DE L'ADÉNOPATHIE ILIAQUE DANS LE DIAGNOSTIC
On vient de voir un certain nombre d'observations dans lesquelles le diagnostic de cancer de la vessie n'a pu être porté, soit que le néoplasme ait évolué en l'absence de toute manifestation propre, soit qu'il ait emprunté les symptômes d’une autre affection.
Nous avons donc appliqué à ces sortes de cancer l'épithète de latent.
Mais toutes ces digressions importeraient peu aux chniciens, si l'on n’entrevoyait pas au bout le moyen de diagnostiquer de semblables affections. Or, il est possible à tout praticien de découvrir un cancer de la vessie malgré ce caractère de latence. Empressonsnous d'ajouter que notre peu d'expérience en la matière enlèverait tout poids à notre affirmation, si nous ne pouvions nous appuyer sur l’enseignement clinique de notre maître, M. le professeur Rochet.
En effet, d'après cel auteur, lorsqu'on se trouvera en présence d’un urinaire se cachectisant, n'ayant pas eu d'hématurie, ne présentant aucun des symptômes habituellement rencontrés dans les tumeurs de la vessie,
bref, lorsqu'on ne saura en quel point localiser un
HAE OST néoplasme qu'on sait exister, mais qu'une symplomatologie bizarre a dissimulé, dans ce cas on pourra porter le diagnostic de cancer latent de la vessie, siun engorgement ganglionnaire à élé perçu dans les fosses iliaques droite ou gauche du sujet.
Cet envahissement ganglionnaire ! constitue le deuxième stade, la phase d'infection de Virchow, et il est presque constant dans les épithéliomes.
En tout cas, l’assertion de notre maître a d'autant plus de valeur, que l’adénopalhie constatée dans une région quelconque, indique invariablement qu'aux environs, dans les lerritoires lributaires de ces ganglions, existe une {umeur; seulement celle-ci peut être de petit volume et avoir échappé à un examen superficiel.
De plus, comme l’envahissement ganglionnaire ne se fait pas au hasard, sont atteints tout les premiers les ganglions où se rendent les lymphatiques de la région malade. L'adénopathie est régionale. Les vaisseaux blancs sont, en effet, la voie directe reliant le néoplasme primitif au ganglion secondairement atteint.
L'adénopathie dépend donc directement du néoplasme primitif,
M. Ranvier a bien montré que c'était par les lymphatiques que s’effectuait cette communication. Injectant par piqûre les alvéoles d’un carcinome, 1l a vu le bleu de Prusse pénétrer dans les lymphatiques. C’est cette même voie que suivent avec tant de facilité Les cellules épithéliales pour aller infecter les ganglions.
i Le Dentu et Delbet, Traité de chirurgie, p. 411.
ÉRQE AE
Les vaisseaux blancs sont le trait d'union entre le cancer d'une part et le ganglion de l’autre, mais par quel mécanisme le ganglion est-1l atteint? Est-il envahi, comme le disent certains auteurs, par les vaisseaux lymphatiques qui auraient subi préalablement la greffe des cellules cancéreuses”? En effet, on rencontre parfois, échelonnée sur les vaisseaux lymphatiques, toute une série de nodosités, comme si le néoplasme avait laissé trace de son passage avant son arrivée aux ganglions. La lymphangite carcinomateuse a alors précédé le cancer du ganglion.
Mais, d'habitude, l’envahissement ne procède pas ainsi. D’après MM. Soupault et Labbé!, le vaisseau blanc reste indemne, et les cellules cancéreuses isolées qu'il charrie gagnent sans encombre le ganglion, où elles sont arrêtées. Il se produit une embolie à distance, el c'est là le processus le plus fréquent.
Ajoutons encore, avec Broca*, que ces adénopathies se montrent exclusivement dans les ganglions qui reçoivent les vaisseaux lymphatiques de la région envahie par la tumeur primitive. En outre, l'observation établit que ce sont les ganglions les plus rapprochés de la tumeur qui s’engorgent les premiers; sous ce nom de ganglions les plus rapprochés, nous désignons ceux qui reçoivent directement les vaisseaux lymphatiques de la tumeur; en d’autres termes, nous parlons de la distance anatomique et non de la distance mesurée en millimètres.
! Soupault et Labbé, Rev. méd., n° r, janvier 1900, Dar. * Broca, Tr, des tumeurs, 1866, p. 263.