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se mélanger aux eaux de la rivière. Il eut alors l’idée d’appliquer scientifiquement ce principe des pressions hydrostatiques réciproques.
Enfin, dans certains cas, lorsque par l’étude géologique du sol, on soupçonne la présence de l’eau à une certaines profondeur, on applique la méthode des sondages. Ce procédé, qui n’a eu sa première application en France qu’en 1840, dans les sondages de Cusset, d'Hauterive (près Vichy), était employé depuis longtemps par les Arabes dans le désert, notamment dans le sud de la province de Constantine. Le sondage était exécuté par un sondeur indigène, désigné sous le nom de R’tas. Son travail consistait à creuser un puits de o m. 70 ‘ de côté et de profondeur variable suivant la région et le terrain. Le sondeur atteignait, à l’aide de la pioche, la nappe artésienne et souvent, l’eau retenue prisonnière, jaillissait alors avec une telle force que le malheureux R'tas, lancé violemment par la masse liquide contre les parois du puits, était rejeté inanimé à la surface du sol. |
Les premiers sondages scientifiques exécutés en Algérie, en 1856, faillirent coûter la vie aux ingénieurs français chargés de ce travail. C'était une défaite pour l’amour-propre des Arabes, de voir l’ennemi envahisseur remplacer le R'’tas; et il fallut les avantages évidents du nouveau procédé pour les convaincre.
C’est le procédé au trépan, dont nous parlerons plus loin, appliqué d’abord pour les puits artésiens, qui fut adopté pour les forages des sources minérales, avec des moyens de plus en plus perfectionnés et adaptés à la nature de l’eau à capter.
$ IL. Interview de M. le Docteur Pierre Charmont, Médecin consultant à Plombières-les-Bains, Membre des Sociétés d'Hydrologie de Nancy et de Bordeaux.
Nous nous sommes rendu auprès de M. le Docteur Charmont, dont la compétence en matière d’hydrologie thermale nuos a été si utile. Très volontiers, il a bien voulu répondre aux diverses questions que nous lui avons posées et nous transcrivons ici, le plus fidèlement possible, ses paroles.
Notre première question fut: Que pensez-vous de l’hydrologie romaine?
Réponse: « Dans l'antiquité; les eaux minérales étaient considérées comme un don des Dieux et les sources thermales. dans la mythologie, étaient des lieux de pèlerinage dont chacun cherchait à profiter.
Aquae urbes condunt, Vapore quoque ipsa aliquae prosunt.
PLINE. Hlist. nat., XXXI - 2.
La présnece des eaux incita les Romains à construire non seulement leurs Thermes merveilleux, mais aussi des villes, où ils surent mettre à profit les eaux minérales et les vapeurs qu'elles exhalent. Les médecins romains, très souvent avec juste raison, envoyaient de préférence leurs malades faire une cure thermale au printemps ou en automne et voulaient même qu'on s’en abstint pendant la canicule.
A Rome, il existait un centre d’hydrologie comprenant une catégorie de médecins et d’architectes hydrologues, qui déléguait successivement, au cours de l’extension de leurs conquêtes, dans les stations découvertes, des hommes compétents
qui rapportaient à ce centre d’études thermales, toutes les données hydrologiques, thérapeutiques et géologiques. Et cela leur permettait de concevoir l’ensemble d’une station thermale, pour en faire d'emblée un tout parfaitement adapté au rôle qu’ils avaient décidé de lui donner.
Cette conception romaine d’une station thermale devrait bien encore, de nos jours, être renouvelée. Les lacunes, l'ignorance voulue ou véritable de certains services plus ou moins dispersés dans diverses administrations, qui prennent plaisir à saper de fond en comble les merveilleux travaux romains, sans en connaître les principes, au lieu de les prendre en exemple, la législation désuète qui régit arbitrairement nos stations thermales, tout cela, n’est pas fait pour transformer, selon le mot d’Alibert les sources de la santé en source de richesse.
Depuis un siècle surtout, de nombreux médecins ont essayé de réagir, mais les pouvoirs publics restent indifférents à la lente agonie de nos stations thermales, de leurs superbes captages romains et à la fortune publique que l’on pourrait en retirer.
Certes, pour vous en donner un exemple: avant la guerre, l'Allemagne retirait d’un très petit nombre de stations thermales, 1 milliard 700 millions de marks-or chaque année, et la France, avec 1.700 sources thermo-minérales, arrivait péniblement à 500 millions de francs. »
À notre deuxième question: Les Romains avaient-ils conscience des indications thérapeutiques des sources thermales? Le docteur Charmont répondit: « Quand les Romains en-
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vahirent la Gaule, ils trouvèrent le pays extrêmement favorisé au point de vue des eaux minérales.
Il ne faut pas croire cependant que les peuplades qui existaient en Gaule faisaient fi des eaux thermales, elles en recherchaient les bienfaits salutaires, puisque d’après les historiens, les Saliens, 18 siècles avant J.-C. avaient fait usage des eaux, malheureusement bien amoindries maintenant, d’Aix-en-Provence et, d’après Plutarque, Marius défit les Cimbres dans cette ville, au moment où ces soldats prenaient les bains.
Donc, les Romains trouvèrent successivement dans leur conquête, la Gaule bien pourvue en eaux minérales, et la médecine romaine vint augmenter encore ces avantages, par la façon tout à fait scientifique avec laquelle ils surent capter et même créer de toutes pièces les stations thermales.
