Loc. cit
Rev. de méd., tome xi. — 1891.
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agrégé, chef des travaux d’anatomie pathologique, qui ont mis à notre disposition la riche collection du laboratoire, ou nous ont aidés dans l’interprétation de plusieurs de nos coupes, ont droit à toute notre reconnaissance.
Obs. I. (Service de feu M. Daniel Mollière, chirurgien-major de l’Hôtel- Dieu.) — Nous ne possédons pas d’observation clinique. Il s’agissait d’un homme atteint de cancroïde ulcéré de la face. A l’autopsie, on trouva des noyaux dans le cœur, l’intestin, les poumons, la rate et la jambe.
Examen histologique i. — Nous ne possédons pas de préparation de la tumeur primitive, qui était complètement ulcérée, et l’on n’a examiné que la peau avoisinante.
Peau de la face. — Les coupes portent sur les régions du tégument voisines de la limite de l’ulcération. A ce niveau, l’épiderme est respecté, ou simplement aminci.
Par contre, le derme présente un épaississement très marqué, et, de plus, il est le siège d’une prolifération épithéliale, sur la nature de laquelle il est difficile de se prononcer.
11 est probable qu’il s’agit là simplement d’une hyperplasie de nature irritative, développée au voisinage de la tumeur, à moins qu’on ne l’envisage comme le stade initial de la dégénérescence cancéreuse.
En effet, ce sont de longs boyaux, pleins, implantés perpendiculairement à la surface de l’épiderme, larges, séparés les uns des autres par de minces bandes de tissu conjonctif lamellaire.
Ces traînées épithéliales sont à peu près parallèles les unes aux autres, homogènes, c’est-à-dire formées d’éléments tous semblables, larges cellules du type épidermique; à la périphérie, on trouve une couche de cellules plus petites, cylindriques, basses, analogues à celles de la couche génératrice.
Nulle part de trace d’évolution cornée.
Cœur. — Les productions cancéreuses sont infiltrées en plein myocarde.
Sur nos préparations, on peut voir deux lobules contigus d’épithélioma corné, inclus dans une loge de tissu fibreux dense, et qui écartent les faisceaux musculaires. Chaque lobule est constitué par une nappe de cellules épidermiques, régulièrement disposées ; cette nappe présente à son centre un ou deux globes cornés. Les cellules ont l’aspect des éléments de l’épiderme; au niveau du stratum de Malpighi, les pointes de Schultze sont remarquablement nettes.
A la périphérie de l’îlot néoplasique, on remarque une rangée de cellules plus petites, basses, tendant à la forme cylindrique, et très fortement colorées par le carmin.
1. La pièce figure au laboratoire d’anatomie pathologique clans la collection de l’année 1886.
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Les altérations du’muscle cardiaque sont des plus accusées.
Le myocarde est fragmenté, disséqué par la sclérose interstitielle, qui s’étend sous forme de traînées très nettement colorées en rose par le carmin, au milieu des fibres musculaires.
A distance de l’îlot néoplasique on peut voir des îlots scléreux assez étendus, où persistent à l’état de vestiges quelques faisceaux musculaires perdus au milieu du tissu de sclérose, mais reconnaissables encore très facilement aux anastomoses de leurs fibres, et à la striation qui est conservée dans la plupart d’entre elles.
Poumon. — - Les coupes portent sur un volumineux nodule cancéreux développé dans l’intérieur du parenchyme pulmonaire. Les éléments cellulaires qui le constituent sont disposés dans la cavité des alvéoles. Ils n’offrent en aucun point la forme typique des cellules de l’épiderme, si nette dans les noyaux secondaires du cœur. On ne trouve pas de globes cornés.
Les cellules possèdent une atmosphère protoplasmique peu étendue, très étroite; la presque totalité de l’élément est occupée par un volumineux noyau ovoïde ou bosselé, offrant, à son intérieur, un ou plusieurs nucléoles réfringents.
Les cellules sont réparties irrégulièrement au sein des alvéoles, à la manière d’un exsudât catarrhal ou inflammatoire. Les parois alvéolaires sont à peine modifiées, leur stroma conjonctif est peu épaissi, les cellules endothéliales ont en partie disparu.
Rate. — La structure lobulée et la nature épidermique apparaissent très nettement dans les nodules développés sous l’enveloppe péritonéale, entre celle-ci et la capsule fibreuse.
Intestin. — Dans l’épaisseur du tissu conjonctif sous-muqueux, on constate une infiltration épithéliomateuse plus diffuse que dans les autres organes. Les cellules y revêtent le type épidermique et entourent parfois des globes cornés très apparents. Le stroma conjonctif est assez développé, et circonscrit de vastes loges carcinomateuses.
Enfin, disposition assez spéciale, on constate des dilatations vasculaires formant des angiomes microscopiques au milieu de certains lobules d’épithélioma corné.
Au-dessus de la zone d’infiltration cancéreuse, la muqueuse, en majeure partie détruite, se présente comme abrasée.
La couche musculaire est simplement refoulée, sans pénétration parle néoplasme.
Tumeur de la jambe. — Les préparations de ce noyau secondaire offrent au plus haut degré les caractères de l’épithélioma corné.
En résumé, dans un cas de cancroïde ulcéré de la face, on a constaté à l’autopsie la généralisation du néoplasme au niveau du cœur, des poumons, de l’intestin, de la rate et de la jambe.
