HISTORIQUE
$ I. Notions générales.
Dans les temps les plus reculés, les sources thermo-minérales étaient connues et appréciées.
Hérodote fait mention d’une fontaine qui rendait aux vieillards leur vigueur primitive. Pausanias, Pline, Properce parlent des eaux minérales. Deux mille ans avant l’arrivée des Romains en Afrique, les Carthaginois et les Africains utilisaient les eaux minérales qu'ils avaient recueillies dans des constructions colossales pour le service des bains. Près de Zaghouan (Tunisie), dans une gorge accidentée, émerge entre des rochers à pic, une source chaude. Les Africains ont élevé là un barrage en maçonnerie pour conduire l’eau dans un vaste bassin, construit avec d'énormes blocs de marbre. A Aquae Tacapitaneae (aujourd’hui El-Hamma), plusieurs sources fraîches et quatre sources chaudes (34 à 45°) se déversaient dans de superbes réservoirs en pierre de taille, en partie détruits par le temps. Dans le désert, à deux lieues de Tozeur (Tunisie), une belle source sulfureuse coulait dans de magnifiques bassins, de la plus haute antiquité, dont l’un est encore intact.
L'art de capter les sources est un art très ancien. C’est, en
effet, un besoin naturel qui, de tout temps, a poussé l’homme à rechercher l’eau. Les Gaulois, cependant, ignorant l'utilité des sources chaudes, les ont négligées, et à part quelques puits dont nous trouvons encore des restes, on peut dire qu’ils s’en sont désintéressés.
Les Romains, par contre, vers l’époque de la décadence de: la République et sous les Césars, ont approprié à leurs usages. dans les Gaules notamment, les eaux minérales avec un art qui nous étonne et avec un confort inconnu dans ces contrées avant leur arrivée. Partout où ils trouvaient une source minérale, ils l'ont captée en appliquant un système différent suivant le cas particulier, et ils y ont élevé des thermes pour leurs ablutions quotidiennes.
Manquant de moyens d’épuisement, ils n’ont capté que les sources à émergence naturelle et celles dont ils pouvaient faciliter l'évacuation dans les terrains meubles. Mais ils possédaient les principes que nous appliquons encore aujourd’hui : établir l'écoulement le plus bas possible pour augmenter le débit utilisable. Ils ont pour cela construit des galeries souterraines, munies de conduites en plomb ou en ciment. Les Romains, sans conteste, ont capté les sources en véritables artistes, leurs travaux sont des modèles du genre.
À cette période de l’occupation romaine, succédèrent plusieurs siècles de brabarie. La plupart des travaux de captage furent démolis, quantité de sources furent perdues, ensevelies sous les décombres; peu d’entre elles furent épargnéés par les hordes de Germanie.
Au moyen-âge, de nouveaux travaux furent entrepris pour les retrouver et recueillir celles qui apparaissaient spoñtanément un peu partout. Les moines furent souvent les premiers à diriger le mouvement. À Luxeuil, le moine Colomban diri-
gea une abbaye qui prit les sources sous sa protection, les fit déblayer et distribua l’eau aux malades. À Vichy, l’abbaye des Célestins exploita une source thermale.
En 1592, à Niederbronn, le comte Philippe de Hanau, seigneur du lieu, fit curer les bassins plus ou moins ensevelis sous les ruines. On épuisa l’eau et la vase, et on trouva dans le fond des bassins plus de trois cents pièces de monnaies romaines, jadis offertes à la divinité tutélaire des sources.
Mais c’est surtout à partir de 1838 que les travaux de captage et d'aménagement des sources prennent un réel développement. Jusqu’alors, en effet, les besoins n'avaient pas encore atteint les limites du débit dont on disposait. Quatre causes surtout ont contribué à étendre les travaux de ce genre. Ce sont: 1° la facilité des communications ; 2° la plus grande préoccupation du corps médical pour le traitement hydro-minéral; 3° les recherches remarquables de la chimie sur la composition et la conservation des eaux; 4° les connaissances plus étendues sur la constitution géologique du sol et sur l’hydrologie souterraine. La géologie a pris, dans l’études des eaux minérales, une telle importance, que nous traiterons cette question dans un chapitre spécial.
Sous le second Empire, Napoléon III et l’Impératrice Joséphine font des séjours fréquents dans plusieurs stations thermales : Plombières, Vichy. y font exécuter des travaux de captage et d'aménagement des sources et des travaux d’embellilssement qui donnent à ces villes un essor nouveau.
A la même époque, l'ingénieur des mines François, chargé du captage des sources de l'Etat, fut frappé de voir que les sources thermales, séparées de l’Ariège par une étroite couche l’alluvions envahies par les infiltrations froides pendant les crues d’hiver, conservaient néanmoins leur température sans