L SYMPTÔMES FONCTIONNELS
Je commencerai par 1 etude des désordres fonctionnels, non qu’ils précèdent la tumeur, mais parce qu’ils sont en
1° Paralysie faciale. — Un des premiers symptômes, un des plus constants et des plus importants, est sans con-
tredit la paralysie faciale. — Elle se présente presque toujours avec les caractères suivants:
« L’hémiplégie faciale, dit le professeur S. Duplay dans une de ses cliniques ( Procjr . méd. juin 1877), peut ne porter que sur les muscles innervés par la branche cervico-faciale du nerf facial, et elle se traduit par la paralysie du buccinateur et de l’orbiculaire des lèvres; le malade ne peut ni souffler, ni siffler, et, dès qu’il essaye de rire, sa commissure labiale paralysée est attirée du côté sain ; d'autres fois elle atteint également la branche temporo-faeiale, le muscle orbiculaire des paupières étant alors paralysé, la paupière supérieure est relevée par la conservation du releveur de la paupière ; la paupière inférieure, au contraire, est tombante, l’œil à découvert, larmoyant, la conjonctive plus ou moins injectée, ces troubles pouvant aller jusqu’à altérer la vision dans une certaine mesure. La paralysie est, bien entendu, unilatérale et du meme côté que la tumeur.
Cette hémiplégie faciale est indiquée partout comme un des bons signes de l’affection, elle est apparue très rapidement dans les squirrhes que nous avons observés, puisqu’elle existait avant même que les malades se fussent aperçus de leur tumeur parotidienne; dans les deux cas elle était complète.
S'il s’agit d’un encéphaloïde au début, la lésion est quelquefois plus superficielle, plus limitée, elle peut ne pas s’accompagner- immédiatement de paralysie faciale, mais celle-ci surviendra toujours à une époque plus ou moins éloignée et au plus tard dans les 4 ou 6 premiers mois; dans des cas de ce genre, on comprend facilement que la paralysie puisse rester limitée à l’une des bran-
ches terminales du nerf, ordinairement l’inférieure.
Je ferai remarquer, à l’appui déco que j’ai ditdes observations de Bérard, que la paralysie faciale n’est donnée
comme signe de la tumeur que dans un très petit nombre de ces 52 observations.
On est moins bien fixé surlapathogénie de ce symptôme, mais, quand elle survient rapidement, il y a certainement envahissement et non compression du nerf; quelques auteurs l’ont trouvé intact dans leurs extirpations, et M. Verneuil a pu, en morcelant la tumeur, conserver le nerf facial qui la croisait tranversalement (Comm. orale); il est probable que, dans la plupart de ces cas, on n avait pas affaire à de véritables cancers.
2° Douleurs . — Après la paralysie faciale, on a signalé des douleurs vives, irradiées dans la partie inférieure de la face, la région mastoïdienne, la nuque, et surtout dans le cou, irradiations bien faciles à comprendre après ce que nous savons des prolongements de la tumeur, et de leurs rapports avec le plexus cervical superficiel.
Dans le squirrhe , du moins dans les observations dont nous avons eu connaissance, les douleurs ne sont pas très vives, surtout dans les premières années ; quelquefois »«*"»■ P~,uc compl6lam.nl, „ „ J„ Z remplacées par des picotements ou des fourmillements de la région, troubles nerveux qui pourraient peut-être également être rapportés aux troubles de calorification de la peau sur lesquels nous allons avoir à revenir.
Dans 1 ’encéphaloide au contraire, les douleurs sont généralement vives, précoces, parfois extrêmement intenses ou même atroces au point de provoquer une insomnie continuelle, de nécessiter des doses énormes d’injections
morphiniques (clinique de M. Trélat), et meme, dans quelques cas exceptionnels, l’indication d’une intervention chirurgicale dont on s’abstiendrait en toute autre circonstance.
Manquant au début dans les tumeurs mixtes ou complexes , on les voit survenir au moment de la transformation maligne de ces tumeurs dont elles constituent un des meilleurs indices; elles sont en général plus vives au moment des poussées d'augmentation que l’on a notées dans l’histoire des tumeurs complexes ou des encéphaloïdcs de la parotide. Elles sont aussi, pour le dire en passant, rares et peu marquées dans l’épi thélioma (Duplay).
