CIRCULATION DE RETOUR ET GESTATION
Dans le chapitre précédent, nous nous sommes efforcé d'exposer de la facon la plus concise l’ensemble des conceptions de Laubry et Tzanck sur le retour du sang vers le cœur, basée sur l'existence d’un cœur périphérique. De sa docilité où de son inhibition dépend l'équilibre circulatoire. Cet équilibre peut être rompu, ce système peut avoir ses défaillances, et nous pensons, avec Laubry, Lévy-Solal et Tzanck, qui, en 1932, avaient émis l'hypothèse, dans un article paru dans le Paris médical, que nul état ne se prête mieux au déséquilibre de la circulation de relour que la grossesse.
La circulation de retour subit des modifications pendant la gestation. Le développement progressif de l'utérus gravide dans le petit bassin, puis dans l’abdomen, a pour résultat de refouler les anses intestinales contre les parois de l'abdomen et contre le diaphragme, tendant à l’immobiliser de plus en plus. Il se produit une compression de toutes les veines, et par là même une gêne apportée dans la circulation de retour.
Nous connaissons aussi les perturbations qu'amène l’état puerpéral dans l'organisme. Que ce soit l'influence des modifications humorales, comme le signale Payau, la diminution de la calcémie (expérience de Mayer), la diminution de la réserve alcaline, d’où l'influence que peuvent jouer les modifications fonctionnelles des glandes à sécrétion interne. |
Pendant la période d'expulsion, la poussée abdominale qui accompagne la contraction utérine fait l’expression de tout le système veineux, Par l'évacuation de la cavité abdo-
minale il se produit une décompression brusque, dont la conséquence est un appel brusque du sang dans les vaisseaux, et il se constitue une vaso-dilatation considérable dans tout le territoire du splanchnique. Normalement le tonus neuro-végétatif doit être suffisant pour faire face à cette décompression brutale, à cette modification insulatoire qui suit l'évacuation de l'utérus. À la stase sanguine dans le domaine du splanchnique, le sympathique répondra par l'accélération du moteur cardiaque et par la vaso-constriction des territoires mécaniquement dilatés. Cette réponse exige évidemment un système neuro-végétatif bien équilibré. :
Précisément, certains facteurs sont susceptibles de modifier ce processus. Toutes les conditions susceptibles, d’une part, d'augmenter le déséquilibre hydraulique qui suit l'expulsion; d'autre part, d'augmenter le déséquilibre neurovégétatif, vont favoriser le déséquilibre de la circulation de retour et constituer des facteurs étiologiques du choc obstétrical.
Sous le premier chef, nous remarquerons, avec Wallich, avec Montel et bien. d’autres : Le volume excessif de l’utérus parturient, qu’il soit dû à un gros enfant, à un hydramnios, à une gémellité; la qualité défectueuse de la paroi abdominale, constituant une sangle musculaire lâche, conséquence des éventualités précédentes, soit conséquence de la multiparité. Le fait de donner à l'insuffisance de la paroi musculaire un rêle étiologique important dans l'apparition du syndrome n’est pas une simple vue de l'esprit, une hypothèse toute gratuite. Une série d'expériences ont été conduites, il ÿ à à peine trois ans, à l'Université d'Harvard, sur les lapins. Voici en quoi elles consistent : un lapin domestique, enfermé dans une boîte, et donc soustrait à tout exercice musculaire intense, pendu par les oreilles, meurt, parce que ses muscles abdominaux, flasques et inexercés, ne peuvent supporter les vaisseaux sanguins abdominaux. Au contraire, le lapin sauvage à musculature