‹ Contribution A L'étude Du Chlorhydrate De Cocaine Au Point De Vue De Ses Actions Physiologiques Et ThérapeutiquesChapitre 6 sur 29 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Action excito-motrice convulsivante

Les expériences faites sur le singe ont porté sur quatre de ces animaux. Toujours les résultats ont été comparables avec une même dose déterminée de cocaïne pour chaque animal. De telle sorte que, étant donnés le poids de l'animal et la dose de cocaïne injectée, on pouvait prévoir avec assez d’exactitude les phénomènes ultérieurs. L'étude de ces faits sera, je crois, mieux placée après le détail même des expériences. Aussi commencerai-je par l’exposé des observations.

Exp. I (résumée). Singe À. 2 kilog. 300. — Le 7 janvier, à 1 h. 16, on injecte au singe À 0,06 de chlorhydrate de cocaïne ; 6 minutesaprès, violente crise convulsive, dans laquelle l’animal tombe d’une table où il était placé. Mouvements cloniques : cris pendant 5 minutes environ. L'animal semble paralysé du train postérieur, et surtout de tout le côté gauche ; il mordille tout ce quise trouve à sa portée. À 1 h. 36, les effets de la cocaïne commencent à disparaître.

Exp. II (résumée). Singe A. — 1 h. 6, injection hypodermique de 0,06 de chl. de cocaïne à 2 p. 100. 1 h. 12, quelques contractions dans les doigts de la patte postérieure droite; il branle la tête, mâchonne et se lèche. 1 h. 15, il oscille sur lui-même et s’assied. 1 h. 14, brusquement crise et violente attaque de convulsions cloniques avec cris. Il tombe sur le dos. Après une pause d’un instant, les convulsions recommencent avec une extrême violence : l'animal tombe sur le côté gauche; l’ensemble du corps est en flexion. 1 h. 17, l'animal cherche à se relever et ne peut y parvenir. Les deux membres postérieurs semblent paralysés ; mordille. 1 h. 25, revient peu à peu à son état normal.

Exp. II (résumée). Singe B. 4 kilog. 300. — Le 7 janvier, à 1 h. 45, injection hypodermique de 0,06 de chlorhydrate de cocaïne. I h.48,ilparaît inquiet,

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1 h. 50, l'inquiétude augmente ; l'animal est assis et semble osciller. Une nouvelle injection de 0,04 cent. de cocaïne n’amène aucun phénomène nouveau.

Exp. IV (résumée). Singe B. — Le 9 janvier, chez ce même singe, on fait d'emblée une inj. hyp. de 0,12 cent. de chl. de cocaïne : inj. est faite à 1 h, 30. Peu après, l'animal est inquiet; il s’agite, et enfin à 1h. 45, 15 minutes après l'injection, violente attaque de convulsions cloniques d’une durée de 2 minutes. Il se relève le poil hérissé; chez lui, c’est la peur qui domine ; cherche à fuir, ne mord pas. Il n'y a eu qu’une seule attaque, et à 2 h. il devient plus calme et revient peu à peu à l’état normal.

Exp. V (résumée). Singe B. — Le 29 janvier, nouvelle expérience chez le même singe B. 1 h. 25, injection de 0,12 cent. de chl. de cocaïne à 2 p. 100; 1 h. 28, inquiet, agité; 1 h.34, attaque épileptiforme très-violente, toujours clonique, dure 2 minutes; 1 h. 42, nouvelle crise provoquée par l'introduction d’un thermomètre dans le rectum : série de décharges cloniques pendant 3 minutes. Le train postérieur se paralyse. Enfin tout rentre dans l’ordre, comme dans les expériences précédentes.

Exp. VI (résumée). Singe A. — 1 h.5, injection hypod. de 0,04 centigr. de chlorydrate de cocaïne ; 8 minutes après, crise convulsive en tout semblable aux précédentes, mais d’une durée moindre.

Deux exp. sont encore faites sur le singe Z: dans l’une on injecteO0,12 centier. de cocaïne et la crise se produit; dans une autre, 0,06 centigr. seulement ayant été injectés, l'animal est agité, inquiet, mais n’a pas d'attaques.

Pour confirmer ces résultats, nous avons répété ces mêmes expériences chez deux autressinges nouvellement arrivés dans le laboratoire, et qui n’avaient encore servi à aucune recherche.

