TOXICOLOGIE
Cette toxine, pour prendre naissance, réclame la réalisation d’un certain nombre de conditions indispensables découlant des caractères du germe qui la sécrète.
Elle ne peut apparaître que dans les aliments soumis à l’anaérobiose, quels que soient du reste ces aliments et nous verrons l’extrême diversité de ceux qui ont pu être incriminés comme point de départ de telle ou telle épidémie.
La stérilisation de tels aliments a dû être incomplète ; or certaines spores résistent à des températures très élevées et ceci nous explique pourquoi ce sont surtout les conserves de ménage faites à la maison qui ont pu être incriminées ; les procédés employés pour leur préparation dans ces conditions ne permettant pas le plus souvent d'atteindre des températures suffisantes pour la destruction complète des espèces les plus résistantes.
Enfin, les aliments ont dû nécessairement être conservés un certain temps. La production de la toxine est en effet toujours lente, ne commençant dans les cultures que vers le septième ou huitième jour quand se trouvent réunies les conditions les plus favorables
au développement et à la pullulation du germe. Mais de plus ici, dans la grande majorité des cas, les aliments ainsi conservés ont été soumis à des procédés de stérilisation certes insuffisants mais qui, néanmoins, n’ont permis de résister qu'aux spores et encore en retardant considérablement, dans bien des cas, leur pouvoir de germination et il nous semble intéressant de signaler à ce sujet que les accidents provoqués par de tels aliments sont d’autant plus graves que leur conservation a été plus prolongée.
Mais le caractère de beaucoup le plus intéressant de cette toxine c’est sa sensibilité à la chaleur ; thermolabile elle est détruite en quelques minutes à 169 degrés. Elle perd à peu près toute activité après une heure de chauffage à 70°, une demi-heure à 80°. De sorte que pratiquement seules les conserves absorbées, sans avoir été soumises à la cuisson au moment de leur utilisation, sont capables de déterminer des accidents de botulisme.
Très sensible, cette toxine peut encore être consiäerablement atténuée sinon détruite par d’autres procédés. C’est ainsi qu’elle perd rapidement son pouvoir pathogène sous l’influence de la lumière et de l'oxygène atmosphérique. L’addition aux milieux de culture de certains sels, tels les chlorures de sodium, de potassium ou de magnésium gêne considérablement sa production comme l’ont montré les travaux de Bidault. Ces mêmes substances, mélangées avec la toxine, atténuent considérablement son action, suriout celle de la toxine B qui se trouve neutralisée.
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Enfin elle est annihilée par les lipoïdes, la cholestérine, la lécithine et c’est là une notion qui semble pouvoir servir de base à l’institution de procédés thérapeutiques nouveaux comme l'ont laissé entrevoir Philibert et Bidault. Par contre, elle résiste au suc gastrique. Enfin, comme nous l’avons déjà indiqué à la pluralité des souches microbiennes, correspond une diversité de toxines dont chacune n’est détruite que par l’antitoxine correspondante.
Sa pénétration dans l’organisme se fait presque toujours par la voie digestive, néanmoins d’autres portes d’entrée ont pu lui servir, la voie oculaire en particulier et le cas de Pierre-Marie est trop connu pour que nous y insistions davantage.