De Peyerimhoff, loc. cit
Z|. V. Gasenave, La colonisation en Algérie, Alger, Giralt, igoe.
ces dernières années, l'immigration française a apporté peu de capitaux.
Or, on vient de voir la situation misérabledans laquelle se trouvait la population indigène : situation qui la conduisait forcément à l'emprunt. La fréquence des besoins d'emprunt dans des conditions aussi (Jangereuses pour le prêteur, devait forcément engendrer l'usure. Elle s'était développée dans des pi-oportions considéi-ables, et les Français, en ai-rivant la trouvèrent fortement enracinées. Ils allaient bientôt eux-mêmes avoir à y recourir. On a vu en effet que les colons étaient des gens généralement peu fortunés. On exigeait bien d'eux un petit pécule, [nais les frais de défrichement, d'installation, de premier établissement, en un mot, absorbaient rapidement leurs ressources (1). La première culture qui leur fut permise, était celle du blé, et on en sait les causes : faiblesse du capital engagé, rapidité de la récolte. En somme, placé dans des conditions analogues à celles où vivait l'indigène, l'Européen se voyait amené à suivre une ligne de conduite peu différente. Mais la culture du blé épuise le sol. il fallait songer à restituer à ce dernier, par un assolement approprié, les éléments perdus, doîi nécessité d'une fumure, [)ar conséquent de bétail. Comment acheter ce bétail ? Il était donc indispensable île trouver un prêteur pour [)erfectionner le mode de culture.
Enlin, (piand la situalioii du colon s'était amélioi-éi' l't (jn'il pouvait envisager la possibilité île créer un vignoble, il fallait, là encore, du crédit pour le défoncement et la
1. Sur ces d(''l)uls de colims, voii" l'iiiléfessanl opuseiili" di- M. Renaud : Tussiii [Uisloirc il'iin nl/(U/f (i/tjnit'ii, iSjio-ujoo), Alger, Girall, igoo.
plantation, du crédit |)onr les laçons qui ont été énnniérées, dn crédit encore pour f'aii'e la vendante. EL si U; colon voulait entreprendre les diverses cultures indicjiiées en dernier lieu, celle de l'olivier, celle de l'oranger ou du tabac, il lui fallait du crédit encore pour la plantation, en attendant le moment [)lus ou moins lointain où sa propriété, progressivement, commencerait de produire.
Les deux populations mises en présence étaient donc aussi pauvres l'une que l'autre, et leur mode de culture exigeait des avances continuelles.
Dans ces conditions, l'usure a atteint cliez les indigènes des proportions incroyables. E'ie a excité l'élonnement de tous ceux qui ont étudié TAlgérie ; elle a provoqué des réclamations passionnées de tous ceux qui ont eu à solliciter le crédit. C'est la plainte qui revient d'un bout à l'autre des dépositions faites à la commission sénatoriale d'enquête de 189^ (i). Dans la préface du compte rendu tlu voyage de la commission, M. Combes écrit : « Il y aurait beaucoup à dire de l'usure, qui ronge « l'indigène aussi bien que le colon ; on n"en dira, on « n'en pensera jamais plus de mal que la généralité des i( déposants. L'usure a été un des |)rincipaux obstacles « aux progrès de la colonie. Si, à l'heure présente, elle « sévit moins brutalement que par le passé, elle n'en « pèse pas moinslourdementsurl'avenirde l'Algérie par c( l'épuisement des ressources et par la permanence de « ses effets ».
M. nurdeau(2),iM.Golin(3)etM.Pouyanne(4)ontétudié
1. Pensa, L'Algérie, compte rendu des voyages de la Commission sénatoriale d'enquête, Paris, Rolscliild.