‹ Contribution à l'étude du crédit agricole en AlgérieChapitre 31 sur 117 · II. — Race ovine · texte numérisé non relu

II. — Race ovine

Le climat particulier de l'Algérie, les immenses [)laines qu'elle renferme, favorisent particulièrement l'élevage du mouton. Aussi cette industrie y a-t-elle pris une réelle importance.

Les statistiques de 1899 (Lc^cq, Bastide, Ryf, Bauguil) accusaient les chiffres suivants :

Moutons possédés par les Européens . 387 598 — — indigènes. . 7.136.165

Total . . . 7.5^23.763

La valeur des troupeaux, dans les bonnes années, dépasserait, d'a|)rès MM. Rivière et Lecq, 150 millions de francs pour le mouton, 40 millions pour la chèvre. La production annuelle qui en résulte représente une valeur de 41.400.000 fiancs (Lecq, Ryf, Bastide et Bauguil) se décomposant ainsi :

Viande . . 33.000.000 Laine . . 5.400.000 Lait . . . 3.000.000

Total. . 41.400 000

Cette production est doublement intéressante : d'abord parce qu'elle se trouve dans une notable pi'oportion entre les mains des indigènes, ensuite parce ([u'elle ne concurrence pas la métropole. En effet, malgré une exportation qui a atteint une moyenne annuelle de 1.043.684 tètes pour la décade 1890-1899, la France reste encore tributaire de l'étranger pour son approvisionnement en viande de mouton.

La population ovine de lAIgérie comprend trois groupes : d'abord la race berbère et la race barbarine, inférieures l'une et l'autre, qui tendent à disparaître ; la race arabe, au contraire, comprenant différentes variétés à queue fine, à tête blanche, noire ou brune, semble un dérivé de la race mérinos et présente de sérieuses qualités.

Toutefois, dejjuis quelques années déjà, l'effecLif du troupeau est en décroissance, particulièrement en ce qui concerne le troupeau indigène.

« Cette diminution, dit M. Couput (1), s'accentue d'une « façon encore plus fâcheuse pendant l'année 1900, où « les troupeaux telliens ont, eux aussi, été décimés. Si « nous prenons la moyenne des années 1887-1888-1889 « et si nous comparons cette moyenne avec les effectifs « des années 1899 et 1900, nous nous li'ouvons en pré- « sence des résultats suivants :

Années

Ovins

Caprins

Ensemble

Or, la diminution constatée porte presi[ue exclusivement de 1889 à 1899 sur les troupeaux tianshumants. Quelle est la cause de ce fait ?

On a exposé plus haut le mode d'élevage pralicjué ()ar les Arabes nomades et le parti (pi'ils tiraient des llauts-

1. Rapport sur le service des Bergeries, Exp. i^'a. gén. Alg. iqoa P- 279.

Plaleaux, (ju'ils parcoiiraieul l'hiver avec leurs troupeaux, reniotil.'iiil au [)ritileinps vers le Tell où les animaux abaMdoFiiient leur loison et passent la [)ério(le chaude pour retourner ensuite dans le sud. Mais la constitution de la pi'opriélé privée et la mise en défens des forets ont eu pour effet d'entraver considérablement celle pratique. C'est là qu'il faut rechercher la cause de cette diminution dans les efï'eclifs. « Gomme ce ne sont pas, « dit M. Gouput, les vastes espaces qu'ils peuvent parcou- « rir pendant le printemps, mais les l'essources cpi'ils « trouvent pendant la période estivale, qui limitent l'essor « des troupeaux indigènes, nous les voyons diminuer en « même temps qu'augmentent les entraves mises à leur (( libre parcours ». Aussi celte question de la transhumance a-t-elle très sérieusement altiré l'attention des pouvoirs publics. Elle présente, en effet, au point de vue de l'Algérie, une importance considérable, car, outre le rôle que joue le mouton dans la vie de l'indigène, auquel il fournit sa chair et son lait pour l'alimentation, sa laine pour la confection de la tente et du burnous, il permet de réaliser la coopération entre l'indigène et le colon, coopération qui apparaît comme le but et le moyen d'une bonne colonisation.

A l'automne, époque à laquelle cessent les exportations de moutons, les colons achètent, au pi'ix moyen de 15 fr. par tète, des moutons de 18 mois à 2 ans, qu'ils t'ont châtrer. Ces animaux sont engraissés pendant Thiver et le printemps, dans les pâturages du Tell (plaines de l'Habra, région de Gonstantine et de Sétit). Dès le mois de mai, les moutons gras se trouvent prêts à être livrés à la consommation. Ils peuvent être vendus avant l'époque où conjmence le gros des exportations indigènes, et ce, à des conditions plus avantageuses.

Un grand nombre de mesiiies ont été préconisées pour conjurer la diminution du troupeau, notamment la création d'abreuvoirs et d'abris dans les régions l'réquenlées des Hauts-Plateaux (1). On considère également qu'il serait nécessaire de permettre dans une certaine mesure l'accès des forets aux troupeaux. MM. Hivière et Lecq estiment cette mesure indispensable pour éviter pendant certaines années une mortalité considérable dans les troupeaux. M. Hostains (2), adtninistrateui-adjoint à Sidi- Haïch, (jui a étudié la question, estime que l'accès des forêts poui'raitètre accordé aux troupeaux dans les parcelles de haute futaie et que cette mesure aurait môme l'avantage de supprimer les sous-bois, qui sont le point de départ de tous les incendies. Cette opinion est d'ailleurs partagée par M. Coupul On a songé (3) aussi à améliorer la pratique de la transhumance par l'association de l'Européen avec l'indigène, mais dans un cadre limité. Cette association déjà pratiquée, consisterait à confier aux indigènes des troupeaux qu'ils emmèneraient pâturer dans le sud, à charge pour eux de pai'tager les produits de l'opération avec les bailleurs tle fonds. L'Européetj devrait posséder, sur la limite des lieux de parcours, des pàtura-

1. V. Maurice Colin, Quelques questions algériennes, i->p. 81-110. Suivant lui un triple hut doit être recherciié : 1" l'auguiontation du troupeau par l'aménagement des pâturages et des points d'eau ; 2^ l'amélioration par le meilleur choix des reprodiulfurs, le perfectionnement des procédés de tonte. « Il y a en Algérie des indusU'iels qui ont réalisi' des fortunes pai" 1 iililisalion des laines cpiils relrouvaient sur la peau des moulons abattus, après avoii' été tondus suivant les habituels procédés des indigènes »; 3" par une anielioralion des moyens de transport jusqu'à la côte.

2. Elude sur In qurslio)i forestière m Ali/èrie. Hull. lleun. Va. Alg. 1902, no 7>.

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