DÉFORMATIONS PHYSIQUES
Tumeui , ses caractères. — La tumGur squirrheuse do ia parotide s’est présentée à nous sous deux types différents, offrant avec les tumeurs analogues du sein une analogie absolue qui était certainement un de leurs caractères les plus remarquables.
Nous avons déjà signalé ccs relations, les auteurs du Compendium les avaient mentionnées longtemps avant nous pour les tumeurs bénignes.
Les deux types do squirrhe parotidien que nous avons rencontrés sont :
1 Le squirrhe atrophique de la glande ;
2“ Le squirrhe en plaques ou diffus do la région parotidienne.
Dans le squirrhe atrophique, le caractère dominant est une rétraction, un ralatinement , dit Billroth, plus ou moins rapide, portant d’abord sur la glande, envahissant ensuite les parties voisines qu’elle laboure de rainures ou rigoles qui s’en éloignent en manière de rayons circonscrivant des séries également radiées do bosselures qui vont en se dégradant à mesure qu’on s’éloigne de la glande. La tumeur, généralement assez mal limitée, tantôt aplatie, tantôt bosselée, peutprésenter à son centre une dépression plus ou moins large qui peut aller jusqu’à 1 excoriation et même l’ulcération comme dans notre observation I. — On dirait que les cloisons fibreuses de la glande veulent étouffer les éléments glandulaires
qu’elles séparent normalement, et ce ratalinemont, qui est pour Billroth un des premiers faits anatomiques du cancer, n'est jamais plus marqué que dans le squirrho atrophique.
Dans le squirrhe en plaques ou diffus , la tumeur, soit qu'elle ait débuté dans la peau, soit que, siégeant primitivement dans la glande, elle n’ait envahi le derme que secondairement, « la tumeur est constituée par des téguments durs au toucher, rugueux, coriaces, épaissis, d'une einte rouge très marquée chez notre malade; il semble, comme le dit si bien Velpeau, à propos du squirrhe en cuirasse du sein, que les téguments aient été tannés , que ce soit une portion de cuir ferme, qui ait pris la place de la peau naturelle ». La masse indurée plus ou moins inégale, étendant en tous sens ses prolongements rameux mal délimités, se propage surtout vers la partie supérieure du cou et la région mastoïdienne, formant ainsi un collier de fer, une véritable minerve qui étreint les (issus, empêche tout mouvement et détermine un torticolis fort remarquable.
Qu'il s’agisse d’un squirrhe atrophique ou d'un squirrhe diffus, la lésion s’étend rapidement au pavillon de l’oreille qu’elle recroqueville vers la conque; elle pousse ses prolongements vers la région mastoïdienne et constitue ainsi avec les déformations décrites précédemment un ensemble fort varié dans ses aspects suivant qu'on l’examine de face ou de profil. Nous reviendrons encore sur le contras! e douloureux et la coexistence de la tumeur et de la paralysie faciale.
Un autre caractère important c’est Y immobilité de la tumeur , dès les premiers temps (Vidal), fixité, adhérence
superficielle aux téguments, dien, à la mâchoire inférieur
profonde, au creux parolier la partie supérieure du
cou.
Tumeur dure, bosselée, inégale, adhérente partout et surtout à la peau, se prolongeant peu en haut, s’étendant
au contraire davantage vers la joue dans la parotide accessoire et surtout vers l’oreille, la région mastoïdienne
et le cou . tels sont les caractères principaux de la tumeur squirrheuse parotidienne .
Combien est différent 1 aspect de Y encéphaloïde : « Lors¬
que, dit M. Duplay, le cancer encéphaloïde débute au centre de la glande il forme une petite masse assez molle^ paraissant quelquefois mobile au début. » Mais c’est là
une fausse mobilité due aux lobules glandulaires voisins demeurés intacts. « Dès que la tumeur a atteint le volume d un œuf, la loge parotidienne devient trop petite pour la contenir, l’aponévrose ne se distend pas, elle se détruit.
