DÉFINITION ET PRINCIPE DES CAPTAGES
Capter une source thermo-minérale, consiste à l’isoler des infiltrations d’eaux superficielles et à assurer son maximum de débit, de température et de minéralisation.
Cette définition nous explique le principe des captages, qui a pour but de dégager et d’isoler la source, pour garder à l'eau minérale ses qualités natives.
Ce principe variera dans ses applications avec la nature des terrains qui déterminent l'émergence et avec le mode d'arrivée de l’eau à la surface. Une étude géologique de la région s'impose donc avant tout. On s’assurera si la source émerge par un ou plusieurs griffons disséminés; dans ce dernier cas, il y a perte d’eau et de température. On obligera la source, par des procédés qui seront décrits plus loin, à sourdre par les seuls points choisis d'avance : on établira ainsi son niveau de captage. Ce niveau sera déterminé avec le plus grand soin, d’une part pour ne pas capter trop haut et créer de la sorte sur la source une surchage qui nuirait au débit, et d'autre part, pour ne pas capter trop bas, ce qui aurait l'inconvénient de modifier la minéralisation en attirant les
eaux froides. Nous verrons que, dans certains cas, cependant,
on recherche le contact des eaux de surface dans le but de
varier les effets thérapeutiques des eaux minérales (cas différent de celui qui sera envisagé plus loin quand nous parlerons des pressions hydrostatiques réciproques). Mais il convient auparavant de s'assurer de la pureté des eaux superficielles pour éviter une contamination.
Lorsque la fissure hydrothermale est superficielle, on dégagera l'émergence et on n’aura qu'à établir une cuvette étanche pour recueillir l’eau minérale.
Dans le cas où le griffon est profond, on atteindra la roche en place par un système de puits ou de galeries, et on isolera le point d'émergence par une enceinte en ciment. (De Launay compare ce travail à l'exploitation d’une mine, avec, en plus, les difficultés de travailler dans un aïr surchauffé, et souvent en présence de gaz délétères.)
Le principe des captages est simple à appliquer dans les deux cas que nous venons de signaler, mais la difficulté augmente quand il n’est pas possible d'atteindre le griffon et de l’isoler convenablement, quand on se trouve en terrains d’alluvions. Le procédé à employer dans ce cas consiste à faire vemr à soi ce minerai de nature spéciale, en établissant sur l'endroit choisi une zone de moindre pression, une simple excavation par exemple. D’autres fois, en même temps qu’on établira cet appel d’eaux, on placera autour du griffon une lourde masse de béton, comme l’ont fait les Romains.
En 1838, l'ingénieur des mines François à réalisé une application savante de ce principe, en choisissant comme moyen de pression une charge d’eau voisine. C’est le principe des pressions hydrostatiques réciproques, que l’on peut énumérer ainsi: quand les pressions réciproques de deux nappes d’eau, chaude et froide, sont bien calculées, elles ne se mélan-
ACURS
gent pas. L'ingéniosité de ce procédé permet de capter une eau chaude et minérale, au milieu d’une masse d’eau froide et douce, sans qu’il y ait changement de minéralisation, ni échange de température. La preuve peut être fournie en teintant l’eau douce par la fluorescéine : on ne décélera dans l’eau thermale aucune irace de ce colorant. Ce système, qui sera employé dans certains cas à défaut de tout autre, exigera, pour être efficace, une application très rigoureuse, si l’on ne veut pas aboutir à un résultat fâcheux par le passage d’eau
travers le griffon. Pour ce faire, on veillera avec le plus
à . grand soin, en se basant sur les variations de leur température,
à faire varier la pression de manière à obtenir le maximum de thermalité de l’eau minérale. Bien réglée, cette méthode permet de recueillir la plus grande quantité d’eau et avec sa plus forte température, ce qui est très appréciable, surtout pour des stations thermales où le débit des sources est minime.
Parfois, malgré l'isolement établi pour assurer la marche terminale des eaux et la recherche de tous les filets égarés, le régime de la source étant encore insuffisant, on sera obligé d'adapter une pompe foulante au-dessus du griffon. Mais ce système exige une grande prudence, pour ne pas attirer en même temps les eaux superficielles et nuire à la minéralisation. |
Enfin, les sondages que l’on pratique couramment aujourd’hui sont une application du principe déjà énoncé de l’établissement d’un point de moindre pression. Ils constituent un appel d’eau par un orifice pratiqué à travers les différentes couches du sol jusqu’à la nappe thermale qui, tenue sous pression par ses gaz, jaillit alors spontanément. C’est le principe des puits aftésiens, généralement assimilé au mécanisme des vases communicants. Ce procédé, qui utilise la mobilité
spéciale de l’eau, en allant la chercher par une canalisation verticale dans son gîte souterrain et en l’attirant au dehors, permet de l’obtenir avec une pureté, une température et un débit plus considérables, en supprimant les frottements et en lui évitant un circuit plus long dans les sinuosités de la fracture.
En même temps que l’eau, le captage doit recueillir les gaz qu'elle contient. Ces derniers constituent un élément trop précieux pour le laisser perdre, puisque l’action bienfaisante des eaux minérales leur est souvent due.
Tout captage doit éviter le dépôt, dans les canaux d’amenée surtout, des carbonates de chaux; car ceux-ci durcissent et, à la longue, peuvent modifier les propriétés des eaux, et de plus, en obstruant l’orifice de sortie, ils diminuent le débit et même font perdre la source, d’où nécessité de curer l’émergence de temps en temps.
Pour conserver à l’eau thermale toutes ses qualités natives, il est donc nécessaire d'adapter à chaque cas particulier un principe différent, en tenant compte des circonstances et des lieux où l’on doit entreprendre les travaux.
Il s'ensuit que la recherche, le captage ét l'aménagement d’une source thermo-minérale, constituent des opérations délicates, car par une manœuvre intempestive on risque de modifier la constitution de l’eau, de provoquer des déplacements de griffons, voire même de perdre la source.