‹ Contribution à l'étude du crédit agricole en AlgérieChapitre 80 sur 117 · I. Rapport sur V exercice · texte numérisé non relu

I. Rapport sur V exercice

que dans le département de Constantine, sur 61 sociétés, 7 ont perçu des cotisations en nature et en espèces, 22 en nature et 27 uniquement en espèces. <(. A la clôture de « l'exercice, ajoute le rapport, 24 sociétés ne possédaient « pas de grains; dans un seul arrondissement, sur 8 socié- « lés, 6 ne disposaient que de capitaux ». Le rapport 1900-1901 signale pour le département d'Oran le maintien de la tendance, sinon à réduire les opérations en nature, du moins à ne pas les augmenter.

Cette diminution du stock des grains est-elle regrettable ou est-elle sans inconvénients ? Telle est la question qui met en présence deux opinions opposées.

La piemièi'e est contraire à la conservation des silos. Cette institution avait, dit-on, un intérêt à l'époque où les moyens de transpoit de l'Algérie, encore peu développés, ne permettaient pas le ravilaillementrapide de l'intérieur. Actuellement, les conditions n'étant plus les mêmes, il est inutile de conserver un stock de grains qui se détériore, soit parla fermentation, soit par l'action des insectes, soit par l'humidité provenant cKane construction imparfaite des silos.

Déplus, ajoute-t-on, le grain e(nmngasiiié à une époque où les cours sont hauts peut subir une dépréciation si les cours viennent à baisser.

La conclusion, c'est (jue tout l'actif des sociétés doit être réalisé et conveili en espèces.

Malgré les raisons exposées, l'opinion i;i'néraleii)ent adoptée est (pie le main lien des silos est préférable poulies raisons suivantes :

D'abord, la détérioration des grains p(Mit être •>vitée, dans une certaine mesure, par raim-lioration des silos :

c'est là, on l'a vu, une des préoccupations des sociétés indigènes.

Ensuite, il convient tle remarquer qu'étant donnée l'importance que prennent les céréales dans la nourriture de l'indigène, il importe absolument d'en avoir une réserve pour le cas oi^i des famines analogues à celles de 1867 ou de 1892 viendraient à se produire. Dans ce cas, en effet, il se produirait brusquement dans Tintérieur du pays un besoin de blé qui en ferait monter le cours, et les sociétés devraient le payera des prix excessifs ; M. de Peyre cite à ce propos un extrait particulièrement intéressant de la séance du 16 décembre 1887 du Conseil de gouvernement : « MM. les conseillers Gagé et Rinn savent que la « spéculation avait, en 1867, exagéré le prix des céréales, « et que bon nombre d'indigènes sont morts pour n'avoir (( pas voulu passer parles exigences du commerce. » Ces exigences du commerce se reproduiraient évidemment dans des cas analogues, et ce, d'autant plus qu'il s'agirait de contrées plus difficilement accessibles. 11 fautdonc considérer, moins la perte que pourrait entraîner pour les sociétaires la dépréciation de leur actif, que l'avantage qui pourrait, dans un moment de crise, résulter pour eux de leurs provisions de blé.

Une autre raison très puissante, mise en relief par M. Bourlier, milite en faveur du maintien des silos, c'est la mentalité spéciale des indigènes. « La suppression du « silo de réserve a pour conséquence immédiate d'intéres- « ser moins directement les indigènes à l'existence et au « développement de la société de prévoyance. L'indice gène qui verse sa cotisation en argent ne la considère « bientôt plus que comme une sorte d'impôt. Il est, en « outre, disposé à croire que l'argent qu'il verse sert à

« tout autre chose qu'au prêt ou au secours. Le silo, au « contraire, a l'avantage pour des populations peu éclai- « rées, d'être tangible. Il est placé sous les yeux de tous. « 11 ne peut être ouvert, rempli ou vidé, sans que la masse « des intéressés en soit informée. Aujourd'hui quil est « facile de construire des silos absolument étanches, les « sociétés ont, pour longtemps encore, un réel intérêt à « avoir des silos partout où ils sont dans les mœurs lo- « cales. »

Ces raisons ont déterminé les pouvoirs publics à maintenir très énergiquement le caractère des sociétés. On a vu plus haut que le gouvernement général avait repoussé la proposition de la Banque de l'Algérie, qui aurait eu pour etïet de transformer les sociétés de prévoyance en véritables banques: il vaut mieux d'ailleurs « ne rien « brusquer vis-à-vis des indigènes » et « se contenter « d'améliorer leurs inslilnlions en en conservant l'esprit, « que de leuritnposer les nôtres dont ils sont trop [)()rtés « à se défier» (1). En dehors de ces considéralionspsychologiques, il semble d'ailleurs que pour les banques agricoles, une rigoureuse spécialisation soit une condition de succès, et il est intéressant, à cet égard, de comparer les sociétés indigènes de prévoyance à l'institution portugaise des greniers communaux (2).

Le premiergrenier communal {celleiro commum) remonte

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