RELATIONS ENTRE LES DEUX TUMEURS
Propagation par les lymphatiques de la peau. — I1 semble que seul le squirrhe pustuleux puisse se propager directement d'un sein à un autre. En effet, ce néoplasme progresse par multiplication et extension de ses püstules qui se font jour au niveau de la peau qu’elles infectent de proche en proche. On sait, depuis les travaux et les expériences de Reiffel, Poirier, Gérota, qu'il il y a entrecroisement sur la ligne médiane des lymphatiques profonds de la peau du sein. Ces auteurs, poussant une injection de mercure dans la partie interne du sein droit, ont vu le mercure filer jusque dans les ganglions axillaires gauches. Voilà donc pour ce cancer, en particulier, une
explication possible de la propagation au deuxième sein.
Propagation par continuité. — Dans les autres cas de cancer, il peut y avoir généralisation par continuité, par infiltration des tissus environnants grâce à des prolongements parfois visibles à l’œil nu, mais le plus souvent microscopiques. Delbet aurait parfois rencontré quelques cellules cancéreuses dans des coupes, sans rien de cliniquement appréciable. Les cellules circuleraient dans les espaces lacunaires du tissu conjonctif de la glande et traversant la ligne médiane iraient infecter la glande voisine.
Généralisation par voie sanguine. — Cette théorie permettrait de comprendre facilement l'infection du deuxième sein
EAU) ue
par une sorte d’emboius constitué par des cellules cancéreuses détachées du sein cancéreux et véhiculées par le torrent sanguin, soit par la voie veineuse régionale (anastomoses pré et rétro-sternales), soit par la grande circulation. Delbet a montré l'invasion des vaisseaux sanguins par certains cancers qu'il appelle hémophiles. Handley combat énergiquement cette théorie, se basant sur la rareté du cancer pulmonaire, où les cellules libres devraient certainement s'arrêter et provoquer l'apparition d’un néoplasme du poumon. Cependant, Parkes, Weber, Schwarz et Hellenschmied ont publié dans le British
Médical Journal, le cas d’une femme porteuse d’une tumeur
mélanique, ayant accouché d’un enfant qui, huit mois après, fut hospitalisé pour hypertrophie du foie et qui mourut un mois plus tard. L’autopsie permit de trouver un foie énorme bourré de noyaux de tumeur mélanique. D’après cette observation on est bien obligé de tenir compte de la voie sanguine, qui, dans ce cas, est seule responsable de la transmission de la
tumeur.
Généralisation par voie lymphatique. — Pour Handley, l'envahissement du sein opposé est dû à la « permeation lympathique ». Les cellules cancéreuses, non seulement circulent avec la lymphe, mais aussi sont nourries par elle, Or le système lymphatique de la région mammaire semble constituer un terrain de prédilection pour le développement des cellules cancéreuses. Amenèes aux relais ganglionnaires axillaires, sous et sus-claviculaires, les cellules cancéreuses gagnent le canal thoracique et de là se répandent dans tout l'organisme. Dans le
cas qui nous occupe, pour que se produise l’envahissement du
sein opposé, il faut qu'il y ait « pénétration » des ganglions axillaires de ce sein par les cellules cancéreuses (adénopathie
croisée) et de là, par embolie rétrograde, infection de la glande
elle-même. Ces idées sont évidemment très contestées et Mornard, suivant Delbet, aurait injecté cent glandes mammaires
et jamais n'aurait vu l'injection passer du côté opposé. Delbet .
En pers
ajoute que quand il y a adénopathie croisée, l’envahissement s’est fait par voie sanguine.
En conclusion, on voit combien est contestée cette propagation directe d’une tumeur du sein au sein opposé. Elle n’est admissible, comme nous l’avons déjà dit, que dans le cas du squirrhe pustuleux, et aussi dans le cas où la deuxième tumeur présente les mêmes caractéristiques tant au point de vue clinique qu'au point anatomo-pathologique.
