ENS
côtés de la vallée, après avoir nivelé le terrain, d’une puissante couche de béton, fait de chaux, de cailloux brisés et de fragments de tuiles.
Dans cette masse solide, ils ménagèrent des puits dans les rirties où jaillissaient le plus fortement les sources chaudes. Ce bétonnage général avait aussi pour action d’y faire refluer tous les suintements thermaux. Pour obtenir l’ascension de l’eau minérale, ils surmontèrent ensuite les puits de cheminées faites de tubes de pierres cimentées.
Mais là ne s’arrêtèrent pas leurs précautions. Les Romains fermèrent en haut et en bas la vallée, transversalement, par un mur en pierres de taille et en béton de 3 mètres d'épaisseur, descendant jusqu’au granit thermal. Puis, pour éviter la pollution et l’arrivée des eaux froides des pentes de la montagne, de chaque côté de la vallée, deux grands égouts collecteurs des eaux froides furent construits; pour les rejeter plus loin, dans la rivière Eaugronne.
Durant plusieurs siècles, ils transformèrent et agrandirent les Thermes de Plombières, qui comprenaient une immense piscine, formant un parallélogramme de 100 mètres de long sur 12 mètres de large, pavée de grandes dalles, et qui pouvait contenir environ 500 baigneurs. Cette piscine existe encore dans les sous-sols romains de Plombières et pourrait être remise en service par des travaux de minime importance. L'eau y arrivait par un système de canalisation spéciale et, en 1702, on en trouva la bonde de dégagement avec robinet de bronze.
Plus tard, ils créèrent leurs merveilleuses étuves, aux actions thérapeutiques intenses et étonnantes, dont une sub-
-siste actuellement et a été remise en service. Mais, dans les siècles de barbarie et d’invasions qui sui-
virent la domination romaine, ces chefs-d’œuvre furent en partie détruits et restèrent sous les décombres, dont on ne les a pas entièrement dépouillés. Même dans une de ses parties, la rivière si bien canalisée par les Romains, a pris un autre lit. Une des plus grandes destructions qui entraînèrent de graves dangers et des pertes thermales considérables, fut l’œuvre d’un ingénieur qui, de 1852 à 1856, pour retrouver les jaillissements romains, éventra les égouts et les laissa béants, ainsi que les captages romains, en solide béton, sans se rendre compte des désastres qu’il commettait. »
Mais cet ingénieur a-t-il prévu ou a-t-1l fait des travaux pour éviter des contaminations et des mélanges d'eaux?
« Nullement, il ne s'arrêta qu'une fois entré dans les étuves romaines, où il n’osa pas pousser plus loin sa destruction.
Cependant, tout à côté, il laissa construire une maison sur une partie des étuves romaines, ignorant qu’en ce point se trouve la clef hydrologique d’une partie des failles thermales de Plombières. Je pourrais vous citer d’autres étuves, d’autres chambres balnéaires, sous l'Hôtel. Deschaseaux, sous les arcades, sous la route du Val d’Ajol, etc. Mais malheureusement, pour reprendre ces sous-sols de Plombières, il faudrait démolir une partie des habitations actuelles et dépenser des milliards.
Aussi, devant la nécessité de récupérer une partie des eaux minérales perdues, a-t-on employé un autre procédé scientifique, qui a permis, comme la preuve vient d’en être faite ces jours derniers, de retrouver quelques failles productrices
thermales. »
Nous demandâmes alors au docteur Charmont: Comment
on peut retrouver les eaux thermales perdues? À ceci il répondit :
« Cette question intéresse au plus haut point toutes les stations thermales françaises. Sans m’étendre longuement sur cette question, vitale pour beaucoup de stations, je puis vous résumer ce que j'ai fait à Aix et surtout ce que j'ai préconisé à Plombières, aidé des connaissances hydrologiques de mon ami Mager et des appareils de radio-tellurie de mon ami Duvermy.
Nous avons, dans ces deux stations, recherché les failles thermales, Mager, selon sa théorie des vibrations lumineuses des corps, Duverny et moi par les vibrations similaires aux ondes de la télégraphie sans fil, qui s’échappent de tous les corps en continuelle évolution. Toutes ces expériences furent concluantes. Une fissure thermale énorme, sous la Maison Résal-Cornuet, existe à Plombières et fait monter, de plus de 1.000 mètres de profondeur, une colonne d’eau hyperthermale à très grande radio-activité. Ne pouvant l’attaquer par forage direct, à cause de la présence des maisons, nous avons recherché quelques branches importantes, inconnues des Romains, en dehors des bétonnages et accessibles directement dans les rues. Les premiers travaux furent commencés cet hiver et, à la profondeur indiquée, on trouva à 11 mètres une première fissure en plein granit primitif, qui donna aus-
sitôt un écoulement d’eau hyperthermale à 63°, avec un déga-
gement intense de gaz à émanation du radium, ce que nous
avions prévu aussi. Les forages se continuent et j'espère bien, à 22 mètres, atteindre une nouvelle zone de pertes thermales à température de 80° environ et à débit très important, Malheureusement, certains immeubles empêchent de.conduire les travaux de la façon la meïlleure. Toutefois, en attaquant
QE
successivement, par forage, plusieurs fissures perdues, on.
arrivera à obtenir une eau minérale extrêmement pure avec
tous ses éléments minéralisateurs, et avec un débit d’au moins
un million de litres par jour.
Une grande évolution se fait. Ce n’est que par la science des vibrations et par la radio-tellurie que l’on peut arriver à découvrir les failles thermales souterraines et à les amener au jour par forage, comme je l’ai prouvé à Aix-en-Provence, il y a deux ans, et à Plombières ces temps derniers.
En tout cas, et pour me résumer, il est nécessaire que les lois désuètes qui s'appliquent aux stations thermales soient transformées, et que les Facultés de médecine et les Sociétés d’hydrologie qui s’y rattachent puissent donner des directives utiles au relèvement et à la prospérité de nos stations.
C'est donc une gloire, pour l’Université de Nancy, d’avoir, une des premières, avec la Faculté de médecine de Bordeaux, compris l’importance de l'appui éclairé qu’elle doit accorder au corps médical, si laborieux, de nos stations hydrominérales, et ces Maîtres éminents de votre Faculté, qui se sont dévoués pour le développement de notre richesse thermale, doivent recevoir l’assurance de notre profonde rconnaissance, car ayant été à la lutte, ils doivent être aussi à l’honneur. »