Mares, op. cit
Si on considère que les pi'oduits exportés proviennent, presque exclusivement de la production agricole, on se rend compte du développement de l'agriculture. Ce sont les céréales qui tiennent la première place dans cette production, quoique les récolles soient malheureusement inégales, pour des causes qui seront étudiées plus loin. Mais la vigne est encore peu importante. En 1858, la Société Centrale d'horticulture de France admet à son exposition des produits de l'Algérie, mais on constate que la plupart de ses vins sont de qualité médiocre et manquent de fabrication. Il y a progrès à l'Exposition Universelle de 1867; l'amélioration est plus sensible encore à celle de 1878.
Le jury du concours ouvert à l'occasion de l'Exposition Générale Agricole Algérienne de 1862, constatait « que (( l'on cultivait trop de céréales relativement à l'étendue « des fermes, et pas assez de plantes fourragères; que le « nombre de bestiaux était insuffisant pour maintenir le (( sol en bon état de fertilité, que les rotations généra- (( lement suivies étaient beaucoup trop épuisantes, et « enfin, qu'à peu d'exceptions près, il n'y avait pas de « comptabilité régulière ».
Ce n'est guère, on l'a vu, qu'à partir de 1870, que la colonisation reprend son activité; les cultures de céréales continuent à progresser régulièrement, tandis que le cheptel s'accroît également. Quanta la vigne, son importance augmente par suite de l'apparition du phylloxéra en France ; c'est en 1880 qu'elle prend dans la colonie toute son importance, et que commencent de toutes parts les plantations, sous l'influence de circonstances exposées plus bas.
En même temps des cultures nouvelles viennent élargir le cadre de ragriculture algérienne (t).
L'avoine, le seigle, le lin, les cultures maraîchères viennent s'ajouter au blé et à l'orge.
D'ailleurs, peu à peu, la législation douanière se relâchait de sa rigueur piimitive et permettait l'extension des transactions entre l'Algérie et la Métropole.
Les exportations de l'Algérie [)Our l'année I9Û0, ont atteint :
Exportations en France . . 173.467.000 Exportations à l'étranger . ()8. 850. 000
Total .... 24^2.317.000
Sur ces chiffres et pour la France seulement, les moutons représentaient 19 millions, les bestiaux, 2 millions, les céréales, 38 millions, les grains, 51 millions (2).
Par qui ^agriculture est pratiquée et quels contrais unissent entre eux ceux qui la pratiquent
On a vu comment la production agricole avait progressé et s'était développé sous la domination française. Il convient d'examiner quels sont ceux (|ui concourent à cette production. On a exposé plus hanl la situation singulière (jui mellait en présence le colon et la population indigène. Dans (juelles conditions sest produite la coopérai ion entre ces deux éléments?
I . Guy, L'Ah/erie. Agriculture, Commerce, Imhistrie. Alo;rr, C|)é. niaux-1*' rail ville, i8j)6.
a. Exp. sit. yen. Alg., lyo-i.
C'est dans la coexistence et renchevêtrement de deux civilisations si différentes que réside l'originalité de l'Algérie.
Les deux populations devront subsister côte à côte, échangeant les uns contre les autres les produits de leur travail. Les deux races harmonisent leurs coutumes différentes et réunissent leurs aptitudes dissemblables pour atteindre un but commun, la satisfaction de leurs intérêts.
Le premier élément qui doit d'abord retenir l'attention, c'est le colon, et en premier lieu le colon français, dont le nombre a progressé de la façon suivante :
11 convient de remarquer que ces chiffres comprennent les Français d'origine ou naturalisés.
Des représentants de diverses nations européennes viennent accroître l'élément blanc; notamment des Espagnols, des Italiens, des Suisses, etc. Ces diverses nationalités représentent un chiffre qui a suivi également une notable progression et qui a atteint en 1901 le chiffre de 193.000.
Ces divers éléments étrangers ont-ils été assimilés? leur présence n'est-elle pas sans inconvénients? des rivalités ne se produisent-elles pas entre ces colons d'origines diverses? c'est un sujet plein d'intérêt et souvent étudié(l).
1 . V. notamment : de Peyerimhoff, L'œuvre française d'Algérie, Annales des sciences politiques, 1901, p. 291 ; A. Walil, l'Algérie.
Mais il suffit, au point de vue économique, de constater leur présence et leur importance.
A côté des européens viennent les Israélites, en accroissement également comme le témoignent les chiffres cidessous :
Mais ils sont adonnés surtout au négoce et fixés dans les villes; leur importance, au point de vue agricole, qui fait l'objet de cette étude, est donc négligeable.
Il n'en est pas de môme de l'élément indigène musulman, dont le nombre va sans cesse en augmentant :
M. Leroy-Beaulieu, eu examiiiaul raci-roisscment cdiisidérable que dénotent les chiffres officiels relatifs ;i la population iiuisulmane, l'ei'onnaîl (piil est du en partie à l'extension du Ici'iiloirc. à rexaclilutlc plus i^i-ande des statistiques, à la dispai'ilion clic/ les iniisidiiiaiis des
V. ôgaleiiionl deux roniaiis de I.diiis lîorlrarid. I,t' sanu dt'S races ci la Cinn, l'aris, Ullciidoil, dans lt"S(|ii(ds sdiil dcci-iles d'mio façon inlt'-ressante les rivalilés des divi-is élémciils en pi'ésence.
l'iiilipiiar S
craintes quo leur avaient inspirées les premiers recensements.
