‹ Contribution A L'étude Du Chlorhydrate De Cocaine Au Point De Vue De Ses Actions Physiologiques Et ThérapeutiquesChapitre 25 sur 29 · TOXICOLOGIE · texte numérisé non relu

TOXICOLOGIE

Le chlorhydrate de cocaïne est-il un agent toxique ?

Que faut-il penser des accidents survenus après son application ?

Ce sont là des questions importantes, qui méritent d’être examinées avec soin.

Les accidents signalés par les auteurs sont presque tous survenus après des injections hypodermiques de cocaïne; je vais passer ces faits en revue. Dans la Gazette médicale de Paris, n° 4, 1885, est rapporté un cas dû à MM. Hall et Halster. Ces auteurs, ayant fait sur eux des injections sous-cutanées de VI à VIII gouttes d’une solution de cocaïne à 4 p. 100, ont constaté, en même temps que de l’analgésie en aval de la piqûre, des vertiges, des nausées et des vomissements. Le 28 janvier dernier, à la Société de thérapeutique, M. Dujardin-Beaumetz rapportait des accidents analogues. Son préparateur et son chef de laboratoire éprouvèrent tous deux une syncope. Dans un autre cas, le malade ressentit des sensations bizarres, avec excitation cérébrale, idées de grandeur, illusion d’élévation dans les airs. Cet auteur aurait remarqué, en outre, que le degré de concentration de la solution ne semble pas avoir d’influence sur les accidents ; les phénomènes ont été les mêmes avec 2 centig. et 10 centig.; enfin, les malades couchés au moment de l’injection n’éprouvent rien de semblable.

Quelques jours avant, à la Société de médecine de Paris (24 janvier 1885), M. Thorens signalait des accidents d'intoxication après l’application de cocaïne dans la gorge : faiblesse, abattement. Le D' Rouquette (d’Olonzac) a signalé un cas absolument semblable.

Dans le Bulletin de thérapeutique du 15 février 1885, MM. Meyer et

Bardet reiatent une expérience faite sur eux-mêmes. Ces auteurs ont été vivement incommodés par une injection de 0,02 centigr. de chlorhydrate de cocaïne; l'un d’eux a même éprouvé une syncope et est resté longtemps avec le pouls faible et lent. Le n° du 14 mars 1885 de la Gazette médicale de Paris contient un résumé de quelques accidents signalés par le docteur Knapp. Dans un cas, c’est une injection de VI gouttes d’une solution à 4 p. 100 qui est faite dans la cavité orbitaire d’un malade auquel on s’apprête à énucléer l’œil ; pendant l’opération, la figure du patient devient d’une grande pâleur. Dans un autre, V gouttes d’une solution à 8 p. 100 sont injectées sous un kyste dermoïde de la paupière supérieure. L’anesthésie fut complète ; mais, pendant l'opération, le malade devint d’une lividité cadavérique. Toutes ces manifestations se dissipèrent au bout de 45 minutes.

Tels sont les principaux accidents survenus après des injections de cocaïne. Que faut-il en penser ?

Je ferai d’abord une remarque générale : c’est qu’il faut tenir un grand compte de l’état du sujet lui-même. J’ai cité tout à l’heure le cas d’une hystérique presque entièrement anesthésiée par une seule injection de cocaïne, alors que les effets produits par cette même dose sont généralement très-limités. L'observation de M. Dujardin-Beaumetz ne pourrait-elle rentrer dans ce cas, et les idées de grandeur, etc... n’ont-elles pas été éveillées chez un malade plus ou moins névropathe?

La plupart des accidents signalés plus haut peuvent s'expliquer, je crois, par l’existence d’une idiosyncrasie curieuse, difficile à expliquer et réelle cependant, en vertu de laquelle certaines personnes réagissent d’une façon toute spéciale à l’égard de certains médicaments. Les observations du docteur Knapp me paraissent être sans valeur. Comment, en effet, attribuer à VI gouttes de cocaïne la pâleur du visage survenue chez un individu auquel on enlève un œil? Il est probable que, dans ce cas, VI gouttes d’eau distillée eussent produit le même effet, ou, pour parler plus clairement, la cocaïne n’est pour rien dans cette pâleur.

Tous les faits que je signale, et que j’ai recueillis aussi nombreux

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que possible, sont des faits isolés; on les compte aisément, alors que les faits heureux sont au contraire en nombre infini.

Est-ce à dire que la cocaïne n’est pas toxique? Non, c’est une simple question de dose. J’ai dit plus haut que 3 centig. par kil. de poids d’animal étaient nécessaires chez le singe pour produire des phénomènes convulsivants non mortels; si, par analogie, on rapporte ces chiffres à l’homme, on voit qu’il faut environ 2 grammes pour produire ces mêmes effets. Ce sont là des doses énormes, et qui sont bien loin des doses thérapeutiques. Au demeurant, je n’ai pour ma part assisté à aucun accident, même après des injections hypodermiques de 0,05 de cet alcaloïde.

Je citerai pour terminer, et à titre de curiosité, un cas rapporté par von Anrep, dans lequel un pharmacien, voulant se suicider, absorba 20 grammes de cocaïne. Sa tentative ne fut pas heureuse, et le pharmacien, qui avait probablement rêvé une mort peu vulgaire, eut la donleur de voir sa santé plus florissante que jamais.

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