SOCIÉTÉ GÉNÉRALE ALGÉRIENNE ET COMPAGNIE ALGÉRIENNE
La Société Générale Algérienne (1865-1877)
Les privilèges du Crédit Foncier de France vivaient été étendus en 1860 an territoire de i'Algéi'ie. Mais le gouvernement impérial n'estimait pas cette mesure suffisante pour mettre .en valeur la colonie nouvelle ; il avait élaboré un plan très vaste de travaux publics, comprenant des poi'ts, des routes, des canaux, des chemins de fer, des barrages et des irrigations. Il se rendait compte que de plus, il était nécessaire que le crédit accordé à l'initiative privée vînt provoquer ou faciliter les opérations agricoles, commerciales, industrielles. Le gouvernement conçut alors la pensée d'une société entreprenant
I. La plupart des renseignements contenus dans ce chapitre proviennent des Comptes rendus annuels de la Société Générale Algérienne et de la Compagnie Algérienne, dont l'auteur doit la communication à lobligeance de M. Matheron, directeur de la Compag-nie algérienne On trouve quelques renseignements sur ces deux Sociétés dans l'ouvrage de Ch. de Galland, [.es petits cahiers algériens colligés, Alg"er, Jourdan, 1900. Il en est fait égalenient mention dans les ouvrages déjà cités de MM. Leroy-Beaulieu, Wahl, Vignon et Josseau,
ces diverses opérations sous son contrôle, société qui lui servirait en même temps d'intermédiaire pour obtenir du public les fonds nécessaires à l'exécution des travaux publics projetés. L'opinion courante à celte époque était en effet que l'Etat, en sadressant directement aux particuliers, n'obtenait de fonds qu'à des conditions plus onéreuses que celles qui eussent été faites à une société particulière.
De là, la création d'une société intermédiaire entre l'Etat et les particuliers. Cette société à rôle double fut la Société Générale Algérienne, placée dès le début sous le patronage de M. Frémy, Conseiller d'Etat en service extraordinaire, gouverneur du Crédit Foncier de France et d'Algérie, et de M. Paulin-Talabot, député au Corps législatif, directeur général de laCompagnie des chemins de fer de Paris-Lyon-Médileiranée et d'Algérie.
Ce furent MM. Frémy et l>aulin-Talabot cpii passèrent le 18 mai 1865 avec le ministre des finances une c( convention pour l'cxécu lion des travaux [Xiblics en Algérie », convention dans laquelle ils agissaient tant en leur nom personnel (pi'au nom et comme représentants d'une société « ayant pour objet de procurer des capitaux et « d'ouvrir des crédits pour toutes opérations agricoles, « industrielles et commerciales en Algérie, dentre|tr."n- « dre ou de réaliser ces opérations directement et par elle-
« môme ».
Cette société d(>vait se constitnerdans un délai île li-ois mois, sons la forme anonyme et sur les bases [)nncipales suivantt's :
Le capital social était lixe a KHI millions, divis.' en
actions de 500 francs.
La société possédait la faculté d'émettre des obligations
à long ou à court torm(» rloiil le produit serait exclusivement appliquée des entro[)rises industrielles etagricoles, consistant en travaux publics, exploitation de mines, de tei'res et de forêts, exécution de bai-rages et de canaux d'irrigation, établissement d'usines, etc.
Les opérations purement financières telles que prêts au commerce, escompte, devaient être faites au moyen du capital social, dans les conditions déterminées par les statuts.
Enfin, la direction de la société serait confiée à un président, présenté par le Conseil d'administration, mais nommé par l'Empereur.
La société s'engageait à réaliser, à la réquisition du gouvernement, dans les proportions que ce dernier jugeait nécessaires, soit par voie d'appel de fonds sur les actions, soit par émission d'obligations et jusqu'à concurrence de 100 millions, dans le délai de six années, les sommes qu'elle devait employer en Algérie aux travaux qui viennent d'être énumérés.
La société s'engageait de plus à mettre à la disposition de l'Etat 100 autres millions, qui devaient être employés dans un délai de six années à l'exécution de grands travaux d'utilité publique, routes, canaux, etc., suivant le plan exposé plus haut ; le programme de ces travaux devait être arrêté annuellement par le gouvei'nement, la société entendue. Cette somme de 100 millions devait être versée au Trésor par sixième, d'année en année et par trimestre. L'Etat devait la rembourser à la Compagnie par annuités comprenant un intérêt à 5,25 0/0 et un amortissement suftisant pour éteindre la dette en 50 ans.
Enfin l'Etal s'engageait à vendre à la Société Algérienne
100.000 hectares de leries, moyennant un franc de rente par hectare et par an pendant 50 ans.
On voit donc bien nettement le rôle triple de la société :
1^ Rôle d'intermédiaire entre le public et l'Etat auquel elle s'engage à faire prêter 100 millions, nécessaires pour l'exécution de travaux publics ;
2" Rôle d'établissement de crédit et de mise en valeur de la colonie, cai' la société s'engage à dépenser 100 millions à des entreprises industrielles et agricoles, en dehors des opérations commerciales proprement dites qu'elle réalisera avec son capital ;
3° Rôle d'entrepreneur de colonisation, pour l'accomplissement duquel l'Etal lui concède 100.000 hectares de terre.
Toutes ces stipulations n'étaient d'ailleurs rendues valables que par la constitution de la société.
Les statuts furent établis le 29 septembre 1865 ; une première tranche du capital s'élevantà25 millions, dont 5.2o0.000 versés, fut émise en août 1866, et un décret impérial du 15 octobre suivant vint autoriser le fonctionnement de la nouvelle société.
