PRONOSTIC
C’est là un chapitre qui nous retiendra quelques instants. Il est en effet classique de considérer le botulisme comme une affection particulièrement redoutable, dont le pourcentage de mortalité oscille entre 70 et 75 % d’une façon générale. En réalité, nous semble-t-il, le pronostic est essentiellement variable et ce avec les épidémies.
Il est à ce sujet particulièrement frappant de constater que si certaines d’entre elles se terminent par la mort de tous les sujets intoxiqués, d’autres, au contraire, n’entraînent aucun décès.
Dans cet ordre d’idée, en dehors des deux cas qui ont fait l’objet de notre observation et qui tous deux se sont terminés par la guérison, nous signalerons l'épidémie de Toulouse d’octobre 1921, observée par MM. Morel et de Saint-Martin, avec, sur sept cas, sept guérisons ; plus récemment, une épidémie de six cas, tous guéris, rapportée par M. Rivet à la Société Médicale des Hôpitaux de Paris, en janvier 1935.
Et à l’opposé, une épidémie survenue dans un hôtel d'Écosse et liée à l’absorption de canard sauvage en conserve, et qui s’est terminée par la mort des huit convives.
Toutefois, l’opposition n’apparaît pas toujours tranchée de façon aussi nette. Un ou plusieurs malades pouvant succomber au cours d’épidémies par ailleurs relativement bénignes : trois morts seulement à Ellezelles. Inversement, un ou plusieurs sujets peuvent guérir au cours d’épidémies particulièrement sévères ; telle, pour ne citer qu’elle, cette observation relatée par Thom et à laquelle nous avons déjà fait allusion : une seule survie sur cinq cas.
En résumé, il est indiscutable que, suivant les épidémies, le pourcentage de mortalité est tantôt très élevé, atteignant 60 à 70 %, comme l’ont établi certaines statistiques publiées aux Etats-Unis, tantôt, au contraire, relativement très faible et notamment en France, où la majeure partie des cas publiés se sont terminés par la guérison.
Quoiqu'il en soit, lorsque la mort survient, c’est presque toujours au cours de cas graves d’emblée, s’accompagnant de ces troubles respiratoires et cardiaques que nous avons déjà signalés. Elle est alors le fait, en règle générale, d’une paralysie progressive de la respiration ou d’une syncope et survient du quatrième au huitième jour, à moins que plus tardivement, le malade ayant jusque-là échappé aux accidents bulbaires mortels, ne succombe aux progrès de l’inanition ou à une pneumonie de déglutition.
Dans les formes moins sévères qui doivent se terminer par la guérison, la régression des troubles est très lente; commençant vers le dixième jour, elle va se prolonger des semaines et des mois. La réten-
tion d’urines cède tout d’abord, puis les paralysies régressent. La sécrétion salivaire réapparaît, apportant un soulagement au malade. La faiblesse générale et la constipation demeurent plus rebelles. Enfin, apparus les premiers, les troubles oculaires seront les derniers à disparaître, parfois seulement au bout de six à huit mois.
Mais fait capital, pour lente et prolongée qu’elle soit, cette régression n’en sera pas moins totale et absolue. Il ne persistera aucune séquelle chez les
malades qui guérissent.