BACTÉRIOLOGIE
L'agent du bolulisme est le Bacillus Botulinus découvert par Van Ermengem en 1895.
C'est un bâtonnet droit, à extrémités arrondies, avec à peu près les mêmes dimensions que la bactéridie charbonneuse (4 à 6u de longueur, 14 d'épaisseur) .
Sa forme de résistance est la spore, généralement terminale, parfois médiane, ovale, allongée, un peu plus grosse que le bâtonnet lui-même.
Il se colore en bleu par la méthode de Gram et est doué de mouvements assez lents liés à l'existence de cils dont le nombre variable oscille génératement de 4 à 9.
Il se reproduit par scissiparilé et par sporulation.
C’est un anaérobie strict.
Il ne végète pas dans les milieux acides.
Son développement optimum se fait entre 20° et 300 ; au-dessous de cetle température, surtout au-dessous de 16° son développement est lent: aux environs de 370 ils présentent loujours une forme anormale. « Ce sont, dit Van Ermengem, de très longs filaments grêles, avec çà et là des nodosités. Jamais, il n'y a formation de spores, à ces lempéralures élevées ».
Le meilleur milieu pour les cultures est la gélatine glucosée.
Notons enfin que le bacille en question est incapable de produire une loxine active à la température de 370 qui correspond à celle du corps humain, et que les spores,
24720 — Pr] assez fragiles, sont luées par un chauffage à 80° pendant une demi-heure.
Au point de vue expérimental voici quels furent les résultats obtenus par Van Ermengem :
Les souris blanches, les lapins et les cobayes sont, parmi toutes les espèces essavées, les plus réceptifs. Une culture en bouillon glucosé et gélatiné à 20%, stérilisée par filtralion sur Chamberland tue un lapin de un kilogramme en 24-36 heures, à la dose de 1/10 de Migraine,
Les singes sont très sensibles, 0,1 ec. à 0,05 cc. d’une culture fillrée, avalés avec du lait les tuent rapidement.
Le chat, doué d'une résistance remarquable quand on lui fait ingérer les produils en question, meurt à coup sûr après inoculation sous la peau de 1 cc., par kilogramme, de macéré.
Toutes ces diverses expériences ayant convaincu Van Ermengem qu'il n'existait aucune différence entre les manifestations morbides déterminées chez les animaux par le jambon suspect et celles déterminées par les cultures pures du bacille d'anaérobie, il pouvait ainsi conclure : « Etant donné les rapports incontestables qui existent entre l'affection qu’on peut provoquer expérimentalement par l’administration des cultures comme par celle du jambon, et les troubles observés chez l’homme, il nous paraît acquis que le bacille anaérobie est bien la cause déterminante des accidents ». Et Van Ermengem donna le nom de Bacillus Botulinus à ce bacille anaérobie, qu'il avait le premier, isolé et décrit.
Pluralité des souches du Bacillus Botulinus.
Les recherches exécutées ces dernières années par des auteurs américains : Thom, Kuste, Dickson, et par Philibert et Bidault, en France, ont amené Findividualisation d'autres variélés voisines de celles décrites par Van Ermengem, mais s’en écarltant par plusieurs points de détail, à savoir : <
A) Par des caraclères culturaux accessoires.
Alors que le bacille de Van Ermengem a son optimum thermique de développement et de production de toxine entre 20° et 30°, celui des autres souches s'étend jusqu'à 37°. Alors que le bacille de Van Ermengem ne pro-
duit plus de toxine active à 370 et que ses spores sont tués par un chauffage de une heure à 80o, les souches isolées par les Américains ont leur optimum toxicogénique. à 37° el leurs spores peuvent supporter, sans s’altérer, 1000 pendant une heure. S
Tandis que la race de Van Ermengem ne change pas l'aspect du lail et ne le coagule jamais, les races de Dickson provoquent la coagulation.
B) Par des réactions d'immunité.
Les investigations immunologiques, faites par différents auleurs français el élrangers ont confirmé l'hypothèse de la pluralité des souches du bacillus botulinus, si bien, qu'à l'heure actuelle, on est arrivé à identifier trois variélés de bacilles: À, B et C, morphologiquement semblables, mais différentes par les caractères culturaux accessoires précités, et en ce que la toxine de chaque type n'est neutralisée que par l’antitoxine homologue:
La Toxine botulique.
Le bacille botulique n’est Pas, par lui-même, virulent, mais c'est un germe toxique et c’est sa {oxine qui est Ja cause du botulisme.
Pour que le bacille puisse donner naissance à sa loxine, il faut ie concours d’un certain nombre de conditions indispensables.
La toxine ne peut apparaître que dans les aliments soumis à l’anaérobiose.
La production de la toxine est toujours lente et ne commence dans les cultures que vers le 7e ou ge jour, quand se trouvent réunies les conditions favorables au développement et à la pullulation du germe.
Enfin, le caractère le plus important, du point de vue prophylactique, de la toxine est'sa sensibilité à la chaleur ; thermolabile, elle est détruite en quelques minutes à 1000, 10 à 15 minutes à 900, une demi-heure à 80°, et 1 heure à 70.
Par conséquent la toxine botulique ne peut apparaître que dans les aliments soumis à l’anaérobiose dont la stérilisation a du être incomplète et qui ont dû nécessairement être conservés un certain temps.
La toxine est également notablement atténuée, sinon détruite, par d'autres facteurs.
