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réservant d'intervenir plus largement suivant ce qu'on trouverait.
Le chloroforme fut donné facilement et sans incident. Le ventre ouvert par une incision médiane sus-ombilicale, on reconnut vite l'intégrité absolue de l'estomac, du foie, de la vésicule, du péritoine. L'exploration digitale de la tumeur fit constater une dégénérescence cancéreuse du corps du pancréas; la timeur était dure, ligneuse, mamelonnée, formant un chou-fleur du volume d'un très gros poing. Cetle tumeur, probablement un épithélioma, avait envahi toute la queue et le corps du pancréas, laissant intacte la Lête de l'organe et la plus grande partie de son bord inférieur. Voulez-vous avoir une assez bonne idée de cette localisation, que, après le D" Témoin, j'ai pu moi-même constater ? Regardez la figure reproduite dans le mémoire de M. Chauffard, figure où le pancréas est coupé en deux : tout le segment céphalique a paru absolument sain, tout le segment caudal cancéreux, à l'exception d'un triangle allongé, situé contre la tête et laissant à peu près intacte la plus grande moitié du bord inférieur de ce segment caudal. La tumeur se prolongeait jusqu'à la colonne vertébrale; elle était à peu près immobile,
Bien évidemment, il n'y avait plus qu'à refermer le ventre après une pareille constatation.
Novembre-décembre. — Suites de la laparotomie. Les suites de l'opération furent des plus simples : une dizaine de jours après, tout était complètement cicatrisé. Mais la partie était perdue sans retour; le malade survécut deux mois à la laparotomie, succombant aux progrès de la cachexie cancéreuse.
L'opération ne fut point inutile pourtant. Pendant quelques jours, jusque vers le 15 novembre, il souffrit encore en ployant son corps pour se baisser, pour se mettre au lit : c'était plutôt une « pesanteur », une « raideur gênante », qu'une douleur véritable. Il n'eut jamais plus, jusqu'à son dernier jour, de crise: douJoureuse quelconque, grande ou petite, ni la moindre douleur gravative, pongitive, lancinante ou autre. Il mangeait avec assez d'appétit et assez de régularité; il pouvait se lever une grande partie de la journée. Il dormait d'une façon assez irrégulière,
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sans que la morphine, que je lui donnais régulièrement en injections, lui apportât l'euphorie habituelle. Je la lui supprimai même pendant quelques semaines.
L'état mental s'était aussi rasséréné, et toute trace d'étal'mélancolique avait peu à peu disparu, Tout le mois de décembre fut excellent à ce point de vue, j'entends aussi bon qu'il puisse être dans une situation sans espoir.
Les forces du malade continuaient à décroître: il était d'une maigreur squelettique, au point que sa tumeur se dessinait sous sa peau. Bientôt il ne put quitter son lit qu'avec bien de la peine. Au commencement de janvier 1909, sentant sa fin prochaine, il fit à sa famille ses dernières recommandations avec un calme, une résignation digne d'un stoïcien; il regardait la mort en face.
Le 5 au soir, il fut pris de suffocations subites; il ne pouvait respirer qu'assis sur son lit. Je le vis encore ce soir-là; il me parut au seuil de l’agonie : pouls à peine perceptible, orthopnée, respiration sifflante et superficielle, quelques quintes de toux fort pénibles ramenant quelques petits crachats spumeux etrosés; à l’auscultation, de nombreux râles crépitants dans le poumon gauche, silence à la base du même côté; presque rien à droite. Je pensai à de l’œdème aigu du poumon par cardioplégie.
Comme j'allais lutter jusqu'au bout, on me pria de le laisser mourir tranquille.
Le lendemain, il y eut quelques heures d'accalmie; la nuit suivante, le malade s’éteignit brusquement, en faisant un mouvement pour se redresser sur son lit.
Jusqu'à son dernier jour, il n'avait présenté de stéarrhée, de glycosurie et pas le moindre ictère.
OBSERVATION V (résumée),
(BÉRIEL, Province médicale, 6 septembre 1902.)
G.L..., tisseur, 62 ans 1/2. Entré dans le service de Devic, le 22 août 1901. Mort le 30.