Dès le début, la société eut à constater le besoin général d'argent qui sévissait dans la colonie : elle eut en 1807 à intervenir pour faire aux ti'ibuls des prêts de semence poiirunesomme de 3.357.786 fr 50, au taux de8 1/2 0/0. Les pr(Ms fiirenl faits par l'intci-médiaire d'une commission dite « des centimes additionnels », stipulant au nom des douars.
Ce qui manque en Algérie, disait en 1868 M. Fiémy, (( c'est de I argent, c'est de l'eau, ce sont des bras ». Pour répondre dans la mesure du possible aux besoins de capitaux, la société (jiii s'était d'abord installée à Alger,
ouvrait en 1868 des succursales à Constantine et Oran ; une autre à Bône en 1869.
En môme temps qu'elle développait ses opérations de crédit, la Société comtneuçait la mise en valeur de ses terres : la location en était faite à raison de 2 fr. 24 par tiectare. Les récentes famines rendaient en etïeL difticile le recrutement de la main-d'œuvre.
€ Le résultat eût été plus mauvais encore, disait le « compte rendu de l'exercice 1868, si nous n'avions con- « senti à avancer des semences à nos locataires indigènes ».
Le peuplement en colons européens étant très peu avancé, c'est aux indigènes (|ue la Compagnie devait s'adresser tout d'abord, estimant à juste titre que leur présence serait plus tard utile aux nouveaux colons. Mais ces indigènes étaient dans un tel état de dénuement que des avances leur étaient absolument nécessaires. La Société en taisait donc, et aux Arabes déjà installés, et aux nouveaux venus qui présentaient des garanties. Ces avances, comme le constate le compte-rendu de l'exercice 1869, étaient faites en nature, remboursables en argent avec un intérêt de 6 0/0. « Le résultat a dépassé a nos espérances ; nous avons vu notre population s'ac- « croître de plus d'un millier d'habitants et l'étendue culot tivée augmenter de plusieurs milliers d'hectares». La Société établissait des projets de villages : Aïn-Mokra, Aïn-Regada, Aïn-Abid, Bou-Nouai-a. Elle y constituait des lots défrichés de 20 à 30 hectares sur lesquels la Société construisait pour ceux qui le désiraient des maisons de 2.000 cà 3.000 francs qu'elle livrait au prix de vente.
Les lots étaient payables par annuités de 10, 15 ou 20 ans, s'élevant par hectare à :
Pour 20 ans. ... 12 fr. par hectare
— lo — . . . . 14 fr. —
— 10 — ... . 18 fr. —
Les constructions étaient payables de même et l'annuité par 1.000 francs de dépense, était la suivante :
Pour 20 ans 94 fr. 40
— 15 — 109 fr. 80
— 10 — 142 fr. 40
La Compagnie insistait d'ailleurs sur la nécessité pour le cultivateui' éniigrant de posséder un certain capital disponible, et taisait remarquer t|ue le mode d'acquisition proposé avait pour but, non d'< ffianchir les émigrants de cette condition de succès inhérente à la nature des choses, mais de leur permettre de ne pas immobiliser immédiatement le capital qu'ils apportaient en Atrique, et de le conserver comme fonds de roulement.
Les exercices 1870 et 1871 furent influencés, bien entendu, par la guerre : cependant le peuplement progressait peu à peu, en même temps que la Société Générale Algérienne continuait à faire à ses locataires indigènes les avances indispensables cpii s'élevaient :
En 1869- 1870 à 60.025 fr.
— 1870-1871 à 38.610 ir.
Pendant quelle poursuivait à travers île sciMcuses difficultés son rôle de coloiiisnlion et de penpiemcnl dans le massif de l'Oued Zi-nali, la Société générale alt;erienne exécutait peu à peu ses engagcMuenls vis-à-vis de IKhit : sur les 100 millions convenus, 37 1/2 furent versés
dès la première année de fonctionnen^jent de la Société; les versements s'élevaient en 1870 à 7o millions, en 1873 à 76.500.000. Il ne restait pins (jne ^23 millions 1/4 à verser, mais la guerre avait provoqué une perturbation qui empêchait la Société de se procurer des capitaux dans les mêmes conditions qu'auti'etois ; elle demanda à cette époque, sans l'obtenir, l'allocation par l'Etat d'un intéi'èl de 6 0/0. Un a|)pel de tonds fut fait d'ailleurs sur les actions, ce qui permit d'effectuer un nouveau versement de 3.500.000 dans le courant de l'exercice 1874 ; ce fut le dernier.
On a vu que la Société avait étendu peu à peu son action par la création de succursales nouvelles et le tableau inséré p. 191 permet d'en suivre la marche. Les opérations d'escompte allaient en croissant pendant les premières années, subissant une augmentation particulièrement forte pendant les années 1870 à 1874.
Mais dès l'exercice 1873, un ralentissement se protluit, nécessité parla liquidation de quelques faillites. En 1874, la situation s'est aggravée; le Conseil expose à l'Assemblée générale la nécessité d'amortir 4.400.000 francs de créances douteuses, et il informe en même temps l'Assemblée qu'il a constitué auprès de chaque succursale des Comités d'escompte, constitués [)ar des notabilités commerciales de la place, chargés de contrôler les opérations qui s'y traitent, de façon à éviter désormais les engagements excessifs ou imprudents.
En 1875, les résultats continuent à se ressentir de la crise commerciale et financière qui [jesait sur l'Algérie; enfin a l'Assemblée générale de 1877, le Conseil informe les actionnaires qu'il a pris part à une émission de Bons du trésor du gouvernement Egyptien, opération qui n'a
fSocicté Générale Alsérieiine.
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