement; mais, même dans les milieux les plus favorables à la production de la matière colorante, jamais nous n'avons pu obtenir la réapparition du pigment bleu.
Le ballon cultivé à 50° n'avait donné qu'un développement bactérien très médiocre. Quarante-huit heures après avoir été porté à l'étuve à 20°, il offre une coloration bleue sale. Au microscope, nous constatons un développement très intense de bactéries douées d'une grande mobilité. Le lendemain. l'intensité de la coloration a un peu augmenté et il commence à se former un précipité. Les réensemencements provenant de cette culture ont toujours reproduit le phénomène de pigmentation.
Nous pouvons donc conclure de ces expériences. que le pouvoir chromogène se trouve suspendu à 30°, mais non pas supprimé; au contraire, il est complètement aboli pour les bactéries provenant de milieux cultivés à 35° et cela au moins pour un très grand nombre de générations, probablement même pour toujours.
Lorsque le passage à l'état de spores est dû à l'élévation de température, les générations successives provenant de ces spores produisent une race non-chromogène,