La propriété foncière en Algérie, p. g20 et sm\3intes
riisiii'c'chczlesiiuIigùiîesL'l inonlré Icslauxcxli'aoï'dinaiies qu'elle peut atteindre : Dans le canton d'Aïn-Besseni l'Européen se contente de 20 0/0 ; l'Arabe ou l'Israélite exigent 35 ou 40 0/0 ; le Mozabite, plus usurier que les autres, ne demande pas moins de 80 0/0. S'il s'agit de grains, les mêmes proportions sont observées : l'Européen avance deux sacs pour trois, l'Arabe et l'Israélile un sac pour deux ; et le Mozabite un sac {)Our trois. Dans le canton de Palestro, les Kabyles du Djurjura pratiquent des taux variant deSO à 1500/0. D'après l'administrateur de la commune mixte de Souk-Ahras, les indigènes de sa commune empruntentordinairementaux Mozabites et aux Kabyles à des taux qui dépassent 75 0/0. C'est seulement quand ils ont quelque aisance et offrent des garanties qu'ils trouvent à emprunter à des conditions plus avantageuses, en s'adressant aux Européens et aux Israélites. Le généi'al commandant la division d'Oran évalue à 200 0/0 le taux habituel des emprunts consentis entre indigènes dans le cercle de Lella-Maghnia. Ces exemples, empruntés aux ouvrages de MM. Colin et Pouyanne^ et appuyés par des témoignages authentiques, suffisent à montrer les conditions habituelles des prêts entre indigènes. Malgré les taux extraordinaires auxquels sont réellement pratiqués les emprunts, les contrats n'en font pas mention. C'est généralement une majoration du capital prêté (jui permet de les atteindie. « Les indigè- (( nés, dit M. Colin, y souscrivent d'autant plus volontiers « que c'est là un moyeu fort siiiq)le d'éludei' les pres- « criptionsdu Koran qui interdisent le prêt à intérêt ». Bien entendu, c'est à un degi'é moindre (jm; les colons ont eu à subir les inconvénienis de l'usure, (>t l(>s taux qui leur ont (Hé appli(|ues sonl ic^lt'N iiiteiieurs aux
taux exigés des indigènes. .M.iisoii coiiruil que des exemples dé la naliii'e de ceux (|ui sont rapportés ici aient excité l'indignalion de la coniniission sénalorialc d'enquête et motivé des jugemenls aussi sévères (pie c(;lui de M. Comhrs.
Et pourtant l'examen attentif des conditions économiques permet à de Ijons es|)rils de voir ces pratiques sous un jour ditîéi'enl. il semble tout d'aboi'd que cette exagération énorme du taux de rinlérêt soit motivée, et en quelque manière justifiée, par les risques considérables encourus pai' le prêteur (i), risques résultant, d'abord de la mauvaise toi de l'indigène qui espère toujours qu'une circonstance fortuite lui permettra de ne pas rendre : la guerre, la fuite des Roumis, l'arrivée du Maître de l'heure; résultant ensuite des nombreux événements calamiteux qui menacent les récoltes : sécheresse, sauterelles, sirocco. En Algérie, en etïet, on l'a vu, et on ne saurait trop le répéter, la vie agricole n'a pas la régularité qu'elle a en France : de mauvaises années se succèdent parfois, puis une seule bonne suffit pour remonter un agriculteur (jui semblait irrémédiablement perdu.
Dans ces conditions, qu'importe le taux auquel les avances sont consenties ?
« Qu'importe... à l'indigène de s'engager à rendre, « lors de la récolte, le triple de ce qu'il reçoit au moment « des semailles?... Il serait bien avancé, si, faute de pou- « voir donner à son prêteur des avantages suffisants, il « n'avait pu se procurer les semences qui lui permettent