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L'Agriculture algérienne et ses productions

2. V. Dachot, La fabrication du tabac, Alger, Giralt, 1900. 7). Exp. sit.gén. Alg.. 1902, pp. 198-199.

4. V. Bull. del'Off. des Rens. e^én., Production des primeurs en Algérie, 1902, Supp. i3, 16 et 21.

Bien que les deux premières soient analogues à la vigne, au point de vue des capitaux à engager et des résultais à atteindre, leur étendue moins grande tait qu'elles n'influent guère sur le mouvement de capitaux occasionné annuellement par la distribution du crédit.

Les besoins de crédit et Vusure

"On a passé en revue les branches importantes de la production agricole de l'Algérie et indiqué dans les grandes lignes la série des opéiations qu'elles compoi'tent.

On peut maintenant chercher à synthétiser les données recueillies pour arriver à un tableau général de l'économie rurale de l'Algérie.

L'Algérie, avant la conquête française, constitue un pays très peuplé, tirant la presque totalité de sa richesse de In culture des céréales et accessoirenient de l'élevage du bétail, nourri sur les jachères succédant à la i"écolte de céréales. L'indigène sème, moissonne, et partage le produit de sa récolle en deux parties : l'une destinée à sa consommation, Tauti'e à l'ensemencement pour la saison prochaine. Mais le jeu régiilifr de celte prodiktion se trouve influencé p;ir un l'aclenr d'il ne puissance toute [)ai'liculière, le climat. La sécheresse du pays et le mancpic d'aménagement des coui's d'eau l'ail cpie la récolte dépend uniquement de la pluie ; les années où il pleut, récolte abondante ; les années de sécheresse, famine, pi'ovenant du manque de récolte.

Ces conditions suflii'aient à iudicpier l'étal de paiivrett' général de la population, vivant au jour le jour et Iravei-sant successiv(Mn(Mil des années (rabondauci^ et des années de disette.

Mais il faut, pour avoir une vue exacte du pays, tenir com[)te d'un élément psychologique, qui est l'esprit d'iusouciance et de fatalisme résultant de la religion uiusuhnane, et d'un élément politique, qui est l'état d'insécurité.

Ou peut appliquer à l'iudigèue algérien ce que dit de Foucauld (1) de la situation du fellah uiarocaiu : « On « travaille le jour, il faut veiller la nuit; ferme-t-ou Tœil « uu instant, les maraudeurs enlèvent bestiauxet récoltes; « tant (jue l'obscurité dure, ils tiennent la campagne. « A force de fatigues et de soins, a-t-on sauvé les mois- « sons, les a-t-on rentrées, il reste encore à les dérober « au caïd ; on se hâte de les enfouir, on crie misèi'e,on « se plaint de sa récolte. Mais des émissaires veillent ; a ils ont vu que vous alliez au marché sans y acheter de « grains : donc vous en avez ; vous voilà signalé : un « beau jour une vingtaine de Mkhaznis arrivent : on « fouille la maison, on enlève le blé et le reste ; avez- « vous des bestiaux, des esclaves, on les emmène en « même temps: vous étiez riche le matin, vous êtes pau- « vre le soir. Cependant il faut vivre, il faudra ensemen- « cer l'année pi'ochaine ; il n'y a qu'une ressource : le « juif. Si c'est un honnête homme, il vous prête à 60 0/0, « sinon à bien davantage : alors, c'est fini ; à la première « année de sécheresse, viennent la saisie des terres et « la prison ; la ruine est consommée. »

Telle était à peu pi'ès la situation de l'indigène algérien, qui, quand il avait surmonté les difficultés du climat,

1. De Foucauld, in Augustin Bernard, Les productions, l'agriculture et l'industrie au, Maroc, Rev. gén. des Se. pures et app. igoS, p. 8i.

avait encore à échapper aux voleurs, au fisc et aux razzias qui se pi-atiquaient entre peuplades ennemies.

On a vu dans quelles conditions les Français vinrent s'établir en Algérie. Les colons arrivèrent lentement. Dans ces colons de la première heure, quelques-uns apportaient des capitaux, mais c'était le petit nombre. Or, l'Algérie, on l'a vu, n'est pas une colonie de peuplement. Ce n'est pus une de ces colonies, comparable au Canada, à l'Australie, à la Nouvelle-Zélande, oii « il n'est pas né- « cessaire que l'émigrant apporte un pécule ; oij les sim- « pies travailleurs des champs, les manœuvres, peuvent se « reiidi'e aussi bien (jue les ferniiei's et les laboureurs « jouissant d'un certain capital », parce qu'ils « trouveront « à s'employer à la ville ou à la campagne et gagneront « leur vie avec leur bras » (I). L'Algérie est, en fait, une « colonie mixte de peuplement et d'exploitation » qui ne réclame (|u'un nombi'e relativement peu considérable d'Européens et où l'émigrant possesseur d'un petit capital [)eut seul réussir. Le journalier sans ressources se trouve en eifet en concurience, non seulement avec l'Arabe et le Kabyle, mais encore avec les émigrants espagnols, siciliens et maltais, plus sobres et moins exigeants. Insti'uit par Texpérience, le gouvernement tunisien s'est détendu vigoureus(Mncnt contre Timmigration de colons sans capitaux. Mais on a suivi en Algérie une polititiue différente et on y a introduit à dilîéi'cnles rcpi'ises des gens sans ressources ou sans expér-iencc agricole. C'est ainsi que «l'Assemblée nalionale, pr(''occup(''e de (loiincr « du pain aux ouvriers inoccupés des villes, vota les cré-

1. Cf. Louis Vignon, L'exploitation île notre empire colonial, Paris, Hacliette, Cli \. Les colons et les conditions de leur ctablisseraenl.

« dits nécessaires pour assurer leur transport et leur « installation en Algérie. De 1848 à la fin de 1850, « 20.500 ouviiers colons furent envoyés en Afrique. Ils « trouvèrent dans 56 centres prépai'és pour les recevoir « des maisons construites, et ils reçurent avec la terre, « des semences, des instruments de culture, du bétail, « des vivres ; on leur donna, en outre, des secours en « argent pour attendre la récolte. Mais ces « ouvriers » « n'étaient pas des « paysans ». ils ignoraient tout de « leur vie nouvelle, jusqu'à l'époque des semailles.... Au « 1*^'' janvier 1851, des 20.500 colons amenés, il n'en « restait que 10.400 ; 7.000 étaient partis, 3.000 étaient « morts » (1).

La tâche de l'administration n'était d'ailleurs pas facile. Car si on lui reprochait d'amener des colons sans expérience, on lui repioche également, quand elle prend des fils d'Algériens, d'employer les concessions comme « menue monnaieélectorale » (2j. Et cependantil faut bien reconnaître que la colonisation officielle, dont on a dit tant de mal, a tait à peu piès tout pour l'Algérie française c( au point que sur les 1.600.000 hectares occupés par a les Européens, près de 1.300.000 dépendent de son « périmètre » (3).

Elle a suivi évidemment les fluctuations de la politique métropolitaine, varié d'importance suivant les époques (4) ; son importance au pointde vue social et ethnique n'est pas contestable, mais il est certain que jusqu'à

1. Vignon, op. cit., Cf. de Beaudicourt, La colonisation de l'Algérie, ses éléments, Paris, Lecoffre, i856.

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