‹ Contribution à l'étude du carcinôme de la parotideChapitre 15 sur 28 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

Il ne suffit pas de diagnostiquer le mal, il faut y porter le remède, et pour cela on peut -recourir à deux espèces de moyens : les uns, chirurgicaux, ont pour but l’extirpation de la tumeur ; les autres, médicaux, ne visent qu’à adoucir les souffrances parfois atroces du malade.

Si Ton s’en rapportait au titre des observations, nombre de squirrhes parotidiens auraient été guéris par l'extirpation, puisque cette opération est presque toujours suivie de succès; nous savons déjà à quoi nous en tenir sur ce sujet.

Reste à savoir ce qu’il faut penser de l’opération dans les cas bien avérés de carcinome parotidien; quelques citations édifieront le lecteur sur ce sujet.

« Enlever partiellement une tumeur squirrheuse, dit Boyer avec son grand sens chirurgical, c’est ajouter sans nulle utilité une opération douloureuse à une maladie très grave, c’est accélérer les progrès du mal et en augmenter l’intensité. »

M. le professeur Richet après avoir pesé longuement les divers arguments en faveur de l’extirpation, en con-

dut que « tant qu’on n’aura pas indiqué d’une manière positive les signes qui, pendant la vie, prouvent que la maladie n’a pas envoyé de prolongements profonds, dans le doute, il vaut mieux s’abstenir; l’extirpation de la parotide atteinte en totalité de dégénérescence cancéreuse est une opération généralement impraticable ».

I/extirpation de ces tumeurs, pour M. Tillaux, étant inutile lorsqu’elle est incomplète, à peu près fatalement mortelle lorsqu’elle est totale, cet auteur est d’avis qu’on ne doit pas la tenter... « car une chose plus mauvaise encore, dit-il, que de laisser mourir son malade, c’est de le tuer ».

L’abstention absolue, telle est encore la règle de M. le professeur Gosselin, de M. Simon Duplay.

« L’extirpation de la parotide, disait dans sa clinique le professeur Trélat, estime opération forcément incomplète dans ces cas de cancer avéré, c’est une opération redoutable, dangereuse pendant son exécution, dangereuse encore après; la règle doit être T abstention chirurgicale. »

Le plus souvent, en effet, l’opération est absolument imposssible, si elle l’est quelquefois, comme semble le démontrer rénucléation facile que nous avons pu opérer sur le cadavre de notre observation I, on n’oubliera pas que même dans ces cas le muscle temporal et la partie supérieure du sterno-cleido-mastoïdien étaient envahis par un semis de granulations cancéreuses et que par conséquent l’opération eût été tout à fait incomplète.

Ainsi se trouve vérifié et confirmé cet ancien aphorisme du Père de la médecine :

<( Oxosoist. xpiorrot xapxivoi yivovxai, ;xy) SspaTTcUSiv fkXuov* 8spa-

•TCSU0U.SV01 y xo y.TioXk'Jvxy.1 Tayéuoç, a,^ OîpxTtc’Joasvoi 8è Tzoukbv yppv8v 8ia~E),éouciv. »

« Il vaut mieux ne faire aucun traitement aux personnes atteintes de cancers cachés; car si on les traite, elles meurent rapidement; si on ne les traite pas, leur vie se prolonge. (IItppoc., par Littré, Aph. 38, 6e Son.)

La règle est formelle, nous venons de le voir; elle s'applique aux deux variétés, surtout au squirrhe; dans quelques cas très rares, elle me semble pouvoir subir des exceptions. Ainsi, au début d'une tumeur maligne dont la nature est mal établie, qui occasionne des douleurs atroces pour lesquelles le sujet réclame l’intervention chirurgicale, on pourra avoir la main forcée; on se souviendra toujours, pour en prévenir la famille, de la possibilité de récidive rapide sur place, ou de généralisation à distance.

Faut-il donc se croiser les bras, et assister sans rien

faire au développement de la tumeur? Evidemment non ; ici plus que jamais le médecin doit prodiguer toutes les consolations de son art pour soutenir le moral de son malade, il ne doit pas se laisser abattre par les progrès de l'affection et les souffrances, atroces parfois, du malheureux qu'il doit soigner.

L'est dans ce cas qu’on usera des emplâtres calmants et surtout des injections de morphine. Celles-ci ne doivent pas être ménagées, il faut à tout prix soulager le malheureux patient, la morpbinisation doit être poussée jusqu’à provocation de l’hébétude; on est étonné des quantités de chlorhydrate de morphine auxquelles l’organisme peut s’accoutumer graduellement. Le traitement médical est donc un devoir impérieux que le méde-

cin saura remplir dans toutes ses exigences, mettant en pratique le conseil laissé par notre vieil Ambroise Paré, dans ses canons et règles chirurgicales :

L’office du bon médecin Est de guarir Ja maladie;

Que s’il n’arrive à cette fin Au moins faut-il qu’il la pallie.

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