Elle perd, en effet, rapidement son pouvoir pathogène sous l’influence de la lumière et de l'oxygène atmosphé- . rique. Le chlorure de sodium, de potassium ou de magnésium entrave également sa production. Enfin, elle est annihilée par les lipoïdes, la cholestérine, la lécithine, notion à relenir pour l'institution de procédés thérapeutiques.
Par contre, la toxine botulique est très résistante à l’action des sucs digestifs, si bien que le botulisme est une « maladie d’ingestion ».
Pour terminer, disons que celte toxine est neurotrope et son pouvoir pathogène a été démontré, plus haut, sur le cobaye, le chat, elc.., chez lesquels elle reproduit les. symptômes de la maladie humaine.
Distribution du bacille dans la nature et dans les aliments. à
A) Dans la nature: L'habitat du bacille botulique semble être des plus variables.
A ce sujet, les recherches de Van Ermengem pour le déceler dans la nature sont restées négatives.
Par contre, en Amérique, on est parvenu à l’isoler fréquemment dans les milieux extérieurs. Certains auteurs frappés par la localisation des épidémies, en parliculier en Californie, retrouvèrent le bacille non pas seulement en certaines régions, mais en des coins bien délimités d’une ville ou d'un village ; ils en ont déduit qu'il s’agissajé là d’une infection issue du sol. IL y aurait donc des terres à boltulisme comme il y a des terres à tétanos.
Kempner et Pollack purent déceler le bacillus botulinus dans les excréments d’un porc.
Madsen, l'ayant découvert dans une conserve de maquereaux, supposa qu'il devait habiter en saprophyte le tube digestif des poissons.
Certains auteurs américains le trouvèrent également dans les selles de sujets bien portants démontrant ainsi l'existenee de «porteurs sains» de germe botulique.
Mrs Burke, explorant des localités sujettes aux épidémies de botulisme, retrouva le bacille: dans des fruits
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‘gâtés, du foin moisi, des haricots piqués par des insectes et même sur des insectes et des araignées.
Des vétérinaires américains l’ont également relrouvé dans des fourrages et des grains.
Le bacille put être également isolé sur des pois, des . betteraves, des radis, des asperges, des carottes et des haricots verts achetés au marché de San Francisco et des villes environnantes.
Enfin, la poule, hébergeant en porteur de germe le bacille B, serait susceptible de contaminer l'homme et les mammifères par ses déjections ; tandis que le bacille A, seul pathogène pour la poule, produit chez elle des A paralytiques surtout marqués au niveau du cou (limber neck).
En résumé: Le bacille et sa spore se rencontrent donc dans le fumier, la terre, sur les végétaux et sur les viandes préparées sans propreté. IL faut, toutefois, on le sait, l'intermédiaire d’une conserve pour permettre à la spore de développer sa toxine.
B) Dans les aliments: La toxine botulique peut se développer dans toutes les conserves alimentaires, quelles qu’elles soient, réalisant la condition d’anaérobiose. ;
S'il s’agit d'une conserve contenant du liquide, la toxine, surtout présente dans le liquide, sera l’agent essentiel de la maladie, qui peut évoluer d’une manière foudroyante. La toxine est plus ou moins active suivant les sortes d'aliments: En France, les conserves les plus toxiques sont celles de pois, puis celles d’épinards, enfin celles de haricots verts.
Si la conserve altérée par le bacille botulique contient peu de loxine, la maladie évoluera plus lentement ; il y aura un lemps d'incubation de 2 à 4 jours ; c’est le cas surtout pour les conserves d'épinards et plus souvent encore de jambon.
Notons enfin que c’est le bacille B auquel l’on a à faire presque toujours en France. Depuis plus de 20 ans, en effet, l'Institut Pasteur de Paris na jamais isolé, jusqu'à présent de bacille du type A, qui, fréquent en Amérique, semble exceptionnel en Europe.
Quant à sa distribution dans laliment lui-même, nous
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avons vu que dans les conserves contenant des liquides, c'est dans ceux-ci que l’on retrouve la plus grande quantité de toxine.
Dans les conserves sèches, ce sont les re les plus à l’abri de l’air qui sont les plus infectées. Donc, dans les conserves de consistance homogène ce seront les parties les plus centrales les plus atteintes. Muller, à ce propos, cite le cas d’un paysan qui mourut de botulisme, après avoir mangé les parties centrales d’un gros boudin de sang, parties que sa femme avait enlevées avec un couteau, parce qu'elles lui semblaient gâtées. D’autres exemples pourraient également être cités.
Dans le jambon, qui est la cause la plus fréquente de l’intoxication botulique en France, le bacille et sa toxine se développent presque uniquement dans les failles produiles par les gaines aponévrotiques musculaires ; le bacille el sa toxine sont également, très souvent, trouvés dans la moelle osseuse, ce qui soulignerait l’origine vasculaire de linfection.
Cette topographie bactério-toxicologique a été très neltement retrouvée sur le jambon qui provoqua l'épidémie de Saint-Gérand de Vaux, point de départ de notre travail (Voir photographie ci-contre jointe au résultat d’analyse faite par l’Institut Pasteur de Paris).
Cette topographie nous expliquerait pourquoi, de plusieurs personnes ayant mangé d’un même jambon botulique, les unes présentent des symptômes graves, d’autres des symptômes bénins, d’autres enfin ne sont pas atteintes du tout.
En effet, certaines personnes délaissent systématiquement les parties non musculaires de la chair, alors que d'autres absorbent également les parties conjonctivo-vas-
. culaires.
SYMPTOMATOLOGIE