Beaucoup plus nombreux sont les auteurs qui ne voient aucune relation entre les deux cancers. En recherchant les opinions diverses à ce sujet, nous avons trouvé divers arguments qui plaident en faveur de cette hypothèse
1° La première atteinte cancéreuse ne confère pas l’immunité cancéreuse ;
2° Le plus souvent la deuxième tumeur s’est présentée avec les apparences d’une tumeur primitive. Souvent même, le deuxième cancer a une structure histologique différente de celle du premier;
3° « Les organes les plus exposés au cancer primitif sont précisément ceux où les cancers métastatiques sont de beaucoup les plus rares. » (Heurteaux).
4° Enfin, la différence de structure histologique entre la première et la deuxième tumeur, notion sur laquelle nous avons déjà insisté.
Quelles sont donc, alors, les causes de la bi-latéralité des lésions.
On peut, avec Dessaint, inc; tiner divers facteurs
« II y a dans chaque sein imoculation du germe de nature inconnue du cancer. » |
Mais alors, dans ce cas, pourquoi la rareté de la prise bilatérale du sein, alors que l’unilatéralité est la règle? Nous croyons qu'il faut voir là une déficience particulièrement accentuée du terrain, et il serait intéressant, comme le voudrait
Res
Roffo dans l’article que nous avons mentionné plus haut, d'étudier les réactions biologiques de ces malades atteintes d'un cancer bilatéral. Pour qu'il y ait production d’un cancer bilatéral du sein, il faut qu’il y ait déficience au même degré des deux glandes. Or, cette déficience est rarement simultanée, d’où la rareté d’une prise bilatérale du sein.
Beaucoup plus simple est le cas où le cancer double du sein est précédé par une affection bénigne, chronique et bilatérale, de cet organe. C’est ce qui ressort de l’observation publiée par Rousset et M" Gasne dans les Annales d'Aanatomie Pathologique de Paris. Il s’agit d’une malade de 47 ans, qui présente depuis huit années un écoulement séro-sanguinolent par les mamelons droit et gauche. Cette malade est amputée du sein gauche) et on fait une biopsie au niveau d’un nodule contenu
dans le sein droit. Voici le compte rendu de l’examen de la pièce:
Sein gauche :
Le sein est atteint d’un épithélioma paraissant pouvoir être
rattaché à l’évolution maligne de la maladie de Reclus (Moulonguet).
Sein droit :
Les canaux excréteurs, qui sont de faible calibre, sont réunis en amas, sortes de lobules dans lesquels on voit fort peu ou
pas du tout d’acini. C’est d’ailleurs un aspect fréquent de la maladie de Reclus.
Cette cancérisation de la maladie de Reclus serait, suivant Ducoin, assez fréquente. Cet auteur écrit, en effet : « Sur 300 cancers opérés par nous, il y a 20 maladies de Reclus dégénérées, soit 6 % environ », et conclut : « Cette affection dégénère, une fois sur trois, si toutes les maladies de Reclus étaient diagnostiquées mais nous pensons qu’un très grand nombre passe inaperçu, ce qui réduit la proportion des cas -
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San, PES
qui dégénèrent. Habituellement, la dégénérescence est tardive, 410 à 20 ans après la constatation de l'affection.
Maintenant, quelles seraient les causes ayant entraîné la cancérisation de cette maladie bilatérale étiquetée maladie bénigne? Dessaint insiste à ce propos sur le rôle du grand sympathique : « Le grand système vaso-moteur et régulateur, dont le fonctionnement est à base humorale. » « On pourrait, à la risueur, montrer la succession d’une déficience endocrinienne agissant sur le sympathique ; lui-même, bilatéralement, agissant sur les seins parce qu'eux aussi déficients. »
Enfin, dans les cas où les tumeurs semblent s'être développées en totale indépendance on doit penser que cette bilatéralité est une simple coïncidence. Ce serait une double manifestation locale de la diathèse cancéreuse, et selon Verneuil, « il n’existerait en pareil cas d’autres liens entre les deux cancers que la cause générale qui les a fait naître. »
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