Thaller, Traité de droit commercial
2. Questions agricoles d'hier et d'aujourd'hui; l'o série, p. 344.
de l'escompte, el partant toute la circulation des effets de commerce repose sur le crédit personnel, sur cette confiance inspirée par le souscripteur ou le tiré de l'effet considéré. Or, la circulation fiduciaire va sans cesse augmentant. A mesure que croît la civilisation, les mouvements de numéraire diminuent; les hommes cessent de s'encombrer d'espèces métalliques, et par les procédés modernes, d'immenses mouvements de fonds s'opèrent par de simples compensations ou virements de comptes. Le papier l'emporte sur l'or, et l'intervention de la monnaie diminuant sans cesse, on peut voir plus clairement s'appliquer cette grande loi que les produits s'échangent contre des produits. On sait le rôle constant que le chèque joue dans la vie des Anglais et des Américains, le rôle des banques n'est pas moins grand en Allemagne et tend sans cesse à augmenter*. C'est un mouvement universel qui développe les transactions et en accroît l'importance.
C'est, semble-t-il, à ce mouvement qu'il faut rattacher l'éclosion, dans presque tous les pays d'Europe, de banques rurales. C'est en Allemagne qu'elles ont pris naissance; elles ont de là gagné la Belgique, l'Italie et l'Autriche. L'Angleterre depuis longtemps est dotée d'un système de banques spéciales prêtant aux agriculteurs comme aux autres industriels. Le Danemark, la Roumanie, l'Espagne même possèdent des établissements de crédit rural. La France est longtemps restée en arrière à ce point de vue. Peutêtre obéissait-elle à ce sentiment général de méfiance pour toute entreprise hasardeuse qui semble nous caractériser depuis un quart de siècle. Cette impression de défiance que montraient les économistes les plus libéraux en général n'était que le reflet de l'opinion publique.
La classe agricole est, en effet, surtout composée en France de propriétaires moyens, très imbus de l'esprit d'économie el de défiance. Cette disposition (resj)rit a des avantages : r'osi tt elle que nous devons celte réserve considérable de capitaux (jui permet à la France de résister aux charges de son budget grossissant tous les ans plus que celui des monarchies voisines. Si cependant des peuples aux finances obérées, comme l'Italie, ont pu trouver dans ces institutions des moyens de combattre la fortune adverse; si des populations pauvres, comme celles des campagnes d'Alle-
1. Voyez Blondcl, L'essor commercial el industriel du peuple dllevuind.
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magne, ont pu par l'association lutter contre les circonstances défavorables, comment un pays riche comme le nôtre ne pourrait-il pas tirer à son tour de ces mêmes institutions un moyen d'accroître sa richesse ?
Le grand reproche que l'on fait généralement aux sciences sociales, c'est de ne pouvoir procéder par l'expérimentation et de reposer uniquement sur des hypothèses. Mais, dans le cas présent, les systèmes les plus variés ont été appliqués par différents Etats : c'est donc une expérience tout instituée et dotil il ne reste qu'à recueillir les résultats. Nous constatons que, dans toutes les nations, un grand mouvement économique s'opère, et que les questions financières priment toutes les autres. 11 semble que l'agriculture seule se tienne écartée du mouvement général, isolée par les lois, les coutumes et l'esprit général de ceux qui en tirent leurs moyens d'existence. Il semble que si elle se mêlait davantage à ce mouvement, si, en un mot, elle se commercialisait un peu, elle s'en trouverait mieux. Elle perdrait un peu de son caractère spécial pour se rapprocher des autres industries et participer à l'immense roulement des capitaux qui se propage d'un bout à l'autre des nations, d'une nation à l'autre à travers le monde entier.
Nous voudrions donc examiner dans chaque nation quels sont les établissements financiers créés par ou pour les agriculteurs, voir comment ils sont nés et se sont développés, étudier la législation qui les régit. Terminant par la France, nous verrions quelle est, d'une part, la situation faite par la loi à ces institutions; quel est, d'autre part, l'avenir que leur réserve la situation économique; nous chercherions, enfin, à déterminer quel serait, en dehors de leur rôle spécial, le rôle social de ces banques, comment leur création et leur développement pourraient venir hâter certaines transformations et arrêter certains autres mouvements.