Exp. VII (inédite), Singe C. 1 hilog. 700. —Le 29 juin, à2 h.1, injection hypodermique de 0,04 centigr. de chlor. de cocaïne. 2h. 12, brusquement sans prodromes bien marqués, survient une crise épileptiforme des plus violentes: l'animal est agité par des secousses rapides et généralisées; il pousse des cris. 2 h. 19, cherche à se relever sans y parvenir; parésie, sinon paralysie complète du train postérieur. 2 h. 26, se relève sur ses mains de devant, puis retombe par suite d'une nouvelle crise. 2h. 28, se relève sur ses quatre pattes, fait quelques bonds pour fuir: faiblesse du train postérieur ; regarde d’un air étonné autour de lui, mord les objets qu'on lui présente ; il se remet peu à peu, et, à 5 h..il est complétement revenu à son état normal.

Exp. VIII (inédite). Singe D. 1 kilog. 400. — Le même jour 29 juin, injection

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byp. de 0,04 de chl. de cocaïne ; il s’est perdu quelques gouttes de liquide. L’animal est en proie à une viveagitation: il va et vient ; ses membres semblent se raidir; bondit ettombe à plusieurs reprises. 5 minutes après l'injection, à 2 h. 6, survient brusquement la crise clonique déjà décrite: l'animal pousse des cris, est agité par des secousses épileptiformes d'une violence extrême ; les mâchoires ouvertes sont le siége de contractures très-intenses. 2 h. 8, nouvelle crise. 2h. 16, les secousses sont plus rares et moins intenses, 2 h. 29, il se relève et s’assied sur son train postérieur un peu engourdi, regarde autour de lui avec un air étonné des plus curieux; peu à peu les effets de la cocaïne se dissipent, et à 5 h. ilest revenu complétement à son état normal.

De ces dix expériences ressortent plusieurs faits que je vais étudier.

Et, tout d’abord, en quoi consiste cette crise qui forme le point capital de ces observations ?

Quelques instants après l’injection de cocaïne, l’animal s’agite, mâchonne ; ses mains cherchent à saisir les objets environnants comme pour s'appuyer; ses regards se portent partout avec inquiétude sans se fixer nulle part. Puis, pendant un instant très-court, quelques secondes, l’animal reste immobile. Tout à coup il tombe brusquement sur le sol en poussant des cris; le corps, tout entier en proie à de violentes convulsions, offre un spectacle particulier : les quatre membres, contracturés dans une demi-flexion, sont parcourus par une série de secousses rapides semblables aux secousses galvaniques. Les mouvements, peu étendus mais très-rapides, et se reproduisant par séries successives, les doigts fortement fléchis, la bouche contracturée, rappellent d’une façon frappante les attaques d’épilepsie.

L'hystérie avec ses mouvements cloniques, le strychnisme avec ses contractures, se retrouvent aussi dans ce tableau. La crise terminée, une excitation quelconque suflit à la reproduire ; mais le plus souvent cette crise provoquée est moins bruyante et moins longue que la première. On dirait que l’organisme, et en particulier le système nerveux, épuisé par les décharges antérieures si violentes, ne peut plus réagir. Au bout d'un certain temps, l’animal cherche à se relever, mais ses membres postérieurs paralysés ne lui permettent pas de se tenir debout,

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Enfin, après plusieurs efforts, la paralysie disparaissant peu à peu, l’a= nimal finit par s’asseoir et quelquefois alors cherche à mordre; mais ce n'est pas là un fait constant. Ce qui est plus particulier à cette période, c’est l’air étonné du sujet, et, dans un cas notamment, l'aspect du singe D était des plus curieux.

Peu à peu tout rentre dans l’ordre, et au bout de quelques heures il ne reste plus trace de la crise antérieure. Telle est, reproduite aussi fidèlement que possible dans ses traits principaux, la physionomie de ces crises, assez difficiles à décrire. Comme je l’ai déjà dit, c’est un mélange d’épilepsie, d’hystérie et de strychnisme, sans être une de ces attaques en particulier.

La durée de cette attaque est de 2 min. environ, elle peut être unique si on laisse l’animal à l’abri de toute excitation ; mais le plus souvent il se reproduit trois à quatre crises successives. Le temps qui s’écoule entre l'injection et l’attaque varie, comme limite extrême, entre 5 et 15 min. La dose de cocaïne nécessaire pour produire des phénomènes aussi violents est proportionnelle au poids de l’animal. Il faut environ 3 centigr. de cocaïne par kilog. de poids d'animal.

