‹ Contribution à l'étude du cancer de l'œsophageChapitre 27 sur 36 · MALADES À ÉTAT GÉNÉRAL SUFFISANT · texte numérisé non relu

MALADES À ÉTAT GÉNÉRAL SUFFISANT

ET STÉNOSE MODÉRÉE,

Ils représentent la majorité de ceux que j'ai vus. Ce sont ceux chez lesquels l’œsophagoscopie m’a montré qu’il existait au niveau de la tumeur une lumière œsophagienne suffisante pour admettre une sonde n° 22 ou 20.

Tous ont évidemment reçu l’association de teinture de belladone et teinture de jusquiame. Toutes les fois que dans la période qui précédait immédiatement l'entrée dans le service il y avait eu une aggravation rapide de l’amaigrissement et de l’asthénie, j'ai reculé un peu la date de la pose d’une sonde radifère pour avoir le temps de remonter un peu ces malades. Il suffit en général de 8-10 jours pour cette période de « retapage » du malade ; temps nécessaire pour avoir la réponse de l'examen histopathologique de la biopsie. Pendant ce temps, le malade est alimenté largement, il reçoit en plus du sérum comme je l’ai indiqué par voie sous-cutanée et intra-rectale, un peu d'huile camphrée, un peu de sérum de chevai par voie buccale. J'ai constamment obtenu ainsi de nettes améliorations de l’état général.

Chez ces malades j'ai eu ensuite recours à la

radiumthérapie.

J'ai adopté, comme doses, la posologie utilisée dans le service de radiumthérapie du D' Lapointe à Saint-Antoine : service qui a bénéficié de l’expérience de M. Bénsaude. La quantité de radium contenue dans la sonde œsophagienne dégage & millicuries par jour. En principe, cette sonde est

- smutaissée en place deux à trois jours, dégageant par

conséquent 8 ou 12 millicuries. L'application a été répétée toutes les fois que cela a été possible, deux à trois fois pendant une période de trois semaines à deux mois. La sonde radifère est un segment de sonde en gomme placé au niveau de la tumeur sous le contrôle de l’œsophagoscope et

maintenu en place par un fil de soie attaché à une dent.

Dose. de radium. — La sonde contient au total 22 milligrammes de radium réparti en 4 tubes de 5,5 milligrammes. Chacun de ces tubes dégage une

millicurie par jour, l’ensemble de l’appareil donne

4 millicuries en 24 heures.

Son rayonnement est filtré par un filtre en pla-

tine de 1,5 millimètre d'épaisseur et par la gomme

spéciale qui sert à la fabrication de la sonde.

J'ai adopté ces doses qui peuvent paraître faibles sur les témoignages recueillis dans le service de radiumthérapie que les accidents avec des doses plus fortes avaient été fréquents. Actuellement j'ai l’impression que l’on peut, avec certaines précautions, et en particulier en remontant les malades

Her ete

avant l'application, utiliser des doses plus fortes, Je vais chez les prochains cancéreux que je verrai modifier ma technique dans ce sens.

Mode d'applicalion. — J'ai adopté pour appliquer le radium au niveau des cancers le segment de sonde en gomme système Bensaude, maintenu par un fil de soie. Il m'a paru longtemps que ce mode d'application était supérieur à la sonde totale en gomme portant le radium à son extrémité.

Pose. — Au point de vue pose: j'ai toujours agi sous le contrôle de l’œsophagoscope, technique la plus sûre pour éviter une fausse route. D’autre part, l’œsophagoscope nécessaire pour placer la sonde permet de contrôler l’état des lésions. Un deuxième examen n'est jamais inutile,

Pour mettre la sonde en place, je n'ai que rarement éprouvé de la difficulté. Le plus souvent cela se fait simplement. J’emploie le tube à crémaillère de Bensaude à manche éclaireur de Brunnings.

Lorsque je suis arrivé sur le cancer, après l'avoir examiné avec ce mode d'éclairage, je mets de ‘côté le manche de Brunnings et prend le miroir de Guisez. Pour amener la sonde à sa place, j'emploie une pince de longueur appropriée, à dent de serpent, du modèle Chevalier-Jackson.

Fixation. — La sonde mise en place est maintenue par la pince cependant que l’on retire sous le

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contrôle de la vue, le tube de quelques centimètres. À ce moment, l’on ouvre la pince et on la retire complètement après s'être assuré que ses mors sont bien dégagés de la sonde. L’on retire ensuite complètement le tube en ayant soin de ne pas engager le fil de soie dans une de ses encoches de propulsion.

Le fil de soie destiné à amarrer la sonde est fixé à une dent : de préférence incisive de la mâchoire supérieure, en pratique à celle qui reste. Après avoir mesuré par les gradations du tube la distance en centimètres qui sépare la tumeur des arcades dentaires, je fais un nœud sur la soie à une distance de la sonde telle que lorsque ce nœud est au contact des arcades, la sonde soit en place correcte : c’est-à-dire dépasse aussi également que possible le cancer en haut et en bas. En pratique, je fais en sorte que la sonde dépasse en haut les lésions de 3 centimètres environ. |

J'ai été gêné deux fois pour fixer le fil par l'absence complète de dents: je l’ai alors simplement noué autour de la tête au-dessus des oreilles, en le fixant par des bandes de leucoplaste. Les deux fois ce mode de fixation: a été suffisant pour éviter le rejet de la sonde.

