BANQUE DE L ALGERIE
La création de la banque de V Algérie, son caractère spécial ; la première période de son fonctionnement (1851-1880).
La Ban(|iie de l'Algérie est le plus ancien (.les établissements de crédit de la colonie ; c'est aussi le plus important par le chiftre de ses opérations. Mais c'est également celui (jui a été le plus discuté et sa gestiori a donné lieu à des polémiques passionnées.
On a vu (juel pouvait être le taux liabiluel de Targent au début de la corKjuêle française. Les mesures législatives [)rises pour réduire ce taux étaient bitMi entendu ineflicaces. On voulut ci'éer un établissement di' crédit. C'est ici (iu'a[)paiait encon^ une t'ois le mampu^ d't^xpérience coloniale et de [)Iaii préconçu ipii a iloininc noire établissement en Algérie. On sentait la nécessité trune
banque : sans exaniiniM- si li^'lablissement d'un organisme spécial n'était pas nécessaire, on s'adresse à la Banqne de France. Alors que cette dernière faisait l'escompte du papier strictement commercial, à échéance maximum de 90 jours, dans un pays déjà vieux, où les habitants d'une même ville étaient connus et pouvaient donner sur la solvabilité de leurs concitoyens des renseignements précis, on vint lui proposeren 1845 d'aller s'établir dans un pays conquis depuis 15 ans, peuplé en partie d'indigènes ignorant tout de la langue et de la loi française, en partie d'aventuriers arrivés de la veille ; où le commerce était presque nul, et où la culture, nécessitant des avaances à terme assez long, constituait presque toute la richesse. Une loi du 19 juillet 1845 autorisa la Banque de France à établir à Alger un Comptoir d'Escompte, au capital de 10 millions, dont 2 millions fournis par la Banque de France elle-même et 8 millions par le public
Ce Comptoir devait être bien entendu dirigé par la Banque de France. La loi réservait à une ordonnance royale le droit de déterminer l'époque de la création. Le 16 décembre 1847, Louis-Philippe rendait cette ordonnance, autorisantla Banque de France à créer le comptoir; elle fut promulguée le 28 janvier 1848, mais la révolution de février vint arrêter l'exécution du projet, et ce ne fut qu'en 1850 que fut fondé à Alger un Comptoir national d'Escompte qui devait devenir en 1851 la Banque de TAlgérie.
L'histoire des établissements de crédit de l'Algérie est intimement liée à celle de son développement économique et chaque modification importante de leur orientation correspond généralement à quelque événement économique. En particulier, la transformation du Gomp-
loir d'Escompte d'Alger en Banque d'Algérie se rattache d'une façon directe à la loi de douanes du 11 janvier 1851. On sait que jusqu'à cette date, les produits algériens étaient frappés de droits à leur entrée en France, mais de Taveu même de iM. Paul Leroy-Beaulieu (!)<( le détri- « ment qu'en éprouvaient les colons, dans la toute pre- « mière enfance, c'est-à-dire jusque vers 1836 ou 1838, « fut peu considérable. La colonie était si peu peuplée « que l'exploitation du sol sur une échelle un peu vaste « n'avait pas encore commencé ». Toutefois, à mesure que la colonie se développait, cette entrave devenait plus sensible et la loi du 11 janvier 1851, due aux efforts des députés algériens, accorda la libre entrée en France aux produits de la colonie : le résultat en fut un accroissement immédiat des transactions ; M. Leroy-Beaulieu cite
les chiffres suivants :
Valeur des marchandises importées. . . 72.692.782 iV. 136.458.793 fr.
Valeur des marchandises exportées. . . 10.26-2.383 fr. 108.067.354 fr.
Pour être moins sensible en juillet 1851. lo luotivemoiit n'en existait [)as moins déjà, et Achille Foiild le faisait valoir à rap|)ni de son proj(4 de loi ^^2). 11 y rappelait les projets ébauchés en 1846, et arrêtés par les événements; il ajoutait que l'aide de la Baïupu' d(ï l'rancc* avait été sollicitée, mais cpie cet établissement, consulti' poiii-