‹ Contribution à l'étude du crédit agricole en AlgérieChapitre 47 sur 117 · I. Walil, L'Algérie, Paris, Alcan · texte numérisé non relu

I. Walil, L'Algérie, Paris, Alcan

(ait aux comptoirs, la BaïKino faisait directement du ci'édil agricole aux colons, sous forme de Crédits de campagne. Il importe d'exposer ici le mécanisme de ces crédits, qui sont vraisemblablement la cause des embarras et des expropriations qui se produisirent ensuite.

On a montré la pénurie dans la(iuelle se trouvent en général les agriculteurs algériens : ils ont donc pris l'habitude de solliciter des crédits, dits de camj)agne, parce qu'ils durent autant que la campagne à laquelle ils sont destinés : les fonds leur sont versés un peu avant l'époque de préparation, c'est-à-dire des semences [)our les céréales ou de la taille d'hiver [)our la vigne. Ces fonds sont employés par eux à la préparation de la récolte, aux travaux d'entretien qui sont nécessaires, et enfin aux frais de moisson ou de vendange. Une fois la récolte vendue, le cultivateur rembourse, quitte à solliciter de nouveau, ([uelques mois après, un nouveau crédit de campagne pour la saison suivante.

Ces crédits sont réalisés par l'escompte de billets à 90 jours, renouvelables pendant une période plus ou moins longue; trois cà six mois s'il s'agit d'une opération sur bestiaux, neuf à dix mois s'il s'agit d'une récolle de céréalesou d'une campagne viticole. La forme la plus sin-ple est celle dans huiuelle le cultivateur reçoit les fonds, remet les billets, les renouvelle une ou deux lois et vient les payer à échéance : mais il ai'rive (jue le baïKiuier demande n\w gai'aulie hypothécaire. Dans ce cas, une ouverture de crédit notai'iée, généralement conclue pour dix ans, stipule les conditions dans lesipielles \o crédit sei'a accoi'dé chaque année, l'époque à hupn^ile il devra cMre remboursé, l<^ taux, etc. Le contrai est lail pour dix ans afin de diminuei" les fiais iliuscripliou hypo-

thécaire, maivS le prêteur se lôserve généralement le droit de dénoncer le contrat en prévenant l'emprunteur ti'ois mois à l'avance. C'est d'ailleurs une clause euiployée depuis longtemps en Allemagne par les banques rurales (1). Dans ces conditions, le crédit fonctionnait comme un crédit quelconque, mais demeurait garanti [pendant toute sa durée par l'inscriplion hypothécaire.

Tel était, dans son principe, le crédit de campagne tel qu'on le pratiquait en Âlgéi-ie, oi^i la situation économique qu'on a déci'ite lui donnait une telle importance que Benoist d'Azy, en demandant, en juillet, l'urgence pour le projet de loi portant création de la Banque de l'Algérie, faisait valoir cpie le vote rapide permettrait à la colonie de jc^uir un an plus tôt du nouvel instrument de crédit, car, disait-il, « en Algérie, les années se comptent par récoltes ».

Ce sont ces crédits de campagne, que la Banque, d'ailleurs, avait toujoui's tlû ouvrir quelquefois, qui [)rirent à partir de 1881 un développement considérable. Les statuts, à la vérité, exigeaient bien deux signatures, mais on n'était pas difficile sur le choix de la seconde.

Tant que le prix des produits se maintenait à des cours normaux, rien n'était plus simple que cette organisation, qui semblait devoir fonctionner indéfiniment avec une régularité mathématicpie. Pour le cultivateur aisé, crédits sur billets renouvelables, avec une seconde signature quelconque. Poui' le petit colon, avances faites par les Comptoirs d'Escompte auxquels la Banque fournissait des fonds, garantis, théoriquement du moins, par le capital du Comptoir.

