‹ Contribution à l'étude du crédit agricole en AlgérieChapitre 72 sur 117 · DÉPOTS · texte numérisé non relu

DÉPOTS

au 31 décembre

Nota. — Les chiffres indi(}uant le montant des effets entrés en parleleuille sont donnés déduction faite du chiffre des opérations effectuées à Paris.

pas réussi et place par conséquent la société dans une situation telle que sa liquidation paraît s'imposer, qu'on en a étudié les moyens el qu'on a commencé les négociations avec les pouvoirs publics.

Le gouvernement paraissait disposé à décharger la société du service des obligations, [)our Icstpielles la sociét('i ne remplissait guèi'e tiu'un lole triiileniu'diaire en Ire l'Etat el le public, et à l'exonéi-er des versomeiils restant à taire.

Il était donc possible de transformer la société eu une société anonyme libre, fondée conformément à la loi de 1867 : la nomination du président par le gouvernement serait sup[)rimée. Comme complément de celle organisation au point de vue linancier, des iiccords avaiiMil été pris avec le gouvernement au [)oint de vue du [)eu[)le-

ment du domaine de la sociéli; : des roules etdes villages seraient établis aux frais du gouvernement, les Icr.ains nécessaii'es pour les voies de communication ot les centres de colonisation seraient cédés gratuitement par la société, et si, dans un délai de cinq ans les villages n'étaient pas peuplés, la société serait libérée de tout engagement.

L'Assemblée générale s'étant montrée disposéeà adopter le principe de cette transformation de la société, un plan définitif de réorganisation fut soumis à une nouvelle Assemblée extraordinaire tenue le 24 novembre 1877. Les pertes relevées par la société depuis quelques années, l'immobilisation d'une partie de ses fonds. c|ui paralysait son action, et l'obligation de reconstituer soi] capital, qui interdisait toute dislribution de dividende, avaient rendu sa reconstitution nécessaire. La réduction du capital étant impossible, le système adopté était le suivant : dissolution de la Société Générale Algérienne, apport d'une partie de l'actif net à une société nouvelle, répartition enti'e les actionnaires de la Société Générale d'obligations égyptiennes.

Mais les statuts ne prévoyaient la dissolution qu'en cas de perte du 1/4 du capital social, soit 12 500.000 ï'v. ; pour arriver à ce chiflre, on avait porté au débit du conjpte profits et pertes une somme assez forte de créances contentienses, des frais d'études, etc., et on arriva à un écart de 12.511.000 fr. entre le passif et l'actif, écart suffisant pour justifier ladissolulion de la société.

La nouvelle société prenait le titre de « Compagnie Algérienne». Lecapitalen était fixéà 10 millionsde francs et divisé en 20.000 actions de500fr. entièrement libérées. Sur ces actions, 19.800 d'entre elles, représentant une

somme de 9.900.000 fi'., étaient attribuées à la société dissoute, en re(3résenlalion de l'apport (Je la portion de son actif net. Ces actions étaient réparties entre les actionnaires de la Société Générale Algérienne à raison de 1 action nouvelle pour 5 anciennes ; il n'y avait en effet que 99.000 actions anciennes en circulation, 1.000 . se trouvant entre les mains de la société à divers titres. Le surplus, soit 100.000 tV. était fourni en espèces par de nouveaux actionnaires.

Ces résolutions furent adoptées par l'assemblée extraordinaire ; la Société Générale Algérienne était dissoute et la Compagnie Algérienne se chargeait de sa liquidation.

Conçue d'une façon un peu trop grandiose, elle succombait, non seulement aux suites d'opérations imprudemment engagées en Algérie, mais encore et surtout à celles d'opérations linancières exécutées à Paris.

Au point de vue du crédit agricole, l'intérêt de son histoire est surtout de montrer l'origine de la Compagnie algérienne, car les opérations effectuées par la Société algérienne antérieurement à 1881 durent être surtout des opérations commerciales, et son portefeuille dût contenir peu de papier agricole. Quant à son action au point de vue de la colonisation, elle fut faible, comme on Ta vu : mais il est intéressant de constater l'ubligaliou dans laquelle elle se trouva immétlialeinenl d'accorder du crédit à ses fermiers indigènes : on voit, là encore, une preuve de ce déiHîement général, de ce besoin de ci'édit, qui domine l'Iiisloire économicpie de l'AIgt'rie.

