‹ Contribution à l'étude du cancer laryngéChapitre 8 sur 15 · Fauvel. Traité des maladies du lapynx, p · texte numérisé non relu

Fauvel. Traité des maladies du lapynx, p

Etat général. Les malades conservent longtemps leur embonpoint ; ce n est qu’à la dernière période qu’on les voit maigrir, c est-a-dire lorsque la (umeur s’ulcère et que les aceidenls de dyspnée et la gène de la déglutition surviennent. On voit même des malades re[)rendre des forces, pendant quelque temps, après que la trachéotomie a été pratiquée. On sait qu a|)rès cette opération le malade est

beaucoup soulagé, et qu’il peut vivre encore un, deux et même trois ans, ainsi que le démontrent un grand nombre d’observations.

La teinte jaune paille des cancéreux ne s’observe pas fréquemment, niéme chez ceux qui meurent dans le marasme et la cachexie.

On retrouvera ces principaux symptômes dans l’observation d un des malades que nous avons pu suivre dernièrement.

Obs. IX (inédite) — Cancer primitif du larynx, — Trachéotomie.

Le nommé D..., âgé de cinquante-sept ans, est entré le 14 décembie 1877, à 1 hôpital Saint-Louis, salle Sainte-Marthe, n° 26, dans le service de M. le D*" Péan. Le malade fait remonter le début de son affection au mois de juillet 1877. Il ressentit dans la gorge de légers picotements, puis de véritables douleurs. Il alla consulter M. Fauvel au mois de novembre. L’examen de l’intérieur du larynx, au miroir laryngé, ne laissa pas de doute sur la nature de la maladie. M. Fauvel posa, sans hésiter, le diagnostic de cancer primitif du larynx. A cette epoqne, la respiration commençait déjà a être génée, et le 14 décembre le malade se vit dans la nécessité d’entrer à l’hôpital en raison des symptômes d’asphyxie qui allaient croissant.

État h l entrée. — L’aspect du malade témoigne d’une cachexie assez prononcée. La respiration est très-^énée; à chaque mouvement inspiratoire ou entend un sifflement laryngé ti ès-marqué, véritable cornage analogue a celui que l’on observe dans les rétrécissements du conJuit laryngo-trachéal. La voix est presque eteinte et le malade est obligé de faire des efforts assez considérables pour se faire entendre à peu près distinctement.

L’examen du larynx, à l’extérieur, ne fait rien découvrir d’anormal ; pas d’hypertrophie en masse de l’organe. Les ganglions du cou ne sont iiullemeut engorgés.

Si l’on pratique l’examen laryngoscopique, on voit que les cordr vocales supérieures sont recouverle> par des masse-* bourgeonnan! d’un rouge foncé, légèrement ulcérées et recouvertes en partie de pus grisâtre.

Rien aux poumons ni dans les autres organes.

La salivation est peu abondante, elle consiste en mucus glaireux, rarement muco-purulent. Le malade se plaint surtout de douleurs vives de cou, elles s’irradient dans la partie postérieure de la tète. La gêne de la déglutition est peu accentuée.

Diagnostic : Cancer primitif du larynx.

Les jours suivants, la gène de la respiration va en augmentant, et le 5 janvier le malade est asphyxiant. L’interne de garde est appelé pour pratiquer la trachéotomie. Cette opération fut faite à l’aide d’un bistouri, rapidement et sans aucun accident; on introduisit la canule n° 3. Immédiatement les accidents de dyspnée disparurent.

Depuis cette époque le malade se trouva beaucoup soulagé ; la déglutition, quoique gênée, pouvait encore se faire suffisamment pour permettre l’alimentation et soutenir les forces de l’opéré.

Le 1*' mars, on voit se dévelof)per quelques ganglions sur la partie latérale droite du cou et dans la région sous-maxiliaire du même côté.

La déglutition se fait difficilement, le malade ne peut avaler que les liquides et les matières alimentaires réduites en bouillie. On change tous les trois jours la canule, le malade la supporte très-bien.

Le 10 mai, les ganglions de la partie latérale gauche du cou sont engorgés, ceux de droite prennent un volume considérable. La salivation, qui était peu abondnnte auparavant, s'est considérablement accrue; le malade remplit quatre crachoirs en vingt-quatre heures.

Le 15 juillet. — Les ganglions du cou augment de volume; ils sont énormes à droite. La salivation est toujours très-exagérée. La déglutition se fait très-difficilement et gêne beaucoup l’alimentation. Les douleurs du cou sont très-marquées, surtout à droite, peut-être sont-elles dues à la compression qu’exercent les ganglions sur les filets nerveux de la région. Les douleurs d’oreilles sont excessivement vives, elles s’irradient dans toute la tête. La peau même de la région parotidienne, au niveau de l'articulation temporo-maxillaire droite, est le siège d’une véritable hypéresthésie ; l’application d’un doigt à ce niveau détermine une douleur très-vive.

Le 22 juillet. L’interne de garde est appelé pour une hémorrhagie abondante qui est survenue tout à coup et qui s’est faite en partie par

bouche, en partie par la canule. Malgré les moyens hémostatiques

iployés (potion et glace) l’individu succombe au bout de quelques heures.

Autopsie. Après avoir fait une incision verticale sur la ligne médiane du cou et écarté les téguments, nous apercevons, à droite, quelques ganglions peu développés; à gauche, les ganglions font presque complètement défaut. Une incision médiane et antérieure du larynx Ujus montre les parties molles (muqueuses, muscles, etc.) sous-jacentes aux cartilages complètement transformées en une masse fougueuse, noirâtre, déchiquetée par place. Les caractères des tissus constitutifs de cette masse sont difficiles à apprécier, l’autopsie n’étant faite que trois jours après la mort. Néanmoins, par son aspect lardacé sur quelques points, fougueux et ramolli sur d’autres, par le suc qui s’en écoule à la coupe [ on reconnaît aisément qu’on a affaire à des productions cancéreuses! L’altération remonte assez haut. La partie supérieure de l’cesophage et inféHeure du pharynx est détruite par le néoplasme. Dans une anfractuosité du pharynx on trouve quelques caillots, débris probables ue l’hémorrhagie abondante à laquelle le malade a succombé.

Le corps thyroïde est sain.

Le foie, les reins, les poumons, ne renferment pas trace de cancer.

Cancer consécutif ou propagé.

Les signes de ces cancers, au début, sont ceux des cancers de 1 organe d abord envahi. S^agit-il d’une tumeur du pha^ rynx, de 1 œsophage, on aura de la dysphagie, des troubles delà déglutition. S’agit-il d’une tumeur du corps thyroïde, elle pourra déterminer des phénomènes de suffocation qui, parfois, ont nécessité la trachéotomie.

Quand le larynx est envahi, on voit se dérouler successivement tous les signes du cancer [)rimitif que nous avons énumérés tout à l’heure. Dans quelques cas, cependant, la mort survient par cachexie avant que l’envahissement des cordes vocales ait déterminé les troubles vocaux si caractéristiques du cancer primitif.

Marelle. u

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