1. V. Lebarbier, Le crédit agricole en Allemagne, Paris, Berger- Levrault.

L'opération était absolument régulière quand le crédit était bien remboursé à l'échéance après la campagne. Dans un pays comme l'Algérie, cela prenait le caractère d'une ti-ansaction commerciale et la Banque de l'Algéi'ie ne s'écartait pys plus de ses statuts que ne le fait la Banque de France quand elle accepte les renouvellements des éleveurs nivernais (t ). La Banque (.rAlgérie, en pratiquant ce genre de prêt, ne faisait que s'adapter aux conditions économiques au milieu desquelles elle opérait.

Mais l'opération devient hasardeuse dès (|ue le crédit n'est pas remboursé à échéance. Il est évident qu'une circotistance fortuite, empêchant la vente du produit dans le temps normal, peut justifier une prorogation de (piclqu(;s mois, entraînant le chevauchement de deux ciédits de campagne successifs. iMais cette [pratique n'est excusable que dans le cas d'opérations à court terme devant être liquidées dans l'année : or, la Banque accordait des crédits, indéfiniment renouvelables, et destinés non à l'entretien, mais à la création de vignobles. La Baixpie en effet, partageant la confiance qu'elle inspirait, et se confortnant au rôle qu'on lui avait tracé, encourageait rempi'unteur, et loin de le rebuter, allait au devant de lui. Ce furent sui'tout les Comptoirs, (jui, plus rapprochés des colons, se chargèrent de leur montrer ce cjui semblait être le progrès, et de leur faire; valoir les avantages (|u'ils éprouveraient à transformer en vignobles les terres quils possédaient. Quant à l'argent nécessaire, il leur serait facile de le trouver, et les bénélices (|u'ils devaient promptement réaliser ne suflii'aienl-ils pas à rembourser leur dette el au delà? C'est ainsi cpie la lUnicjue

i.Cf. Gnnvorl, Les entre}) risi's ai/ricoles, p. /juS. Fai-is, Masson,

consentit ces crédits de campagne qui devaient durer plusien l's cam|)agnes

Il y avait là une violation absolue des statuts, qui était en inèrne temps une imprudence. D'abord, dans le cas oîi la Banque avait à faire face à des detnandes de remboursement, elle n'avait coinme contre-partie de ses billets qu'un portefeuille comprenant des valeui's qui ne pourraient être payées (|u'au bout de trois ou quati'e ans : à des exigibilités à vue, elle ne pouvait donc opposer que des disponibilités à terme. C'était là une première dérogation grave aux principes d'une Banque d'émission.

Mais en considérant même l'opération comme une opération de crédit qui ne serait interrompue par aucun événetnent accidentel, les conditions du marché pouvaient s'être modifiées considérablement entre Tépoque où la Banque prêtait des fonds pour la création d'un vignoble et celui où ce vignoble commencerait à [)roduire.

Et ces deux inconvénients n'étaient pas les seuls. La facilité qu'on avait de créer des vignobles tit que tout le monde voulut en créer et acheta des terres. Le prix de la terre monta dans des proportions assez fortes. Bien d'autres que la Banque durent prêter des fonds destinés à des spéculations immobilières, mais cet établissement n'en fut probablement pas moins un facteur puissant de ce mouvement de hausse. C'est un des griets que ses ennemis ont relevé avec le plus de véhémence.

« C'est alors, dans le feu de ces opérations à la manière 9 de Law que l'on vit des terres incultes, des rochers d stériles, des broussailles qui jusqu'à ce moment n'ad valent servi que de repaires aux fauves, des terrains « nus, calcinés de soleil et qui ne valaient pas la peine « de la prise de possession, parce que leur rapport était

« nul, être avidement disputés, et se vendre coiiram- « ment mille francs l'iiectare, parfois d'avantage! » (1).

Le tableau que l'on trouvera plus loin permet de suivre l'essor rapide résultanl pour la Banque de toutes ces opérations nouvelles ; le chiffre des escomptes monta dans des pi'0()ortions énornies. 11 alleignit en effet les chiffres suivants :

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