Plnlipi.ar 13

1 2 Compagnie Algérienne (1877-1903)

Une assemblée générale tenue le 27 décembre 1877 entendait le rapport descommissaires chargés delà vérification des apports, et la nouvelle société fut définitivement constituée. Aux termes de ses statuts (1), la Compagnie Algérienne a pour objet :

1" De mettre en valeur les terres qu'elle possède en Algérie et d'y favoriser le développement de la colonisation, de faire toutes opérations se rattachant aux acquisitions, ventes, échanges, constructions, exploitations agricoles ou autres, d'immeubles ou établissements situés en Algérie;

2" De faire, soit en son nom, soit en participation avec des tiers, mais en vue d'entreprises intéressant l'Algérie, les possessions françaises ou les pays de protectorat en Afrique, toutes opérations agricoles, industrielles, commerciales et immobilières;

3" De faire, dans les pays ci-dessus désignés, des avances sur hypothèques;

4° De faire, tant en France que dans les pays ci-dessus désignés, toutes opérations de banque et d'escompte, d'avances sur nantissements et connaissements, de prêts sur titres et de reports, de souscrire ou émettre avec ou sans garantie tous emprunts d'Etat, de départements, de communes, d'établissem.ents publics ou de sociétés; les prêts sur titres ne pourront avoir lieu que sur valeurs

I. Texte modifié plusieurs fois ; celui qui est donné ici est le plus récent.

émises dans les pays ci-dessus désignés on cotées à la Bourse de Paris ;

o*^ De recevoir des sommes en dépôt on comptes courants, ouvrir des comptes de chèques, accepter des titres en garde ;

6° D'émettre, en réprésentation des crédits ou prêts opérés, des bons ou obligations à long ou à court terme.

On voit que la société est très libre et que ses statuts prévoient des opérations très différentes, lui permettant d'exercer le rôle triple d'un entrepreneur de colonisation, d'une banque de crédit et d'escompte, et enfin d'un établissement d'émission de valeurs.

Les circonstances ont d'ailleurs conduit la Compagnie Algérienne, comme tous les autres établissements financiers de l'Algérie, a développer surtout ses opérations de crédit en banque.

Elle ne négligeait pas, cependant, la mise en valeur de son vaste domaine. A la fin du premier exercice, qui comprenait la période (pii s'étendait du :27 décembre 1877 au 31 décembre 1878, le Conseil d'administration iniormait rassemblée générale de la création d'un nouveau village à Bou-Nouara, en même lenq)s que deux leutalives nouvelles étaient faites : la premièi'e était rétablissement du métayage, dont on pensait pouvoir obtenir de bons résultats par le contact ({n'établissait ce mode de ("aire valoir entre le bailleur et le tenauciiT, (|iii pouvait recevoir du pteniiei' d'utiles conseils; la seconde était l'établissement de magasins destinés à recevoir des grains et à permettre aux fermiers de payer cmi nature.

En 187'J, la Compagnie Algérienne, constatant (pu* les terres exploitées jus(pie-là étaient généralement atïectées à la culture des céréales et à l'élève du betad, pensa ipie

{)OLii'arfiver à un peuplement plus rapide, il sérail utile de joindre à ces exploitations la création de vignobles : cette mesure fut aussitôt mise à exécution sur plusieiirs points et un appel fut fait aux vignei'ons dans le proi^ramme de colonisation pour la campagne 1880-81.

En même temps, la Compagnie Algérienne poursuivait, en les étendant, ses essais de métayage en initiant ses cultivateurs à des prati(jue un peu plus perfectionnées; elle obtenait des résultats légèrement supérieurs à ceux que donnait la location pure et simple. Malheureusement, les circonstances étaient défavorables et l'Algérie subissait une série de mauvaises récoltes. La Compagnie essayait d'ailleurs d'en tirer un argument, pour faire ressortir auprès de ses cultivateurs lés avantages d'une combinaison qui l'associait complètement à leur bonne et à leur mauvaise fortune. Ses magasins à grains, reliés aux gares par des embranchements, étaient peu à peu agrandis et permettaient les opérations en nature. Un centre de culture viticole avait été créé à Amouiah, dont la situation semblait assez prospère pour justifier la création d'une société spéciale, la Société d'Amourah,qui se détachait de la Compagnie Algérienne. En 188:2, les récoltes furent meilleures : l'année avait été pluvieuse; la société en profita pour étendre les surfaces exploitées en métayage, mais pour les diminuer Tannée suivante, en raison de la résistance persistante des indigènes.