Le carcinome ayant rompu cette dernière barrière se développe alors sous la peau en un énorme champignon plus ou moins irrégulièrement bosselé; sa consistance rappelle celle des engorgements subinflammatoires ; loin d attiiei la peau à elle, la tumeur encéphaloïde la repousse au contraire et l’amincit, en même temps qu’elle lui donne un aspect luisant et poli; la bosselure la plus saillante devient de plus en plus rouge et violacée; la saillie de toute la région est bien plus considérable, bien difféi ente de 1 aspect du squirrhe, elle est encore accrue par un engorgement ganglionnaire qui peut prendre de grandes dimensions. Les bosselures ou tubercules présentent rarement la même consistance; les plus récents sont plus
durs, les plus anciens sont plus mous, enfin Y ulcération survient, bourgeonnante, sanieusc, sécrétant un iclior fétide dont l’odeur gène beaucoup le malade et ceux qui l’approchent; les bords de cet ulcère sont renversés en dehors, le fond est constitué par des bourgeons fongueux plus ou moins putréfiés et saignant facilement; à ce moment l’invasion ganglionnaire s’accroît beaucoup, les douleurs augmentent d’intensité, tout se réunit pour faire de l’encéphaloïde de la parotide une des plus horribles affections cancéreuses.
Nous avons vu que dans le squirrhe cette ulcération était plus rare, plus tardive, plus étroite, moins profonde, moins extensive.
De l’ulcération aux hémorrhagies , il n’y a qu’un pas, et ici encore notons des différences bien importantes entre le squirrhe et l’encéphaloïde.
Dans le premier les éléments vasculaires, comme les autres, sont comprimés avant d'ètre détruits, pas d'hémorrhagie; il n’en va pas ainsi de V encèphaloïde ; là l’élément vasculaire est toujours singulièrement développé, les parois des vaisseaux sont dégénérées, détruites, et par suite, de fréquentes hémorrhagies en nappe jusqu’à ce que, l'ulcération ayant atteint quelque gros vaisseau, il survienne une hémorrhagie foudroyante ou rapidement mortelle.
Ce caractère, d’ailleurs, n’est pas spécial au cancer, on le retrouve également dans le sarcome à marche rapide.
Les hémorrhagies et l’écoulement sanieux n’existant pas dans le squirrhe, la généralisation étant plus lento, plus tardive, on comprend que la cachexie ne survienne que très lentement tandis qu’elle est précoce dans son
apparition, rapide dans ses allures lorsqu’on a affaire à un carcinome.
Il nous reste encore à parler de Y engorgement ganglionnaire; lente dans le squirrhe, la lésion s’étend des ganglions paiotidiens aux ganglions du cou et aux ganglions sus-claviculaires; de plus, les divers ganglions intéressés foi ment une chaîne dure dont les renflements peuvent élre reliés par des lymphatiques plus ou moins volumineux dont les cordons indurés sont sensibles et quelquefois visibles à travers les téguments épaissis. — Ces cordons si marqués dans nos observations existaient aussi dans le cas de Moore (S. Duplay).
Bans 1 encéphaloide les ganglions forment une masse plus considérable bientôt confondue avec la tumeur dont ils augmentent le volume, et pouvant comme elle^ quoique
plus tardivement, se ramollir et même exceptionnellement s’ulcérer.
Je dois encore mentionner un signe de malignité donné pai le professeur Richet : Si par erreur on vient à piquer a\ cc le bistouri une tumeur bénigne, cette piqûre guérit tics facilement, s il s agit d une tumeur maligne l’ouvertuic s agrandit; la masse morbide fait fongus au dehors et 1 évolution est excessivement bâtée. Ce signe n’est pas
spécial au cancer, je 1 ai observé dans un cas de sarcome malin.
Nous en avons fini avec 1 énumération des symptômes, il nous îeste à voir comment marchent ces tumeurs, combien de temps elles durent, de quelle façon elles se ter¬
minent.
Ces jalons que nous avons posés nous permeltent cependant dès à présent, et sans prétention h vouloir par-
faire le diagnostic, d’établir que le carcinome parotidien a des caractères remarquables, tranchés, bien différents suivant qu’on a devant les yeux un squirrbe ou un encéphaloïde.
Enfin, si l’on veut bien nous le permettre, nous pousserions plus loin la distinction, nous décririons un squirrhe atrophique , cancer de la glande, un squirrhe en plaques ou diffus dont le point de départ n’est pas établi, mais que l’on peut toujours étudier comme affection de la région parotidienne.
En émettant cette conclusion basée sur un si petit nombre de faits, nous faisons appel aux observateurs futurs dans l’espoir que d’autres cas aussi précis, aussi nets viendront vérifier nos recherches et redresser ce qu'elles auraient pu présenter de fautif et d’incomplet.