La sensibilité cutanée de la face est conservée, qu'il s’agisse d'un squirrhe ou d’un encéphaloïde, c’est là un caractère négatif constant, sans grande importance d’ailleurs, puisque les points d'émergence des branches de la cinquième paire crânienne sont fort éloignés des propagations des cancers parotidiens.
3° L'état de la fonction auditive est également fort intéressant à étudier : « Il est fréquent, dit M. Duplay (dans la clinique à laquelle nous avons fait allusion plus haut), de voir les tumeurs malignes de la parotide se compliquer d’écoulements muco-purulents de l’oreille et produire, par effacement du conduit auditif externe, divers troubles de l’ouïe caractérisés par des bruits anormaux ou une diminution dans l’acuité de ce sens. »
C'est qu’en effet on voit dans le squirrhe l’induration et le gonflement s’étendre non seulement au pavillon de l’oreille qui semble se recroqueviller vers l’orifice du conduit auditif, mais encore à toute la cavité de l'oreille
externe dont elle épaissit les tissus au point de rendre parfois l’exploration au spéculum presque impossible, comme cela avait lieu chez un de nos malades.
Le suintement observé dans certaines formes d 'encéphaloïde, les écoulements sanieux de l’ulcération de ces tumeurs, nous expliquent pourquoi c’est plutôt dans ces formes que l’on observe les écoulements séro-purulents.
A côté des troubles de l’ouïe et parce qu'ils sont surtout marques au pavillon de l’oreille, se placent les troubles de calorification .
Les squirrhes et surtout les squirrhes diffus ou en plaques s accompagnent souvent d’une vive rougeur de toute la peau voisine (obs. II). Cette rougeur peut sans doute être liée à la nature même de l’induration, mais exceptionnellement le grand sympathique peut être irrité, et on pourrait trouver dans cette lésion l’explication des fourmillements, picotements ou sensations de chaleur indiqués par le malade.
Dans quel état se trouve la fonction salivaire de ce côté? C’est ce que j’ai cherché en vain à savoir et à reconnaître chez mes malades; les auteurs ne m’ont du reste
fourni aucun renseignement sur ce point.
4° Troubles fonctionnels de compression. — Enfin lorsque les tumeuis atteignent un certain volume ou une certaine étendue, elles amènent de la gêne fonctionnelle de la mastication, de la parole, outre celle qui est le fait de l’hémiplégie faciale, et même de la difficulté dans la déglutition ou la respiration.
Dans le squirrhe atrophique ou diffus cette gêne porte surtout sur le maxillaire inférieur, elle s’explique suffisamment par l’induration et la rétraction de la peau, la
consistance ligneuse de la parotide, l’enclavement et la fixité de la tumeur dans l’échancrure parotidienne.
Les prolongements de Y encéphaloïde peuvent s’étendre plus loin, surtout lorsque la tumeur est devenue très volumineuse, et on peut observer des troubles de la déglutition dus au voisinage du pharynx, des troubles de la respiration liés sans doute à l’engorgement ganglionnaire cervical.
Une autre gêne qui n’est guère signalée et sur laquelle nous croyons utile d’attirer l’attention, c’est la gêne clcs mouvements du cou, sorte de torticolis spécial au squirrhe , dû tout à la fois à l’immobilisation, à l’adhérence et à
l'induration du sterno-mastoïdien transformé en véritable plaque inextensible, ainsi qu’au volume et à l’engorgement ganglionnaire qui constitue également une véritable corde noueuse et inextensible, étendue du creux parotidien au creux sus-claviculaire. Ce torticolis peut produire naturellement des attitudes un peu variées de flexion latérale ou de torsion; c’est toujours une déformation sensible qui appelle l'attention et qui ne doit jamais être plus marquée qu'elle ne l'était dans l’observation de squirrhe diffus que nous rapportons plus loin; il y a là analogie complète avec l'immobilisation de la poitrine dans le cancer en cuirasse du sein.
Cette gêne fonctionnelle du cou pourra dans d’autres cas, comme dans certains encéphaloïdes volumineux, être due bien plutôt au volume de la tumeur déterminant alors des déformations considérables de la région, fort visibles par la partie latérale ou postérieure.
Tels sont les principaux désordres fonctionnels; ils sont importants sans doute, mais non pathognomoni-
ques, les caractères de la tumeur et sa marche sont absolument nécessaires à la fixation du diagnostic.