USAGES THÉRAPEUTIQUES
Si l’on considère l’ensemble des observations relatives à l'emploi du chlorhydrate de cocaïne, on est tout d’abord fort embarrassé pour classer les faits et mettre un peu d’ordre dans ce chaos.
Cette confusion, inévitable toutes les fois qu’un agent thérapeutique nouveau est soumis au contrôle médical, doit aujourd’hui disparaître en ce qui concerne la cocaïne.
Les faits permettant de juger cet alcaloïde sont nombreux, et, si leur multiplicité rend l’histoire thérapeutique de ce médicament difficile à reconstituer, les conclusions qui en découlent sont, par contre, d’une remarquable clarté. Toutes ces observations démontrent, en effet, que la cocaïne est un analgésique local des muqueuses, et rien de plus.
« Aucune muqueuse accessible au toucher, dit Heymann (Deutsche med. Zeitung, nos 6 et 5, 1885), n’est réfractaire ; le degré de concentration de la solution varie d’un lieu à un autre pour obtenir l’analgésie au même degré. »
Cette phrase résume, selon moi, complétement l’action thérapeutique de la cocaïne; car l’action excito-motrice convulsivante que j’ai étudiée plus haut ne saurait rentrer dans le cadre des effets utiles de ce médicament, et, s’il est bon de connaître ces faits, ce n’est pas pour les rechercher, mais pour les éviter.
Envisagée sous cet aspect, l’étude thérapeutique de l’alcaloïde du coca perd toute obscurité. Dès lors la division la plus simple pour étudier cette question, c’est une division tout anatomique; il n’y a
se qu’à passer en revue les différents organes à revêtement muqueux et dresser la liste exacte des cas où la cocaïne a été employée sur chacune de ces parties. Ce travail serait très-intéressant au point de vue bibliographique, mais il m’éloignerait du but plus pratique que je poursuis. Il vaut mieux, je crois, passer rapidement sur les faits acquis à la science et insister au contraire sur ceux qui sont moins connus et plus controversés Je citerai d’abord quelques-unes des observations recueillies par moi à l'hôpital Saint-Éloi, et je réserverai pour la fin le résumé des
faits que je n’ai pu observer moi-même.