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OBSERVATION XI

(CHAUFFARD, Académie de médecine, 20 octobre 1908.)

M. X... est un homme de :>7 ans, très robuste et sans antécédents pathologiques, sauf peut-être un chancre syphilitique dans sa jeunesse, et quelques abus d'alcool.

Le 15 janvier 1908, en pleine santé, il est ‘pris subitement d'une douleur très vive au niveau du bord des fausses côtes gauches, et cela pendant plusieurs heures, sans que l'exploration de la région décèle rien de particulier.

Les crises sont d'abord espacées et ne reviennent que tous les huit à dix jours, avec les mêmes caractères. Pendant les intervalles qui les séparent, subsiste une sensation de tension abdominale, de ballonnement pénible, de besoin vague d'exonération intestinale, sans coliques, ni diarrhée, sans rien de perceptible à la palpation.

Puis, au bout de quelques semaines, le foyer douloureux se déplace, passe de gauche au milieu et à droite. Les crises surviennent de plus en plus aiguës’ et rapprochées, et la douleur s'étend à travers, à mi-chemin entre l'ombilic et l'épigastre, dépassant à droite la ligne médiane.

Elle est à la fois profonde et aiguë, angoissante, assez vive pour arracher des eris au malade, accompagnée souvent d'efforts pénibles de vomissements qui n'amènent que le rejet de quelques mucosités. Outre ces douleurs lancinantes et pongitives, existe

souvent une sensation très pénible de constriction viscérale, de corset, suivant l'expression du malade.

En mai, les crises deviennent affreusement douloureuses, ne permettant, pendant leur paroxysme, aucune prise d'aliments ou de liquides, bien que, dans leurs intervalles, il reste une certaine conservation de l'appétit et des fonctions digestives. L’amaigrissement est notable, et la perte de poids est de 15 kilogr. en quatre mois et demi. Pas de glycosurie. La palpation abdominale reste négative et ne révèle ni tumeur, ni augmentation de volume ou déformation d'aucun des organes abdominaux. On ne constate toujours que la même localisation de la douleur transversale et sus-ombilicale, avec son caractère de viscéralgie profonde, angoissante et constrictive, ne cédant qu'à la morphine.

En raison des antécédents de syphilis probable, on songe à la possibililé de crises gastriques au cours d’un tabes fruste. Mais les réflexes tendineux et iriens sont conservés, et la ponction lombaire montre que le liquide céphaloéarchidien est normal.

A la fin du mois de mai et malgré tout ce qu’on peut lui dire, X... part pour Plombières. Mais il souffre de plus en plus, ne peut suivre aucun traitement, et, au bout de huit jours, revient à Paris.

Le 27 mai, pour la première fois, les fèces se décolorent, les urines deviennent acajou, chargées de pigments biliaires et d'urobiline ; un ictère très net, quoique assez peu intense, apparail.

Le 29 mai, léger état fébrile (383). Le malade réclame à tout prix une opération, et celle-ci est pratiquée le lendemain.

A l'ouverture du ventre, M. Tuffier ne constate ni ascite, ni péritorite. Le foie est de volume et d'aspect normal, la vésicule à peine un peu distendue et pleine de mucus. L'exploration digitale montre, en revanche, des lésions profondes du pancréas. Toute la partie moyenne de la glande, depuis le col jusqu'au voisinage de la queue du pancréas, est bosselée. et dure, farcie de nodules gros comme de petits pois, et de consistance néoplasique. Un ganglion tuméfié et dégénéré est constaté au niveau du

col de la vésicule biliaire.

RQ MO er

Dans ces conditions, un drainage de la vésicule est institué, avec mèche plongeant dans la région sous-hépatique.

Les suites de cette intervention ont été des plus bénignes, et même d’abord des plus favorables, en ce sens que les douleurs abdominales ontimmédiatement disparues; bien plus, vers le huitième jour, les matières recommencent à se colorer, les urines s'éclaireissent et l'ictère diminue notablement. L'appétit reparait et une alimentation presque excessive est reprise.

Mais cette amélioration inespérée ne devait être que de bien courte durée. Vers le 18° jour après la laparotomie, l'ictère se montre à nouveau et se fonce rapidement jusqu’à prendre une teinture verdâtre. Puis les vomissements se reproduisent, de plus en plus fréquents, aboutissant, vers le trentième jour, à une intolérance gastrique absolue. Peu de crises douloureuses; à peine, de temps en temps, une ébauche de constriction en corset. Fièvre oscillant entre 380 et 3895.

Puis, peu à peu, le malade arrive à ne plus vivre que d'injections salines, de morphine (10 à 12 centigrammes par jour), de lavements alimentaires. Il s'éteint dans la plus profonde cachexie à la fin du mois de juillet, deux mois après l'intervention opéra-

toire.

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