OBSERVATION X
(Th. de Caron, obs. XX XIV)
Femme de 64 ans qui présente une douleur continue, seul symptôme avec à la palpation une tumeur pulsante prise pour une dilatation aortique.
Diagnostic porté : Ectasie de l'aorte. La tumeur ayant commencé à envelopper l'aorte près du tronc cœliaque amenait la production d’un bruit systolique distinct.
Dans trois de ces observations, nous trouvons des signes nouveaux expliqués par les rapports de cette portion du pancréas avec les organes voisins.
Aussi, nous allons voir tout d'abord quels sont les rapports anatomiques du corps du pancréas :
La face postérieure est en rapport avec les vaisseaux mésentériques supérieurs (col) et l'aorte abdominale.
Le bord supérieur avec le tronc cœliaque et le plexus solaire.
En avant, avec la face postérieure de l'estomac et l'angle duodéno-jéjunal.
Les rapports du pancréas avec le plexus solaire expliquent bien ces douleurs vives à peu près continues, et qui peuvent
être causées soit par de l'irritation directe de la tumeur, soit par l'intermédiaire des filets que le plexus envoie au pancréas, formant un plexus secondaire, le plexus pancréatique.
On peut expliquer les battements que présentait la tumeur dans trois des cas, par ses rapports avec l'aorte, qui lui communiquait ses mouvements.
Reste à expliquer la production du souflle. Il est certain que la tumeur en comprimant l'aorte produisait un rétrécissement à ce niveau ; par suite, formation d’une veine fluide, le sang passant à travers le rétrécissement accidentel dans un espace libre de toute compression el par suite plus large. De là le soufile que nous retrouvons dans les trois cas cités.
Dans l'observation de M. Chappet, ces signes manquent; mais dans ce cas il n'est point dit.que la tumeur comprimait les organes voisins, comme dans les autres observations, ce qui confirment nos explications des signes donnés dans les trois autres cas.
Enfin, ces mêmes signes, battements et souflle, nous font conclure que dans l'observation relatée dans la thèse de Caron, il s'agissait d’un cancer du corps du pancréas, puisque la tumeur enveloppait l'aorte près du tronc cœliaque.
Les signes du cancer du pancréas seront donc différents, suivant que la tumeur comprimera où non les organes en rapport avec elle à son niveau.
Si la tumeur est cantonnée au corps de l'organe sans s'étendre aux organes voisins, il n'y aura que les signes suivants : cachexie et amaigrissement pancréatiques.
Si la tumeur s'étend au plexus solaire, à l'aorte, on verra alors apparaître : d'une part, cette douleur vive, à peu près continue, dont nous avons déjà parlé; d'autre part, des battements et un souflle. Le plus souvent, on sentira dans la région une tumeur dure et fixe, ce qui permettra de Ja distinguer d'une tumeur gastrique qui pourra se déplacer latéralement et d'une tumeur hépatique qui se déplacera de haut en bas, pendant les mouvements de l'inspiration.
Enfin, on éliminera assez facilement l'hypothèse d’un anévrisme
de l’aorte par l'absence du retard du pouls fémoral, ou son peu d'apparence, et par la constatation de la-tumeur.
Cela ne veut pas dire que le diagnostic de cancer du pancréas, avec siège au corps, pourra être porté dans tous les cas, puisque tous les signes de compression peuvent faire défaut, témoin l'observation IT. Il restera néanmoins pour soupçonner le siège du cancer, cette cachexie et cet amaigrissement vraiment pancréatiques.