‹ Contribution A L'étude Du Chlorhydrate De Cocaine Au Point De Vue De Ses Actions Physiologiques Et ThérapeutiquesChapitre 24 sur 29 · X..., hystérique, est atteinte de vomissements incoercibles · texte numérisé non relu

X..., hystérique, est atteinte de vomissements incoercibles

22 juin. — Injection de 0,01 de cocaïne à 6 h. du soir, au niveau de l'épigastre. 8 minutes après environ, anesthésie de la région voisine de la piqûre, puis successivement des parties plus éloignées ; les raies faites avec une épingle sur la peau ne provoquent aucune douleur; la peau est traversée de part en part sans réaction douloureuse.

23. — La sensibilité est revenue l'après-midi; la malade se plaint des égratignures qu'on lui à faites, mais elle n’a pas vomi. Pas de phénomènes physiologiques.

24.— Injection à 7 h. du soir de la même quantité de cocaïne au niveau de

nd

rue

. l'ombilie, l'aiguille étant dirigée de droite à gauche. Au bout de 3 minutes,

l’anesthésie apparaît et s'étend progressivement: elle est limitée en bas par la partie moyenne des cuisses. Et, à ce propos, il est bon de remarquer que la malade à subi l’amputation de la jambe gauche au tiers supérieur et se sert d’une béquille; le moignon est complétement anesthésié. L'anesthésie se limite en haut par les clavicules. Latéralement, elle s'étend vers la partie postérieure et davantage du côté gauche, où elle a atteint presque la colonne vertébrale (on se rappelle:que l'injection a été faite de droite à gauche). Les organes génitaux sont aussi anesthésiés, et la malade ne sent pas le passage d’une sonde. Elle ne sent pas non plus la béquille avec laquelle elle a l'habitude de marcher, et dont la pression sous l’aisselle est habituellement douloureuse. Enfin le décubitus latéral gauche prolongé, que la présence du moignon de la cuisse et d'une irritation chronique tenant à la béquille rendaient impossible, est parfaitement supporté. Pas de vomissements. Cette fois l’anesthésie dure vingt heures; puis

‘la sensibilité revient progressivement, en commençant par les régions les plus

éloignées: cuisses, aisselles, etc.

25.— Le lendemain à 4 h., la sensibilité étant complétement revenue, nouvelle injection au même endroit. Mêmes phénomènes. Cette fois l’anesthésie est plus durable, et la sensibilité n’a pas reparu le lendemain, au moment où une nouvelle injection est pratiquée après vingt-quatre heures. Le passage de la sonde n’amène aucune douleur, pas plus que l’écartement préalable des petites lèvres, habituellement pénible pour la malade.

27.— À l'heure de l'injection quotidienne, l’anesthésie persiste complétement, La malade ne sent pas Sa béquille ; elle éprouve quelques fourmillements dans les doigts. Pas de vomissements. La malade à mangé sans difficulté une côtelette, ce qui n’était pas arrivé depuis bien longtemps. Elle se plaint seulement d’une constipation, qui dure depuis le début des expériences, et d’une lourdeur d’estomac consécutive à l’ingestion des aliments. L'injection n’est pas pratiquée ce jour-là : huile de ricin pour le lendemain ; potion alcoolisée et laudanisée après chaque repas.

28.— La sensibilité est revenue ce matin, 40 heures environ après l’injection; la malade n’a pas vomi; elle sent la sonde et sa béquille. L’injection est encore supprimée aujourd'hui.

29 juin.— Un léger effort de vomissement s’est produit vers midi ; le temps est à l'orage, et lamalade très-impressionnée par l’état électrique de l’atmosphère. Injection.

30.— La sensibilité à reparu au bout d’une vingtaine d'heures. Phénomènes habituels. Injection.

1® juillet.— Pas d’injection. La sensibilité ne reparaït pas complétement ; elle est très-amoindrie en particulier aux abords de la piqûre.

Les vomissements reparaissent, et on suspend les injections pendant quelques jours. Puis, devant la persistance des vomissements, on redonne la cocaïne et une amélioration se reproduit. La malade est encore en traitement,

Ce qu’il y a eu de plus remarquable peut-être, c'est l’étendue et la persistance de l’analgésie, qui a été vraiment très-considérable. Mais, il ne faut pas l’oublier, cette malade est une hystérique au premier chef, et, dès lors, cette exagération dans la durée de lanalgésie n’a rien qui puisse étonner. |

De plus, cette observation montre encore tout le parti qu’on peut ürer de la cocaïne, dans les cas de vomissements de nature hystérique. Son action est fugace sans doute; mais pourquoi ne pas combiner ce moyen avec les procédés ordinaires ?

Pendant quelques jours on donnerait la cocaïne, soit en injection hypodermique, soit par la bouche, en solution; puis on suspendrait ce traitement, et pendant quelques jours on aurait recours aux anti-émétiques usuels, pour revenir ensuite à la cocaïne. Par ce moyen, on pourrait peut-être obtenir quelques bons résultats et même supprimer des accidents très-fatigants pour les malades, et contre lesquels la thérapeutique est trop souvent impuissante. Je tenais à reproduire cette observation, non-seulement à cause de l’action de la cocaïne sur les vomissements de nature hystérique, mais pour montrer une fois de plus que, lorsqu'on expérimente un médicamnent, il faut tenir un grand compte du tempérament du sujet.

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