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immobile comme fixée à la colonne vertébrale ; dans tous les cas, elle ne suivait pas les mouvements du diaphragme dans les fortes amplitudes du rythme respiratoire ; elle paraissait sous-gastrique plutôt que gastrique.
L'examen des autres organes thoraciques ou abdominaux fut négatif, comme toujours; toujours pas d’ictère.
Je prescrivis de l’atoxyl à la dose quotidienne de 6 centigrammes et du protoxalate de fer à celle de 25 centigrammes. Je repris en même temps mon ancien programme d'observation et d'attente.
Ne trouvant aucun signe d'insuffisance pancréatique, je rejetai toujours le diagnostic de cancer du pancréas, auquel j'avais toujours pensé, mais que j'avais constamment écarté. Plus que jamais, j'étais persuadé que c'était un cancer, mais je ne savais où le localiser.
20 octobre 1908. — Au bout d'un mois, le malade n'allait ni mieux, ni pire, et mangeail, circulait en ville, allait à son bureau comme d'habitude, quand, tout d’un coup, le 20 octobre, vers 8 heures du soir, en montant au lit, il fut pris d’une douleur atroce dans la région du cœur, douleur qui lui arracha des cris; plus de pouls, plus de respiration, sa pâleur était celle d'un cadavre; il avait toute sa connaissance et faisait signe qu'il étouffait et qu'il souffrait horriblement de l'épaule gauche. Je le vis quelques instants après; il était dans l'état le plus inquiétant; je ne sentis qu'une sorte de frémissement de la radiale; les bruits du cœur étaient à peine perceptibles, la respiration à peu près nulle; sa figure exprimait l’angoisse la plus grande. Je lui fis respirer du nitrite d’amyle; j'injectai largement de l'huile éthéro-camphrée, de la caféine. Le pouls et la respiration ne tardèrent pas à revenir; mais la pâleur et la douleur précordiale étaient tou- Jours aussi grandes. Après les injections stimulantes, ne craignant plus autant l’action inhibitrice de la morphine, je lui en fis une piqûre d’un demi-centigramme ; c'était la première fois que j'usai du médicament. Quand je quittai le malade, une bonne heure après, il était un peu mieux, mais son pouls était toujours misérable et ne pouvait se compter; la respiration était diffi-
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cile et superficielle; je n'entendis rien d’anormal à l’auscultation du poumon.
Quelques jours auparavant, j'avais demandé à M. Chauffard un nouveau rendez-vous pour mon malade, afin qu'il pût apprécier ce qu'il y avait de nouveau depuis son premier examen et m'aider de ses conseils. Je fus obligé d'écrire ce qui s'était passé, et, ne trouvant pas de terme qui exprimâl mieux ce que j'avais vu, je lui dis que mon malade avait eu un « formidable ictus cardio-pulmonaire, ictus dans le genre de ceux qu'on voit parfois dans les mauvais tabes supérieurs ».
Le malade resta ainsi pendant huit jours dans l'état le plus lamentable ; il me fallut tous les jours recourir à l’éther, à l'huile camphrée, à la caféine, à la morphine; celle-ci parut bien calmer les douleurs atroces du début de l'accès, mais le pouls était toujours aussi mauvais, irrégulièrement arythmique, ne descendant jamais au-dessous de 160; la respiration aussi élait des plus irrégulières et des plus pénibles encore parfois; dans certains moments, c'était du Cheyne-Stokes bien caractérisé. De plus, il était en pleine stupeur mélancolique ; j'en ai parlé plus haut.
Je désespérais de tirer mon malade de ce mauvais pas, quand, à ma visite du 29 au matin, je le trouvai à peu près dans son état normal; tout était rentré dans l’ordre, brusquement, comme à son premier ictus : pouls régulier, bien frappé, à 72; respiration profonde, facile ; le muguet lui-même avait rapidement cédé à des collutoires boratés et à des lavages d'eau oxygénée.
Cependant, j'avais pris connaissance de la communication de M. Chauffard à l’Académie de médecine. Cette lecture leva toutes mes hésitations. Le malade, du reste, était devenu opérable. Je racontai le cas à M. Témoin; il s'empressa de venir se mettre à ma disposition pour faire le nécessaire.
2 novembre. — Laparotomie. M. Témoin arriva à Romorantin dans la matinée du 2 novembre, L'examen méthodique qu'il pratiqua lui fit tout de suite mettre l'estomac hors de cause; pour lui, c'était au-dessous de l'estomac que siégeait la tumeur. On décida de faire immédiatement une laparotomie exploratrice, se