Mais indépencUimm(mt de ces faits accessoires, il n'en demeure pas moins incontestable que la population indigène augmente, ce qui n'a rien d'anormal, en l'aison de l'accroissement de sécurité et de richesse que leur a apporté notre civilisation, en interrompant les luttes incessatites auxquelles se livraient les tribus.
11 apparaît donc comme un t'ait indiscutable que notre population musulmane augmente et augmentera encore, lien résulte que tout espoir de l'éliminer serait vain et qu'il convient au contraire, dans les projets de réforme à élaborer, de chercher les moyens les plus propices à assurer la division du travail entre le colon européen et l'indigène, de façon que l'un et l'autre puissent coexister. Cette harmonie est d'autant plus nécessaire que le rôle de l'indigène, eu matière d'agriculture, est considérable.
On sait que cet élément indigène est généralement considéré comme comprenant deux types distincts, l'Arabe et le Kabyle (1;.
L'Arabe est tantôt pasteur, tantôt cultivateur, suivant les régions, et parfois l'un et l'autre simultanément.
Son caractère, tour à tour indolent et fanatique, a été maintes fois décrit. Le fanatisme n'a plus que rarement l'occasion de se manifester, et c'est Lindolence qui devient le trait dominant de son caractère. Ses besoins sont faibles; son but est d'obtenir avec la moindre somme de travail
i . Sur la distinction entre l'Arabe et le Kabyle, v. Edm. Doulté, Les Marocains et la société marocaine, « Rev. gén. des se. )> igo5,p. igo et suivantes. « On nous présente tout simplement comme Arabes ceux qui sont les plus orthodoxes et comme Berbères ceux qui gardent de nombreuses survivances de coutumes antéislamiques ».
possible la quantité de produits nécessaire pour ne pas mourir de faim. Le caractèie du [nusulmati est décrit de la façon suivante par Mohammed ben Ralial, ancien caïd d'Oran et musulman lui-mèine (1) : u Ce qui caractérise « le musulman, c'est une certaine tendance à se contenter a de la médioci'ité, à ne viser ni trop haut ni trop loin, à (( préférer le calme à l'agitation, le silence au bruit, la « condition moyenne et trancpiille à la condition biillaiite (( entourée de soucis. Nul n"est plus philosophe, nul ne « réalise mieux les pi'éceptcs du Cliiist et son détache- « ment des choses de ce monde : effet naturel des fortes « convictions et de la foi absolue ».
On trouvera plus loin l'exposé de son système rudimentaire de culture : il apparaît cependant à Texamen que ses procédés grossiers lui permettent de tirer le meilleur parti possible d'une situation toute spéciale presque entièrement dominée par les cotiditions climatériques.
Mais la production de l'Arabe, pour n'être pas intensive, n'en atteint pas moins une réelle impoi tance, par le nombre de ceux (pii y concourent.
Deux choses suilout l'occupent : la production des céréales et celle du bétail.
MM. Lecq et Rivière ont mis en lumièi(> dans leuiouvrage (4) rini[)ortance considérable de ii'llc |iro(luclioii indigène : « Dans la région iiionlagncusc. l'indii^èue
« est le principal, sin(»n le seul éleveur de i^rns belad
« C'est lui (pii protluil ce fonds annuel de 1 . I ;)().()( M) tètes « de gros bétail, (|ui, avec les chevaux, les mulets et li>.s « unes, représente une valeur mobile d au moins ."iO iiiij-
1. Bulletin (II' la rrnnion d'ctndi'n nhirrirnncs, i()i)>.. p. i().
2. Lecq et li^ivière, Munui'l ilr I .[</rirullrur (ili/nii'ii. l'aris, Cliallarael, igoo.
— soft lions do francs. Pour les Hants-Plateaux, où la colon i- « sation euro[)éenne s'implante pins difficilement, l'actif « des Arabes nomades avec lenrs ti'on peaux transhn- « niants, composés de 15 à 16 millions de tètes de mon- « tons, chèvres, chevaux, ânes, chameaux, atteint encore « annuellement une valeur mobile, comme alimenta- « tion de trafic, de plus de 100 millions... Enfin l'indi- « gène produit annuellement 15 à 16 millions de quin- « taux de céréales représentant une valeur de près de « 200 millions de francs, quand les Européens récoltent « à peine 3 millions de quintaux ».
A côté de l'Arabe, insouciant, polygame, souvent nomade, habitant surtout les plaines ou les hauts-plateaux, le Kabyle apparaît avec des coutumes nettement tranchées et singulièrement différentes.
Les Kabyles forment une population de montagnards, sobres, presque toujours monogames, travailleurs et fortement attachés à leur sol. « Tandis que l'Arabe du Tell (T a de vastes espaces à labourer, que le nomade parcourt « avec ses troupeaux des centaines de kilomètres pendant « l'année, lui ne possède qu'un lopin de terre, souvent « môme un seul arbre, parfois même seulement une « branche d'un olivier poussé sur un terrain dont un « autre est le propriétaire » (1).
La caractéristique de la production agricole des Kabyles est la prédominance de la culture arbustive, surtout du figuier et de l'olivier. La fabrication de Fhuile d'olive algérienne est presque entière entre leurs mains. Elle atteint une valeur annuelle de 25 millions de francs