HISTORIQUE
L'observation attentive et sagace des anciens accoucheurs n'avait pas laissé échapper certains des faits que l’on décrit actuellement sous le nom de « choc obstétrical ».
Dès la fin ‘du xv° siècle, Leroux et Mauriceau, avaient observé ces phénomènes syncopaux qui suivent parfois la délivrance sans qu’une perte de sang puisse, à elle seule, en justifier le mécanisme.
Leroux, en particulier, devançant Staplfer et Mantel (de Saint-Omer), avait émis l’hypothèse que la vaso-dilatation abdominale, consécutive à l'évacuation de l'utérus, pouvait priver momentanément l’encéphale du sang nécessaire à son fonctionnement normal et provoquer ainsi le tableau clinique du choc obstétrical.
Mme Lachapelle note chez les femmes qui ont accouché très rapidement des tendances aux syncopes successives.
Smellie, cité par Baudelocque, préconise l’emploi d'un bandage de corps serré, aussitôt après la délivrance, chez les femmes menacées ou atteintes de syncopes, montrant ainsi indirectement sa connaissance des faits cliniques que nous étudions. | - L’attention des accoucheurs ne commence vraiment à être retenue qu'à la fin du xix° siècle et au début du nôtre. C'est à Wallich, au cours de son enseignement à la Clinique Baudelocque, en 1908, dans sa communication à la Société obsté-
tricale de France, cette même année, dans la thèse de son élève, Montel (Paris, 1907-1908), et, enfin, dans sa communication à la Société d'obstétrique, de gynécologie et pédiatrie de Paris, en 1911, que nous devons les premières études étiologiques et pathogéniques. Ges publications constituent l’amorce de toute une série de communications, parmi lesquelles celles de Mantel (de Saint-Omer), du Professeur Audebert, de Lepage, Voron et Gonnet, Pinard, Trillat et Croisier, Bourret, la thèse de Volmat, et bien d'autres encore.
Il est à remarquer que, durant toute cette époque et jusqu’à la guerre de 1914, aucun manuel classique d'obstétrique (Tarnier, Rihemont-Dessaignes) ne fait mention de choc. Seul, le Professeur Commandeur, dans le Traité de Bar, Brindeau et Chambrelent, signale les états lipothymiques qui compliquent parfois la délivrance sans qu'il y ait hémorragie véritable, et les attribue à la pénétration de cellules fœtales dans la circulation maternelle.
Avec la guerre de 1914, l'histoire du choc obstétnical se confond avec celle du choc traumatique, dont les conditions exceptionnelles permettent de préciser l'étude.
Le Professeur Quénu édifie avec Delbet, P. Duval et Mocquot la théorie toxique du choc traumatique. Les discussions soulevées à la Société de chirurgie, la-série des publications de Jeanneney, les travaux expérimentaux de Cannon et Bayliss, de Cornioley et Kotzarelf, les recherches chimiques de Duval ét Grigaut, de Fabre et Clogne, achèvent de mettre la question au point et font du choc traumatique une entité absolument incontestable.
Il était naturel que les accoucheurs tendissent à utiliser ces nouvelles acquisitions pour éclaircir la pathogénie encore si obscure des phénomènes dits de « choc obstétrical ».
Dès 1920, Wallich cherché à identifier les deux syndromes : pour lui, l’attrition, la contusion des tissus utérins et vaginaux au cours de l'accouchement même eutocique, peuvent être assimilés aux fracas musculaires qui s’observent
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chez les grands blessés de guerre. La théorie du choc obstétrical d’origine toxique était née.
Les observations du Professeur Couvelaire et d’Aubertin (1921), de Larivière (1923), du Professeur Schickelé (1924), semblaient. apporter un appoint anatomique à cette conception quoique leurs auteurs se gardassent, avec raison, de les interpréter pour ou contre la théorie toxique du choc obstétrical. Par les réflexions qui accompagnaient leur publication, ils amorçaient l’œuvre de démembrement que Balard (1922) entreprenait à la suite de Le Lorier (1921) en distrayant du choc obstétrical nombre de faits que l’on peut, à juste titre, considérer comme des défaillances cardiaques.
A partir: de cette époque, un grand nombre de publications ont paru. Le mémoire du Professeur Grosse, de Nantes, la thèse de son élève, Soupault, les communications du Pro-
fesseur Jeannin, de Mme Forget-Urion, de Mme Deromps,
de Baux, de Vermelin, la thèse de de Manet (1924), apportant une importante contribution au sujet qui nous intéresse. Puis, en 1926, Marc Rivière, dans son mémoire d’agrégation, reprend toute la question du choc obstétrical et cherche à dégager, parmi tant d'observations disparates qui ont été publiées, les Hinéaments d’une entité clinique. Après avoir montré que l'identité était insoutenable entre syndrome de choc traumatique st syndrome de choc obstétrical, il s'efforce de construire la charpente d’une entité clinique qui se suffise à elle-même. Syndrome fonctionnel dont le point de départ mécanique est la brusque modification de l'équilibre circulatoire qui suit l’expulsion du fœtus. Depuis, de très nombreuses observations ont été publiées, les unes répondant bien à la définition proposée par Rivière, les autres, quoique dénommées choc obstétrical, rentrant plutôt dans le chapitre des « chocs » en obstétrique : choc hémorragique, toxique, etc. Nous citerons Oberling et Jung, Voron et Brochier, Vermelin, etc. Plus près de nous, les travaux de Laubry et Tzanck, sur la circulation de retour, étude physiologique et pathogénique, les publications de
pri
Lévy-Solal, Sureau et Sallet, sans oublier les remarques intéressantes parues dans le British medical Journal sous la signature de sir Miles H. Philips, en 1931.
Cette énumération, un peu longue peut-être, prouve tout l'intérêt que portent les médecins à cette question si intéressante du choc obstétrical depuis le début de notre siècle et surtout dans ces dernières années.