La sonde mise en place et fixée, après avoir expliqué le mode de fixation au malade, je leur recommande de pratiquer le plus possible de mouvements de déglutition et d'éviter d'appuyer avec la langue sur le fil. Les malades comprennent en général bien

et supportent leur sonde le temps nécessaire. Deux

fois seulement, elle n’a pu être tolérée du fait des malades : une fois il s’agissait d’un ivrogne invétéré qui ne voulut rien entendre et arracha tout une heure après l'application (obs. n° 10) ; l’autre fois (obs. n° 29), il s’agissait d’un cancer situé immédiatement au-dessous de la bouche œsophagienne, la sonde causa rapidement des quintes de toux incoercibles qui amenèrent son rejet malgré la bonne

volonté du malade.

La sonde a été tolérée aussi bien chez les malades non gastrotomisés que chez ceux qui avaient subi une gastrotomie. Je leur ai toujours fait donner du liquide en petite quantité : il passe en général d’une manière suffisante (le lait est évidemment évité). Ils reçoivent également 500 à 1.000 grammes de sérum salé isotonique qui calme leur impression de soif. Enfin une ou deux ampoules par jour de morphine ou autre opiacé aide à dissiper l’angoisse.

Il faut vérifier souvent la tension du fil de soie dont un relâchement signalerait un déplacement de la sonde.

Au début, j'ai contrôlé à la radio la bonne situation des sondes. Ces examens ne m'ont rien appris de plus. Je les ai abandonnés.

En somme la fixation dela sonde, type Bensaude,

par un fil de soie, m'a donné satisfaction dans la

plupart des cas.

Evidemment l’on est beaucoup plus certain de l’immobilité du radium avec une sonde complète,

mais je crains qu’elle ne soit difficilement tolérée.

Les quelques malades atteints de rétrécissement que |

j'ai traités par cathétérisme dilatateur n'ont jamais consenti à conserver à demeure quelques heures une sonde même très fine. J'ai cependant l’intention d'essayer sous peu ce mode d' RP HPRURE du, 28

radium. 2 PES ee ii. 5

Remarque. — Pendant la première année de mon séjour à Saint-Antoine, j'avais la possibilité de conserver dans le service d’O.-R.-L. les malades porteurs d’une sonde radifère. Ils ignoraient toujours qu'ils subissaient une application deradium. Depuis | quelques mois, pour des raisons d’ordre administratif, je dois les passer pour la durée de leur irra- | diation à la salle Curie affectée aux cancéreux. Je déplore cet état de chose Les malades sont en effet, fixés par leur stage dans ce service sur la nature des lésions dont ils sont atteints. Leur moral en est très fâcheusement affecté. Une fois l’un d’eux et deux fois la famille d’autres, ont résolument refusé de poursuivre le traitement, inutile à leur sens « puisqu'il s'agissait de cancer ». De re

Accidents et incidents, — La pose de la sonde n'a jamais été la cause d’accidents. Mais en revoyant mes compt rendus, je constate que trois fois jai dû la pousser à frottement dur dans la lumière très diminuée de l’æœsophage : ce qui m'avait causé de l'inquiétude au sujet de l'intégrité des parois. |

La sonde mise en place presque constamment,

les malades éprouvent une angoisse très pénible, surtout depuis qu’on les transporte à ce moment à côté d’autres cancéreux d'aspect et d’odeur souvent repoussants. “ue

Une fois sur quatre environ, dans les heures qui suivent la mise en place du radium (en général le soir, pour une application de la matinée) il se produit une poussée thermique à 390, parfois 40°, Au début, en présence de ce symptôme, j'enlevais aussitôt la sonde. Actuellement j'attends le lendemain et ne la retire que si la température persiste très élevée et si le faciès du malade devient mauvais. Depuis que j’ai adopté cette ligne de conduite, j'ai vu en général, tout rentrer dans l’ordre sans que l’on touche au radium. Une seule fois je l’ai retirée au bout de 30 heures devant l’aggravation des symptômes. Le malade s’est bien remis. Une nouvelle application pratiquée chez le même malade, deux mois plus tard, ne s’est accompagnée d’aucun incident.

Deux fois les malades sont morts dans les jours qui ont suivi l'application de radium, avec des signes analogues : élévation de température, débutant deux ou trois jours après l’ablation du radium ; altération progressive du faciès ; douleurs situées par le malade dans le dos entre les deux épaules et aussi en arrière du sternum ; vomissements de débris d'aspect sphacélique ; examen physique ne donnant aucun renseignement : durée totale 4 jours environ.

J'ai observé ce tableau deux fois absolument iden-

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