IX.— Observation de M.le D' Julius Kurzroch
F Rapport sur un cas de toxémie gravidique et d’une hémorragie traumatique suivie de constatation d’autopsie.
« Mme L. P.., de couleur, 30 ans, fut admise dans le Service d'accouchement de l'Hôpital Harlem, le 31 août 1928 à 6 heures du soir. Dans ses antécédents rien d’intéressant. Elle avait eu trois grossesses, toutes finissant par accouchement et délivrance à terine et normaux. Dernière grossesse, de sept mois et demi, pour laquelle elle n’a pas été suivie à l’hôpital.
Trois jours avant son admission dans le Service, elle était tombée de quelques marches sur le devant de la maison, se contusionnant les deux genoux; aucune complication immédiate. Le jour de l’admission, la patiente vomit, eut une légère hémorragie par le vagin et quelques douleurs abdominales. À première vue, la malade paraissait en état de choc modéré, la température était de 39°, le pouls de 120 et bien frappé, sa tension artérielle 24/18, l'examen physique négatif. Le volume de l’utérus, correspondait bien à une grossesse de sept mois et demi, il était extrêmement dur, comme du bois, douloureux au palper, rendant impossible l’examen du fœtus. Le cœur fœtal ne pouvait pas être entendu. La femme accusait des douleurs fortes et continuelles, elle présentait une petite hémorragie par le vagin.
1. Am. Journ. Obst. dnd Gynec., janvier 1930, p. 111-112. I. H. Goldenberg ë
Par le toucher on trouve un col dilaté de 2 doigts sans signe de placenta prævia. Par le cathétérisme on a obtenu 100/150 grammes d’urine dont l’analyse a montré une grande quantité d’albumine et de cylindres hyalins. L'examen du sang montra 4.200.000 globules rouges. Le diagnostic de décollement prématuré du placenta normalement inséré fut fait. Un ballon De Ribes, n° 4 fut immédiatement introduit et il fut expulsé en cinq minutes; le col avait à ce moment une dilatation de 4 doigts. Les membranes furent rompues artificiellement et une quantité formidable de sang fluide s’échappa. Les contractions utérines deviennent vigoureuses et la patiente expulse rapidement le fœtus pesant 3 livres 9 onces (1.500 gr).
Le placenta complètement décollé fut trouvé libre dans la cavité utérine; il fut enlevé et on y constata de gros caillots. L’utérus reste mou et la femme saigne abondamment. De la pituitrine, du gynergène sont donnés par voie hypodermique; l'utérus et le vagin furent remplis de gazes, et on fit 1.500 cmc. de sérum physiologique en piqûre intra-veineuse. Deux heures plus tard, on lui fait une transfusion de 500 cmc. de sang. Malgré le traitement la femme a un écoulement continuel à travers le tamponnement.
À 11 heures du soir, c’est-à-dire 5 heures après l’admission, la pression artérielle était de 11/8. Le pouls à : 140 et irrégulier, et l’état général de la malade était mauvais; lutérus était mou et remontait jusqu’au rebord costal. Les pansements furent ôtés. L’hémorragie cessa vite et l'utérus rétracté remontait jusqu’à un doigt au-dessus de l’ombilic.
La tension artérielle était de 7/4. De nouveau 500 eme. de sang citraté furent donnés par voie intra-veineuse et : puis 1.000 cmc. d’une solution glucosée à 5 % furent donnés sous la peau.
Le matin suivant, la patiente était dans le coma: sa pression artérielle était de 10.8/8, le pouls à 150 et
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la température à 39°5. La malade fut plusieurs fois cathétérisée dans la journée, mais aucune urine ne fut obtenue. L’utérus était solidement rétracté, et remonté jusqu’à l’ombilic. Pas d’hémorragie. Le deuxième jour, après l’expulsion de l’enfant, une paralysie flasque des deux membres inférieurs s'installa.
Les vingt-quatre heures suivantes, le coma continuait. La femme était agitée, la température restait élevée et le pouls était rapide; 5 cmc. d’urine trouble furent obtenus par le cathétérisme. L'analyse y montrait une grande quantité d’albumine et du sang; on n’a pas trouvé de cylindres.
À 6 heures du soir le quatrième jour après l’accouchement, la femme meurt.
Une autopsie fut faite, le foie était strié par des foyers hémorragiques multiples; ils étaient surtout nombreux sous la capsule du foie. L’utérus montrait aussi des hémorragies macro et microscopiques, sous le péritoine et à travers les muscles. Les fibres du muscle utérin étaient séparées par du sang infiltré. L’hémorragie s’étendait jusqu'aux ligaments larges, les reins étaient congestionnés et enflammés.
L'intérêt de cette observation réside dans le fait
qu'on y trouve réunies les deux causes de décolle-
ment, intoxication et traumatisme, Mais les résultats de l’autopsie ne laissent guère de doutes sur la nature de la cause essentielle ; de toute évidence
la toxémie a joué le rôle prépondérant ainsi que le
prouve la diffusion des accidents hémorragiques.
L'histoire clinique d’ailleurs qui ne comporte qu'un
traumatisme bénin suivi d’une période absolument
silencieuse de trois jours concorde bien avec les
données anatomo-pathologiques.