En 1886, le Conseil suspendait cette tentative « dont il <( continuait à regarder le principe comme utile et qu'il « se proposait de reprendre dès que la situation économi- « que se serait affermie ». Les colons français, d'ailleurs, n'arrivaient pas, et malgi'é les efforts faits, le peuplement restait absolument slationnaire. En 1890, la Compagnie

se décidait à diviser son Lorrain en lots dans l'espoir d'en faciliter le peuplement. En même temps, elle abandonnait complèlemenl les essais de métayage pour recourir à la culture directe.

Le but de cette mesure était de donnera la Compagnie le moyen de se tenir [)lus au courant des difticultés que rencontraient les locataires et de les amener, par l'exemple, à améliorer leurs procédés de culture.

En 1891, la suiface consacrée à l'exploitation directe était de 3o0 hectares; le système de culture appliqué avait été le système arabe ; les charrues étaient conduites par des khammès et menées par des bœufs. La difficulté était de trouver des khammès de bonne volonté. La Compagnie employait, en même temps que la charrue arabe, quelques charrues françaises coriduites par des Européens, de façon à comparer les produits et les frais des deux méthodes de culture : les circonstances peu favorables exigeaient d'ailleurs une exploitation faite avec un minimum de frais. La Compagnie continuait le système des avances aux fermiei's; elle constatait en 1894 que toutes les avances faites pour la moisson étaient remboursées à la date du 31 décembre, et cpie du chef des prêts de semences, il ne restait du que (jiH^hpuv^. cvulaines de francs. Et le Conseil (radmiiiistralioii déclaiait en 1893 : « La cidliirc iiidigêuc en tant cpie ('('réales peut « seule résislci'a(JuelleiU(Mil à la concurrence éti"angère ; « c'est un devoir inq)érieu\ de l'engager à scch'-velopper ». Elle essayait cependant, en dt'^veloppant la culture indigène, d'en améliorer les procédés, tout en constatant (jue ce n'était pas toujours chose facile; les prix se maintenaient très bas, et il était indispensable d(> diniiiiuer autant que possible les fiais de culture. « Dans ces

(( régions, disait encore le Conseil en 1896, les indigènes (( seuls peuvent encore obtenir des produits à un prix de « revient assez faible pour compenser cet avilissement, et « tant qu'un relèvement durable ne se sera pas manifesté, a il ne faudra pas songer à substituer à la main-d'œuvre « arabe la main-d'œuvre européenne, de beaucoup plus a chère ».

Le rapport ajoutait: « A titre d'expérience, nous cul- « tivons nous-mêmes une superficie importante. Grâce à « l'économie qui a présidé à cette exploitation, grâce à l'ap- « point fourni par la vente du bétail, nous avons couvert «et un peu au delà le chiffre de nos dépenses, malgré les « dégâts énormes causés par l'orage du 7 juin. Afin d'agir « sur l'esprit de nos fermiers, nous employons des instru- « ments du même type que les leurs, mais perfectionnés, « des charrues arabes avec des organes en fer. Nous avons (( employé des herses légères auxquelles l'attelage arabe € suffit ».

Le rapport sur l'exercice 1896 constatait que les efforts faits tendaient à mettre en pratique un assolement rationnel, permettant à la terre de se reposer, l'usage des labours de printemps, l'emploi de bonnes charrues et de semences sélectionnées, enfin le choix de bons reproducteurs, car l'exploitation ne pouvait en effet s'équilibrer avantageusement que grâce au supplément fourni par le produit de l'élevage du bétail. Le rapport de l'exercice 1897 constatait les bons résultats fournis par l'exploitation directe, et il semblait que l'influence de la Compagnie commençât à se faire sentir, car elle avait vendu aux indigènes 25 charrues perfectionnées, sorties de ses ateliers.

Les rapports des exercices suivants restent muets sur

Compagnie Alsérierane»

Page 1