RAT IE
essayé de détourner un courant d’eau froide, qui venait s'écouler au-dessus des eaux thermales. J'ai pu retrouver un magnifique égout romain, ensablé maintenant, où un homme pouvait se tenir debout; sa largeur était de 80 centimètres. Il servait certainement à reprendre les écoulements d’eau froide plaçés au-dessus des failles thermales. Ils ne purent, avec les moyens dont ils disposaient à cette époque, empêcher les déperditions de calorique, car les failles et les fissures thermales d'Aix s'étendent sous une grande partie de la ville.
Une autre destruction des Thermes romains fut encore exécutée au début du xvixri° siècle.
Les magnifiques bâtiments des Etats de Provence, qui servaient, paraît-il, de Palais et de Thermes aux Proconsuls romains, furent rasés, pour la construction, en pleine ville, d'un ignoble bâtiment carré, qui sert de prison! Ces derniers Thermes étaient à l'extrémité de l’une des branches de la principale faille thermale, qui part d’un jardin, près de la gare, pour se terminer à Sextius, et dont deux branches coupent la ville perpendiculairement.
Il serait peut-être possible de récupérer, à une grande profondeur, par forage, l’eau thermale aussi belle et aussi chaude qu'avant le cataclysme du premier siècle de notre ère. Cette faille est encore intacte sur certains points et nos conclusions, avec celles de toutes les personnalités compétentes, sont formelles à cet égard.
Quand l'accident souterrain fit changer les eaux hyperthermales en eaux à peine thermales à 34°, les Romains créèrent des petites piscines à eau courante, dont deux ou trois sont encore visibles. Une autre, dallée en marbre blanc, n’échappa point aux destructions systématiques de ces dernières années.
Fait très intéressant: quand je repris, par forage, une petite portion des failles génératrices en 1922, l’eau thermale remonta dans le tubage au-dessus du niveau des autres jaillissements et s’écoula précisément dans ces petites piscines romaines qui, depuis des siècles, étaient à un niveau bien plus élevé que tous les jaillissements contemporains. Nous verrons tout à l'heure ce même phénomène se reproduire pour Plombières.
Evaux-les-Bains (Creuse). — Dans cette station, les eaux thermales et hyperthermales, de 14 à 58°, sont amenées au jour par le fameux dyke quartzeux aurifère, qui prend nom, en études géologiques, de: Dyke quartzeux Evaux-Saint- Maurice.
Ce banc de quartz, où l’or, d’après une étude très intéressante parue dans l’{nformation, en 1913, est d’origine thermale et dont, suivant cette étude, on ne peut définir la nature physico-chimique, ce banc de quartz, dis-je, depuis la profondeur fait la séparation des eaux chaudes et des eaux froides et force les eaux hyperthermales à s’écouler à flanc de coteau, au lieu de surgir au point le plus profond de la gorge sauvage où elles viennent au jour.
Là, les Romains se sont trouvés en présence de nombreuses roches éruptives, qui ont émergé à travers les gneiss et les granits plus. anciens. On y trouve 30 à 40 fissures thermales dans un espace de 2.000 mètres carrés.
Voici ce que firent les Romains: sur la pente de la colline, suivant leur procédé habituel, ils garnirent les interstices des roches avec du bois desséché, qu'ils humectèrent de vinaigre; sous l’action de la dilatation du bois, les roches les plus dures éclatèrent.
Ils créèrent ainsi une merveilleuse plate-forme horizontale pour le captage des sources et l’édification de leurs Thermes, non grandioses par leur étendue, mais superbes par leurs richesses.
Ayant aplani, dans le flanc de la colline, le terrain thermal, ies Romains s’aperçurent que des fissures donnaient naissance à des eaux minérales dissemblables, et c'est là qu’ils firent alors un travail de captage unique.
Après avoir différencié la température et la nature de chacun des filets thermaux, ils entourèrent les failles génératrices avec un premier bétonnage circulaire, puis, à l’aide de cheminées, ils firent un captage spécial pour chaque griffon identifié.
Ensuite ils bétonnèrent toute la surface thermale et c’est ainsi qu’ils purent séparer les sources sulfureuses des sources radio-actives pures, et calculer la hauteur des cheminées juste à la force ascensionnelle de chacun des griffons. -
Avant la guerre, en 1913-1914, j'ai pu admirer et étudier un de leurs importants captages, celui de la plus belle source d'Evaux, la Source César. Là, dans un espace de 4 à 5 mètres de côté, jaillissent 5 ou 6 fissures thermales, dont une sulfureuse. La Source César, dont les Romains avaient compris la grande valeur, donne à elle seule un débit de 20 millions de millimicrocuries d’émanation du radium par an. Pour la préserver de toute contamination, les Romains, en plus des bétons circulaires autour de la faille, créèrent des chambres de séparation, remplies d’air, tout autour du griffon, puis coulèrent une masse de béton qui fit corps avec la cheminée d’ascension de l’eau thermale.
Les travaux romains à Evaux s’étendirent sur la période de l'an 40 avant J.-C. à l’an 29 avant J.-C.; et c’est là qu’existent