‹ Contribution à l'étude du cancer latent de la vessieChapitre 22 sur 35 · A ME · texte numérisé non relu

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lobules hépatiques eux-mêmes en paraissaient presque tous dépourvus.

La tumeur présentait donc, dans ces foyers d’envahissement, une très grande activité.

En somme, il s’agit ici d’une carcinose vésicale très nette, dont l'évolution a passé presque complètement inaperçue, par manque de signes physiques et pénurie de troubles fonctionnels, l'état de torpeur dans lequel était tombé le malade dans les derniers Jours pouvant être attribué à la fièvre ou à une cachexie tuberculeuse.

L'albuminurie pouvait être la conséquence, soit de la tuberculose (dégénérescence amyloïde possible), soit d’une néphrite peu avancée encore, puisque le malade n'avait présenté aucun trouble pouvant être logiquement rapporté à l’urémie. En présence de certains signes, on pouvait être tenté cependant de conclure sans hésitation à l'existence d’une néphrite; on avait, en effet, en faveur de cette idée, d'une part, la constatation d'un bruit de galop, intermittent il est vrai, mais très caractéristique, et, de l’autre, l'induration manifeste des artères radiales dans tout leur trajet apparent. Néanmoins, ce diagnostic ne fut pas porté dans le service, parce que, ainsi que le faisait remarquer M. Brault, le cœur ne présentait pas d'hypertrophie réelle, que le pouls ne donnait pas d'hypertension et que l’incrustation des artères n'avait en soi aucune valeur, Les phénomènes perçus du côté du cœur et de l’aorte élaient trop vagues aussi pour autoriser une conclusion ferme, Restait du côté de la poitrine une tuberculose évidente mais relativement peu avancée. L'histoire clinique de ce malade, qui allait s’affaiblissant, présentait done plusieurs nconnues que l’autopsie seule permit de reconnaître. Le cancer de la vessie fut donc ici, à tous les points de vue, un cancer latent. Il était, en outre, facile de poser plusieurs diagnostics absolument erronés.

OBSERVATION XIX (M. de Gennes et V. Griffon !)

Malade âgé de soixante ans, obèse, grand buveur, était entré dans le service de M. le professeur Dieulafoy en 1896, salle Trousseau, lit numéro 8, pour de l'ædème des membres inférieurs et du scrotum.

On lui trouva dans l'urine 1 gramme d’albumine environ par litre. Tout cela disparut assez vite, par le repos et le régime lacté. On porta le diagnostic de néphrite interstitielle chronique, car le malade présentait depuis quelque temps tous les petits accidents des brightiques : 1l était pâle, facilement oppressé, réveillé fréquemment la nuit par des crampes et des accès de suffocation.

On voyait au niveau des tempes l'artère temporale se dessiner très flexueuse, la radiale était dure, en plume de corbeau.

Le malade se plaignait de maux de tête, de bourdonnements d'oreilles, de troubles de la vue (mouches volantes), de sensation du doigt mort, de démangeaisons en diverses régions du corps sans éruption.

A diverses reprises, 1l se produisit des épistaxis survenant aussi bien la nuit que le jour.

Enfin on notait de la pollakiurie et de la polyurie.

Le diagnostie du mal de Bright s'imposait d'autant plus, que l'auscultation du cœur faisait entendre parfois un bruit de galop

assez net.

C'est comme brightique que nous avons soigné ce malade pen-

1 M, de Gennes et V. Griffon, in Bulletin de la Société analomique, juillet 1898 et Annales des maladies des organes génilo-

urinaires, 1899, p. 320.

PV

dant plusieurs semaines, lorsque M. Dieulafoy nous eut laissé le service, pour prendre celuide laclinique médicale de l'Hôtel-Dieu.

Il ne pouvait être question d’un autre diagnostic. Les épistaxis revenaient abondantes et fréquentes. Les urines demeuraient pâles, peu denses, non albumineuses. Les mictions étaient fréquentes et abondantes. On recueillait 4 à 5 litres d'urine, et parfois davantage, dans les vingt-quatre heures. I} nv eut Jamais d'hémalurie ni de pyurie.

Il ne survint pas d'amaigrissement notable. Le seul symptôme qui eût pu attirer l'attention sur les voies urinaires fut, dans les derniers jours, une soif vive (sans cependant qu'il y eût sécheresse de la langue), une « dysphagie buccale » insuffisante pour imposer un diagnostic que l'examen des organes ne suscitait nullement.

Le malade s'affaiblit, et mourut un jour presque subitement, après avoir séjourné en tout trois mois à l'hôpital. L'autopsie nous réservait une surprise.

Aulopsie. — (Homme ayant conservé son embonpoint). Au lieu des lésions de néphrite atrophique auxquelles on s'attendait, on trouve deux reins de moyennes dimensions, lisses, non bosselés, se décortiquant bien, sans granulations, et sans cicatrices apparentes après la décortication. Le rein gauche offre cependant à son extrémité supérieure un kyste séreux de la grosseur d'une petite noisette, A la coupe, la substance corticale est un peu diminuée d’étendue, mais ce qui frappe surtout, c’est la béance des artères de la voûte artérielle du rein, lesquelles sont très apparentes.

On constate par contre une dilatation considérable des uretères, des bassinets et des calices. Recherchant la cause de cette hydronéphrose bilatérale, on la trouve dans un cancer végétant dans la cavité vésicale, comprimant les deux uretères à leur extrémité inférieure.

Ce néoplasme apparaît sous la forme de végétations presque toutes sessiles, dont les plus grosses atteignent le volume d'une lentille. Isolées ou confluentes, elles abondent surtout au niveau

des orifices uretéraux et urétral.

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