L’exposé de ces crises chez le singe est d’autant plus important, que ces attaques vont me servir de réactif physiologique pour étudier l'action antagoniste de certains agents. De ce que tel médicament empêche, respecte ou augmente la crise, je conclurai qu’il est antagoniste, indifférent ou synergique de la cocaïne.

CHLORAL ET COCAÎNE

Exp. IX. Singe À (résumée). — Le 21 janvier 1885, à 1 h. 11, injection rectale de 1 gr. d’hydrate de chloral au dixième; Lh. 14, ivresse complète. 1 h. 17, injection hypodermique de 0,06 cent. de chlorhydrate de cocaïne à 2 p. 100. Jusqu’à 2 h. 50, il reste couché sur le côté droit et dort; à ce moment, il commence à s'éveiller, et à 4 h. 25 il est revenu à son état normal, sans qu'aucune crise ait eu lieu.

Exp. X. Singe B (résumée). — De 1 h.25 à 1 h. 54, on lui fait prendre en lavement 2 gr. 50 de chloral ; une petite partie du liquide se perd. À 1 h. 58, injec-

tion hypod. de 0,12 cent. de chlorhydrate de cocaïne; 11 minutes après, le train postérieur se paralyse, l'animal tombe et reste somnolent pendant 55 minutes : après quoi 1l se relève, marche, et tout rentre peu à peu dans l’ordre. Cette fois encore, pas de crise.

Exp. XI. Singe A. — 1h. 4, lavement avec 0, 50 cent. de chloral ; 6 minutes après, inj. hypod. de 0,06 cent. de cocaïne. Reste éveillé, pas d'ivresse. 1 h. 14, tremblement général, puis violente crise avec cris. Pendant 34 minutes, l’action de la cocaïne se manifeste comme dans les expériences précédentes ; puis le calme reparaît vers 2 h. 1/4.

Exp. XII. Singe B. — Lavement avec 1 gr. de chloral ; 2 minutes après, l'ivresse chloralique commence. Injection hypod. de 0,12 cent. de ch]. de cocaïne, L'animal estivre, mais éveillé ; le calme est complet. Quelques instants après, le singe s'endort et ne se réveille que 14 minutes après. Il se relève et revient à son état normal sans attaque convulsive.

Exp. XIII. Singe B.— Lavement avec 0,50 cent., au lieu de 1 gr. comme la veille ; 10 minutes après, inject. hypod. de 0,12 cent. de cocaïne. L’ivresse chloralique commence 4 minutes après, mais elle est incomplète, et quelques mouvements convulsifs ne tardent pas à paraître. Enfin, à 2 h. c’est-à-dire 20 minutes après les inj. de cocaïne, la crise ordinaire apparaît, mais avec quelques particularités. Ainsi les mouvements convulsifs sont moins brusques, mais plus étendus.

Exp. XIV. Singe A.— 1 h. 81, lavement renfermant 0,50 de chloral. 1 h. 57, inj. hypodermique de 0,06 de chlorhydrate de cocaïne. L’ivresse chloralique se manifeste. L'animal se couche sur le côté et reste immobile, les yeux ouverts; à 2 h. 25, il se relève et s’assied. La chloralisation s’efface peu à peu, et l’animal revient bientôt à son état normal sans avoir subi aucune cerise.

Les conclusions qui découlent de ces expériences sont faciles à tirer. La plus évidente, c’est que le chloral empêche les convulsions produites par la cocaïne, et à ce point de vue est son antagoniste.

Les doses nécessaires pour obtenir ces résultats varient. Ainsi, donné à la dose de 0,50 centigr. par le rectum, le chloral produit des effets un peu différents pour les mêmes doses de cocaïne. Dans une première expérience, la crise cocaïnique apparaît (exp. XI) ; dans

une autre (chez le même singe), cette même dose neutralise les effets convulsivants de 0,06 de cocaïne.

Enfin, chez le singe B, pour lequel la dose convulsivante de cocaïne est 0,12 centig., 0,50 centigr. de chloral ne produisent aucun effet. À 4 gr., le chloral l'emporte sur la cocaïne chez les deux singes sujets de nos expériences, alors même que l’animal n’est pas endormi par le chloral, mais seulement en état d'ivresse.

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