On évalue à 115 le nombre des stations établies définitivement par la civilisation gallo-romaine. Je puis dire tout d’abord qu'ils ont partout merveilleusement adapté, aux principes physico-chimiques et thérapeutiques, chacune des sources qu'ils avaient su parfaitement différencier pour leur application médicale. Mais, avant toutes choses, la question des captages, qui doit tout primer dans les questions d’hydrologie thermale, fut savamment étudiée par les Romains, et leurs travaux furent exécutés avec les procédés seulement connus à cette époque, mais d’un façon encore insurpassée. Les travaux romains, en Gaule, s'étendent, pour nos stations thermales, de l’an 123 avant J.-C. à l’an 450 après J.-C.
Durant cette période de plus de cinq siècles, 1l ne faut pas croire que des modifications n’existèrent pas dans la façon de procéder, dans les bétons et les matériaux employés. De même ils surent donner, pour l’utilisation de l’eau miné-
rale, une diversité d’emploi correspondant aux besoins des malades.
Par une étude de ces questions d’hydrologie romaine, on arrive à pouvoir indiquer approximativement l’âge des constructions d’après la composition du béton et la nature de leurs travaux. Conduits le plus souvent par les Druides de la Gaule auprès des sources qui servaient à fournir, par les bienfaits qu’on en retirait déjà, un pouvoir encore plus grand à ces prêtres païens, les Romains purent donc très facilement faire les travaux nécessaires pour le captage des sources thermominérales et éviter, autant que possible, leur pollution par les eaux environnantes.
Les Romains arrivant dans la terre gauloise, bénéficièrent la plupart du temps d’un sol vierge et non bouleversé autour des sources. Ce fut un avantage immense, que n’eurent pas, dans la suite, ceux qui furent chargés de retrouver les griffons thermaux, enfouis ‘sous les décombres et les ruines des siècles de vandalisme et d’invasions. »
Je posai alors au docteur Charmont cette question: Pouvezvous m'indiquer, par deux ou trois exemples, les procédés employés par les Romains pour lutter contre les difficultés de captage et les systèmes employés par eux?
M. le docteur Charmont me fit alors l'exposé que voici: « Cette question, des plus importantes et des plus intéressantes, nécessiterait de longues dissertations, illustrées d’une série de plans, de coupes et de dessins, qui constitueraient la valeur de plusieurs volumes. Mais, pour tâcher de-faire sai-
sir en quelques mots comment les Romains ont su tirer parti
des difficultés qui se présentaient à eux, je vais essayer, en me servant de quelques exemples pris dans trois stations, différentes comme situation géologique, et très dissemblables comme jaillissements thermaux, de vous indiquer comment les Romains ont pu venir à bout des difficultés terrestres et hydrologiques.
Je vais donc vous parler de trois stations que j'ai étudiées, je puis le dire, presque à fond: Aïx-en-Provence, Evauxles-Bains (Creuse) et Plombières (Vosges). Cette dernière étant, sans contredit, celle où les Romains sont arrivés au summum de leurs travaux de conservation des sources thermales.
Aix-en-Provence. — Il faut remonter à l’an 123 avant J.-C. Cette ville d'eaux, la plus ancienne de la Gaule, fut créée par Sextius, d'où son nom aqgueæ sextiæe. Le proconsul Sextius, appelé par les Phocéens de Marseille, défit à Aïx les Saliens et construisit les premiers Thermes.
Les Romains s'étaient aperçus, en déblayant les failles thermales (mais laissez-moi vous dire qu’ils ne les ont pas toutes connues), que l’eau s'échappait dans des pointes de grès en transperçant les couches marneuses. Tout à l’entour de ces fissures de grès, de ces pointes rocheuses, qui s’étendent sous la marne superficielle, les Romains avaient répandu des bancs successifs de béton d’une profondeur de quatre à cinq mètres et de deux à trois mètres de largeur. Ce procédé . avait pour but, sans aucun doute, d'éviter les déperditions dans les marnes diluées par l’arrivée des eaux thermales et de faire refluer celles-ci vers les différents points de captage qu’ils avaient choisis.
Dans une partie des captages, j'ai pu heureusement étudier
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et admirer, avant sa destruction totale, en 1922, les travaux gigantesques que les Romains avaient édifiés en pleine marne, pour empêcher tout glissement de terrain. Ils avaient déposé une série de dalles, d’un poids énorme, encastrées les unes dans les autres et qui, placées en plan incliné, par leur pesanteur de plusieurs tonnes et arc-boutées contre un massif de béton perpendiculaire, formaient une résistance complète à toute action des terrains mouvants ou infiltrés d’eau thermale. C'est ce merveilleux barrage, avec un autre en béton romain très épais, séparant l’arrivée de deux failles thermales, qui fut jeté aux remblais.
En effet, en 1921-1922, d'importants travaux furent exécutés à Aix, mais malheureusement les vestiges des captages romains furent anéantis, pour l'édification d’un vulgaire établissement de bains.
Il existe encore à Sextius deux autres captages romains que j'ai identifiés et que j'ai laissé ignorer, pour éviter leur destruction, mais dont j'ai pu récupérer l’eau thermale par des procédés de forages sur fissure, seul procédé scientifique à adopter à l’heure actuelle.
À Aix-en-Provence, les eaux qui actuellement n’ont, depuis plusieurs siècles que 34°, étaient, du temps des Romains. beaucoup plus chaudes. J'ai lu dans Strabon que, vers l’an 21 après J.-C. les eaux de cette ville avaient subitement changé de température. Les Romains y traitèrent des maladies vénériennes et, de nos jours encore, l’action des eaux d'Aix dans les affections gonococciennes est très importante. Solin écrivait: La vive chaleur des eaux de ce lieu s’est affaiblie et n'est plus digne de son ancienne renommée. Les Romains ne purent connaitre les causes de ce refroidissement, qu'ils
croyaient superficiel, car autour de l’une des failles, ils avaient
rt.