Nous ne possédons pas de préparation de la face; la tumeur pri*
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mitive était complètement ulcérée, et l’on n’a examiné que la peau avoisinante, infiltrée par les éléments néoplasiques; quoi qu’il en soit, le diagnostic de cancroïde s’imposait cliniquement, et en fait, avait été affirmé par M. Daniel Mollière. On peut donc admettre que la tumeur primitive était un épithélioma épidermique corné. — Or la structure caractéristique de l’épithélioma corné était évidente dans les noyaux secondaires du cœur, de la rate, de l’intestin, de la jambe ; — au niveau des poumons, l’agencement réciproque des éléments néoplasiques n’était pas celui de l’épithélioma corné, mais cela tient probablement à ce qu’il s’agissait d’un noyau cancéreux développé à l’intérieur des alvéoles; — toutefois les caractères des cellules envisagées individuellement les rapprochaient suffisamment des cellules du type épidermique, pour qu’on ne soit pas en droit de contester l’origine identique du noyau du poumon et des autres noyaux secondaires.
Obs. II. (Due à l’obligeance de M. le D1' Clément, médecin de l'Hôtel- Dieu, et de MM. Tournier et Duchesneau, internes des hôpitaux.) — Cancer primitif de l'oesophage. — Noyaux secondaires dans le cœur, les poumons, les reins et la rate.
Claude C..., concierge, âgé de soixante-sept ans, entre à THôtel-Dieu, salle Sainte- Jeanne, n° 21, le 11 août 1890.
Depuis le mois de janvier ou février, le malade a des vomissements alimentaires survenant très rapidement après l’ingestion des aliments. Depuis deux mois, il ne peut plus prendre que des liquides; les aliments solides sont régurgités ; il semble au malade qu’ils s’arrêtent au niveau du sternum. Cachexie et amaigrissement, pas de teinte jaune paille.
Météorisme abdominal.
Rien aux poumons ni au cœur.
10 septembre. — L’émaciation a augmenté de jour en jour. Actuellement, le malade est à bout de forces. Vomissements alimentaires très rapprochés de l’ingestion. Le diagnostic est toujours celui de cancer de l’œsophage ou du cardia; mais on doit noter que l’abdomen est saillant, un peu météorisé, et que la région épigastrique est particulièrement saillante. Décoloration des téguments; pas de teinte jaune paille.
2 octobre. — Le malade meurt des progrès de la cachexie.
3 octobre. — Autopsie.
On trouve à la partie inférieure de l‘œsophage une tumeur néoplasique rétrécissant considérablement le calibre du conduit. Le cœur présente à sa surface externe une tache blanc jaunâtre sous-péricardique; après 1 incision on voit qu’elle correspond à un volumineux nodule cancéreux siégeant dans l’épaisseur de la paroi du ventricule gauche.
On découvre ensuite la présence de plusieurs noyaux secondaires dans les poumons, les reins et la rate.
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Examen microscopique L — • La tumeur œsophagienne primitive n’a pas été examinée.
Cœur. — On constate dans l’épaisseur du péricarde, séparée du muscle cardiaque par une couche de tissu cellulo-adipeux peu épaisse, une vaste nappe cellulaire constituant le nodule néoplasique visible à l’œil nu.
Les cellules sont tassées les unes contre les autres, à la façon de certains sarcomes globo-cellulaires. Nul arrangement en traînées tubulées ou masses lobulées ne règle leur disposition réciproque. Leur ensemble constitue une masse homogène presque uniquement cellulaire, au milieu de laquelle aucun stroma n’est apparent.
La forme des cellules est très difficile à préciser : là où elles apparaissent un peu isolées, elles tendent à la forme aplatie, mais sans aspect général typique. L’élément le plus caractéristique est fourni par leur noyau : volumineux, ovoïde, il constitue presque à lui seul toute la cellule, est pourvu de figures réfringentes. Toutefois les limites de la cellule sont distinctes.
Les couches les plus superficielles du myocarde sont dissociées, envahies par les cellules, et leur irruption au sein du tissu musculaire est accompagnée d’un certain degré de prolifération interstitielle.
Poumons. — Les coupes portent sur un nodule sous-pleural, volumineux. Il est presque exclusivement cellulaire; le stroma y est peu abondant; on n’y distingue ni travées conjonctives, ni alvéoles de carcinome; seuls d’abondants vaisseaux capillaires le sillonnent de toutes parts. On ne trouve pas non plus de globe corné.
Ces cellules dont la signification ne s’accuse au premier abord ni par leur forme, ni par la présence de produits d’évolution, apparaissent à un fort grossissement, assez volumineuses, polyédriques, ou régulièrement arrondies, munies d’un gros noyau ovoïde qui occupe la presque totalité de l’élément. Sur certains points, la ressemblance de ces cellules avec les éléments de l’épiderme semble s’accuser à un examen approfondi des préparations.
Le parenchyme pulmonaire ambiant est le siège d’une congestion intense, et les alvéoles présentent une légère exsudation catarrhale; la rate n’a pas été examinée au microscope.
En résumé, chez un homme de soixante-sept ans, ayant présenté pendant sa vie les signes d’un cancer de l’œsophage, et n’ayant présenté que ceux-là, on constate à l’autopsie, indépendamment de la tumeur œsophagienne primitive, une série de noyaux secondaires dans le cœur, les poumons, les reins et la rate. Il est assurément regrettable que nous n’ayons pas eu à notre disposition, pour l’examen histologique, de fragment de la tumeur œsophagienne; mais on nous concédera que les symptômes cliniques, le résultat de